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Lina Sek Sum-Fok une réussite en douceur

16 avril 2004, 20:00

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C?est à sa carte qu?on juge le chef. Celle de Lina est pour le moins variée. Génoises, puits d?amour et autres feuilletés à la crème, c?est ce qu?elle réserve à la clientèle locale. Caramel-poire, tiramisu, marquises au chocolat ou encore des buffets desserts en fin d?année, les touristes semblent en raffoler puisque c?est ce que commandent chez elle les petits hôtels du littoral Nord. Les restaurants, enfin, penchent pour les desserts glacés vendus à la barre. Une carte diversifiée de manière à satisfaire aux préférences de chacun.

Lina Sek Sum-Fok, 27 ans, est l?exemple même de la jeune entrepreneuse qui s?est lancée «pour s?en sortir» avec pour seule outil sa passion et qui a, en l?espace de quelques années seulement, réussi de manière flamboyante. Elle est à la tête de Florensuc, une pâtisserie jouissant d?une réputation d?excellence à Trou-aux-Biches.

Rien ne laissait présager que cette jeune femme dotée d?une grande simplicité et directe dans ses rapports avec autrui, se serait lancée dans la pâtisserie. Le declic, elle l?a senti alors qu?elle travaillait dans une grande surface. Toute une journée durant, elle voit défiler une multitude de gâteaux et de croissants confectionnés par un pâtissier. Une expérience qui ne fait qu?aiguiser son sens inné des affaires?

Car Lina est fille de commerçant au détail à Chemin-Grenier. Durant, son adolescence, elle confectionne des gâteaux, des cakes, à ses heures perdues. Mais pendant cette période, l?étudiante au Collège de Lorette de Curepipe a peu de temps libre. Ses priorités sont autres. Elle pratique le badminton et se retrouve même championne de Maurice dans les catégories, benjamine, minime et cadette.

Côté études, la comptabilité occupe une place importante. Son sens des affaires étant bien développé, Lina sent que le commerce au détail est voué à une mort certaine avec l?avènement des grandes surfaces. Elle incite donc ses parents à quitter Chemin-Grenier pour s?installer à Péreybère.

Là-bas, elle va trouver sa voie. Employée de grande surface, elle se retrouve néanmoins sans emploi à la suite de divergences avec son employeur. Un mal pour un bien. Car il lui vient alors la brillante idée d?ouvrir sa pâtisserie. Mais d?abord, il s?agit d?acquérir de l?expérience. La jeune femme s?appliquera à se professionaliser. Connaissant feu Philippe Ng, à l?époque manager de l?hôtel Paradise Cove, elle effectue une demande de stage en pâtisserie. Requête agréée.

COURS INTENSIF

Sa soif de tout connaître sur la pâtisserie, l?entraînera dans la lecture de divers guides. Pour parfaire son savoir nouvellement acquis, elle suit un cours payant intensif de formation destiné aux chefs pâtissiers confirmés auprès de l?Industrial and Vocational Training Board.

Se sentant fin prête, Lina se jette à l?eau et contracte un emprunt important auprès d?une banque commerciale rien que pour s?équiper. «J?ai risqué gros en empruntant cet argent. Mais je suis convaincue que du moment où l?on met toute son énergie dans l?obtention d?une chose, on réussit obligatoirement.»

La femme d?affaires se lance ! Tout en mettant la main à la pâte, elle s?occupe aussi du marketing : contacter hôtels et restaurants du Nord pour leur proposer ses services. Et les réponses sont favorables.

Dans un premier temps, elle installe batteuse, four et tout l?attirail de pâtisserie à son domicile à morcellement Jhuboo. Au bout de plusieurs mois, elle déniche un local situé sur la route Royale de Trou-aux-Biches, à quelques centaines de mètres de son domicile. Florensuc est née, une contraction de flore en sucre.

Mais les débuts sont laborieux. Son père Gérard lui prête main-forte et depuis peu, elle est épaulée par Ben, son frère, et Audrey, la copine de ce dernier. Le rythme est infernal. Il n?y a ni week-end, ni jour férié, ni fêtes de fin d?année ou d?année chinoise qui comptent. Lina travaille sept jours sur sept. Ce n?est qu?au bout de trois ans de travail acharné qu?elle s?offre le luxe de deux jours de congé annuel. Car elle a enfin pu fidéliser sa clientèle. «C?est seulement dans des cas de force majeure que nous fermons. Comme par exemple quand un cyclone nous a privés d?électricité pendant quelques jours comme cela a été le cas dans le passé.»

NOUVELLES RECETTES

Lina n?a pas fini de varier sa carte. Dès qu?elle en a l?occasion, elle essaie de nouvelles recettes de son cru qu?elle goûte et nomme au gré de sa fantaisie. Ses clients n?hésitent pas à lui faire part de leur appréciation. Mais la jeune femme sait également encaisser les critiques. «Quand les gens n?aiment pas mes gâteaux, ils me le font également savoir et j?apprécie aussi.»

De sa courte histoire de pâtissière, la jeune femme retient une gaffe qui l?a marquée. Un gâteau de mariage a été livré alors que la pâte n?était pas cuite. «On ne peut pas savoir si la pâte est cuite à l?intérieur lorsque le gâteau sort du four», explique la jeune femme. La faute incombait à un travailleur qui avait mis le four à une température inférieure à celle requise. Mais Lina a assumé ses responsabilités et a dédommagé ses clients en leur offrant un autre gâteau.

Depuis, Lina veut être présente en toutes circonstances. «Cela fait de moi la femme à tout faire de Florensuc mais il vaut mieux qu?il en soit ainsi. Je ne délègue que les pâtes basiques. Pour le reste, pâtes fines et desserts, je préfère tout faire moi-même.»

Et c?est aussi une de ses «gaffes» qui lui a permis de rencontrer l?homme de sa vie. Pour se faire pardonner d?avoir oublié une commande, elle a offert un fraisier à Kevin Fok, directeur d?un petit hôtel du Nord. Le gâteau et la patissière ont certainement plu au client. Kevin a ensuite épousé Lina. Tous deux sont d?ailleurs animés par l?amour du travail bien fait, quelles que soient les heures de travail consumées.

Cette année, Lina peut soupirer d?aise. Elle a ouvert un autre point de vente à Triolet. Elle termine enfin le remboursement de l?emprunt contracté à ses débuts. Mais pas question de se reposer. D?autres idées grouillent dans sa tête. «Je pense par exemple à l?achat d?une grande vitrine réfrigérée me permettant d?exposer mes desserts et entremets aux particuliers qui ne savent pas vraiment que j?en fais car la petite vitrine réfrigérée que je possède me limite.»

Question prix, Lina essaie tant bien que mal d?afficher un chiffre raisonnable. Pour une dizaine de variété de desserts, elle facture entre Rs 120 à Rs 150 par personne. Mais le coût des matières premières n?est pas pour lui faciliter la tâche. «Que ce soit le beurre, les noix ou les crèmes légères, le prix des ingrédients est trop élevé. De ce fait, les gâteaux reviennent cher et c?est dommage.»

Lina est persuadée d?avoir fait ses preuves. L?an dernier, elle a réalisé un somptueux buffet-desserts pour 700 personnes lors d?un mariage au Domaine Anna. Elle voudrait ainsi se lancer dans ce créneau. «Maintenant que je me suis essayée avec succès, je sais que je peux réaliser des buffets-desserts pour 1 500 personnes sans aucun problème. J?aime ce créneau car tout est planifié et organisé d?avance. Le jour même, on est plus relaxe et confiant.»

Ce n?est donc certainement pas les projets qui manquent chez Lina. Ainsi, dans un avenir pas trop lointain, elle souhaiterait disposer d?un salon de thé où sa clientèle pourrait déguster ses spécialités sur place. Mais en femme d?affaires avertie, elle sait déjà qu?elle doit «au préalable consolider le business».

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