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L?industrie du jeu vidéo recherche des talents expérimentés

28 mai 2008, 20:00

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Les constructeurs de jeu vidéo recrutent à tour de bras. Pas des bataillons immenses cependant : l?activité répartie entre éditeurs et studios de développement rassemble 150 entreprises employant près de 3 000 salariés, selon le rapport du Contrat d?études prospectives (CEP) réalisé en 2006 sur l?Ile-de-France et la région Rhône-Alpes par le cabinet Ambroise Bouteille et associés, et cofinancé par le ministère de l?Emploi et l?organisme paritaire collecteur agréé Opcalia.

De quoi oublier les années noires de 2001 à 2004. Des milliers d?emplois avaient disparu et nombre de professionnels s?étaient expatriés, notamment au Québec. Ce dernier avait joué la carte des crédits d?impôt pour les entreprises et des exonérations fiscales pour les «spécialistes étrangers» venant s?installer. Des aides partiellement remises en cause en 2003 pour les nouveaux arrivants.

Avec retard, la France a suivi l?exemple québécois en votant en février 2008 un crédit d?impôt dont on attend les décrets. Du coup, alors que l?industrie française repart depuis 2006, dopée par l?arrivée des consoles de jeux de nouvelle génération, les entreprises peinent à trouver les bons profils. «Le temps des amateurs éclairés est passé», lance Frédéric Weill, directeur du système productif local (SPL, un groupement d?entreprises) Capital Games, membre fondateur du pôle de compétitivité francilien Cap Digital. Face à la concurrence nord-américaine et asiatique, «il nous faut des troupes aguerries», dit-il. Les employeurs recherchent des ingénieurs-programmeurs, des «game designers» (chargés du scénario et de sa traduction en jeu interactif), des graphistes.

Les entreprises du jeu vidéo ne sont pas seulement en concurrence avec l?étranger mais aussi avec d?autres secteurs plus rémunérateurs, comme l?informatique ou la publicité. Emmanuel Forsans, directeur de l?Agence française pour le jeu vidéo (AFJV, association privée), déplore une «désaffection pour les formations et les fonctions de programmeurs, car les étudiants imaginent que ce sont des postes d?exécutants alors qu?ils sont des pièces maîtresses : ils décident ce qu?il est techniquement possible de faire dans un jeu».

Pour répondre à leurs besoins, certaines entreprises installent des filiales là où se trouve la main-d?oeuvre, comme Ubisoft, qui vient d?ouvrir un studio à Kiev, en Ukraine. La sous-traitance se développe aussi en Chine. D?autres employeurs ont tenté de faire revenir en France ceux qui étaient partis. Avec peu de succès. «Le marché est tendu partout, constate Anne-Marie Joassim, dirigeante du cabinet Answers Recruitment France. Ceux qui sont partis n?ont pas de raison particulière de revenir. C?est une question de salaire et de développement de carrière.» Les entreprises prospectent-elles bien ? Julien Vivet, producteur de jeux vidéo, était en poste à Montréal, au Québec. S?il rentre en France en 2005, c?est pour des raisons personnelles et non parce qu?une entreprise française l?a «chassé». Certes, il a rapidement trouvé un poste chez Visiware, à un salaire équivalent à celui qu?il avait, mais il ne le doit qu?à lui-même. Quant à Patrick Bricout, senior programmeur chez Sony Computer Entertainment Europe, à Londres depuis quatre ans, il envisage «d?y rester encore un peu» avant de rentrer. «Je ne demanderai pas le salaire que j?ai actuellement, il faut être réaliste. Tout dépendra du poste proposé.»

Face à la pénurie, les entreprises essaient de renforcer le système de formation, notamment pour les game designers. Actuellement, observe Guillaume de Fondaumière, directeur général du studio Quantic Dream, «moins de 100 jeunes sortent chaque année» des établissements comme l?Ecole nationale du jeu et des médias interactifs numériques, à Angoulême, ou Sup Info Games, à Valenciennes. Or, «le marché pourrait en absorber deux à trois fois plus», souligne-il.

Mais les choses bougent : le SPL de Lyon, Lyon Game, a créé en octobre 2007 Gamagora, en partenariat avec l?université Lumière-Lyon-II, qui forme, en un an, 45 étudiants à trois diplômes spécialisés dans le jeu vidéo. A Paris, le SPL Capital Games réfléchit aussi, avec la mairie et la chambre de commerce et d?industrie, à la création d?une école. Avec l?objectif de faire émerger de nouveaux talents, faute d?avoir su endiguer la fuite des cerveaux.

© Le Monde 2008 ? Francine Aizicovici

Distribué par The New York times Syndicate

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