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L?Inde tient sa fille prodige
Son père voulait d?un garçon, histoire d?en faire une star du cricket, le sport le plus populaire en Inde. Quand on habite Hyderabad, on y pense forcément. C?est d?ailleurs dans cette ville du Sud que sont nés la plupart des meilleurs joueurs de la Grande Péninsule.
Mais pas de pot pour le père Mirza. La providence voulait que ce soit une fille, Sania. Tant pis pour le cricket, va pour le tennis?
A six ans, elle déboule dans une école de tennis, des rêves plein la tête. Trop petite, lui a-t-on d?abord fait comprendre. Mais Sania est têtue, obstinée. Elle veut à tout prix montrer au moniteur tout ce qu?elle sait faire avec une raquette. Et vlan !
« Epaté, il a tout de suite appelé mes parents pour leur dire qu?il n?avait jamais vu une gamine de six ans frapper la balle comme ça », raconte douze ans après Sania Mirza, amusée.
Depuis, beaucoup d?eau a coulé sous les ponts. La petite fille d?Hyderabad est devenue grande. Pas forcément par la taille mais par le talent. Au point d?être entrée la semaine dernière dans l?histoire du tennis.
Si, en 1998, à Melbourne Park justement, Nirupama Vaidyanathan avait été la première Indienne à remporter un match du Grand Chelem, sa jeune héritière Sania Mirza a, elle, fait encore mieux, atteignant le troisième tour de l?Open d?Australie, ce qui, bien évidemment, n?a pas manqué de défrayer la chronique, de New Dehli à Bombay en passant par Calcutta, les principales villes du pays.
L?Inde, en réalité, n?a jamais été un pays de tennis mais a quand même produit, ces dernières années, quelques joueurs ayant eu le mérite de se faire une place au soleil sur le circuit professionnel. Nirupama Vaidyanathan en WTA, on vous l?a dit, mais surtout le duo infernal Leander Paes-Mahesh Bhupati, qu?on connaît bien à Maurice, et qui a notamment réussit quelques exploits notables en double à l?ATP.
<B>?Mon téléphone n?a cessé de sonner?
Mais l?épopée de Sania Mirza à Melbourne dans un tableau féminin des plus relevés est d?une autre dimension. Il y a quelque chose de magique dans ce qu?a réussi la jeune fille.
A bien voir, sa victoire mémorable et inattendue, au deuxième tour, contre la Hongroise Petra Mandula, jadis quart de finaliste à Roland-Garros, lui a ouvrert non seulement les portes d?un sulfureux seizième de finale contre l?ogre Serena Williams, mais surtout celles d?une renommée inattendue dans son pays. Cette épopée propose aussi au tennis indien, de manière générale, des perspectives nouvelles. C?est que d?autres petites Mirza voudront à leur tour prendre rendez-vous avec l?histoire.
Contre l?Américaine, le rêve de Sania Mirza s?est certes brisé en deux temps trois mouvements, sous la forme d?un cinglant 6-1, 6-4. Mais qu?importe, à l?heure des bilans, on se souviendra du parcours de la petite fille d?Hyderabad, lauréate de 12 tournois sur le circuit ITF, dont cinq pour la seule année 2004, et lauréate du double dames juniors à Wimbledon il y a deux ans, ce qui lui valut d?être fêtée avec faste dans sa ville pendant trois mois.
Du haut de ses 18 ans, Sania Mirza, 166e mondiale, est consciente de ce qui l?attend. « Après ma victoire contre Mandula, mon téléphone n?a cessé de sonner. Toute la presse indienne voulait m?avoir pour des interviews. C?était formidable. Les gens, dans mon pays, ont été épatés par ma performance? »
Ambitieuse, Sania Mirza l?est. Mais elle veut procéder par étapes. D?abord, intégrer le Top 100 jusqu?à la fin de l?année, puis le Top 50 et pourquoi pas un jour remporter un tournoi WTA. C?est dans ses cordes, disent les spécialistes du tennis.
D?ici là, l?Inde aura pris l?habitude de voir briller l?étoile Mirza.
EXPLOIT
<B>Dechy trace sa nouvelle route</B>
On la regardera autrement, Nathalie Dechy, après son itinéraire étonnant, inédit pour elle, exemplaire de ténacité et de maîtrise nerveuse, à cet Open d?Australie du centenaire : « C?est désormais un tournoi référence pour moi », avouait-elle à Melbourne jeudi soir, où elle a échoué, face à Davenport, à deux points de la finale.
« J?ai fait de gros matches, un super tournoi. J?ai joué à un niveau que je n?avais jamais atteint auparavant. J?ai gravi une marche. Mais je ne la prends que comme une étape. » Pour le tennis français, pour le public, pour les médias aussi, souvent un brin condescendants avec cette bonne élève apparemment satisfaite de son train-train et de sa carrière propre mais sans éclats, Nathalie Dechy a changé.
Le personnage n?avait jamais un mot plus haut que l?autre. La joueuse ne décochait jamais un coup plus violent que l?autre. A 25 ans, sa voie semblait tracée.
L?an dernier, elle s?est mariée. Et puis elle est sortie volontairement du cocon de la Fédération pour s?adjoindre les services de l?entraîneur hollandais Sven Groeneveld. Ce dernier lui a demandé de lui faire part de ses objectifs. Et Dechy d?envoyer un courrier précisant qu?elle avait envie de monter parmi les dix premières joueuses mondiales et de faire de meilleurs résultats en Grand Chelem.
« J?ai toujours cru qu?elle avait le potentiel de faire partie des meilleures », déclarait Groeneveld jeudi. « Aujourd?hui elle a sorti un tennis au-delà de ce que je la croyais capable de faire pour le moment. Elle a tenu tête à la numéro un. Elle a fait son match jusqu?au bout, son meilleur du tournoi. Elle s?est donc prouvé quelque chose d?important. Qu?elle appartient à l?élite. »
Il va falloir, en effet, et comme elle, redéfinir les paramètres d?une carrière, accepter que la Dechy 25e mondiale est passée 13e, battant son record en la matière, une 18e place acquise en janvier 2003. Et que celle qui n?avait jamais franchi les 8e de finale en Grand Chelem s?est trouvée, jeudi, sur le central de Melbourne Park, à deux points de la finale de l?Open face à la numéro un mondiale Lindsay Davenport.
Car Dechy, ayant gagné le premier set 6-2, était, lors du jeu décisif du deuxième set, à 5-4.« Il m?a manqué une toute petite chose à ce moment-là », dit-elle.
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