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Ligne droite

20 juin 2005, 00:00

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L?enjeu de la semaine sera, pour les deux blocs politiques, de toucher l?électeur encore indécis. Non seulement un grand nombre de citoyens ne s?est pas décidé mais beaucoup d?entre eux peuvent encore changer de camp. Dans ce contexte où l?issue est si incertaine, les dirigeants vont devoir jeter leurs ultimes forces dans la guerre de l?image avec plus d?ardeur que d?habitude

Déjà une controverse est née autour des négociations entre les responsables du service public de l?audiovisuel et les dirigeants travaillistes. Cette question doit être réglée dans la transparence et avec tout le sérieux nécessaire. Il faut attacher autant d?importance sinon plus aux conditions des émissions qu?au contenu du discours politique lui-même. Ce souci d?assurer l?équité durant la campagne est d?autant plus justifié que des observateurs internationaux vont, cette fois, vérifier sur place la réputation de la qualité de notre démocratie.

Depuis le début de la campagne, les deux principales formations ont organisé des meetings dont l?objectif est de rassembler des grandes foules afin de se donner une image de gagnant. En fin de compte, aucune avance décisive n?est prise. Chaque camp peut trouver des raisons d?être satisfait de la mobilisation de ses partisans. L?ambiance est électrique dans la plupart des cas. Evidemment. Les dirigeants s?adressent à des auditoires conquis. A la télé, c?est une autre paire de manches. Ici, la campagne se déroule sur un autre front. Des limites strictes sont imposées au discours politique.

Invité dans l?intimité des familles, le politicien doit tenir un discours moins radical et plus intelligent, s?il veut être entendu. Pour emporter la conviction des indécis, il faut davantage que des slogans creux. Il faut respecter l?électeur. Aucun dirigeant ne peut se permettre d?exercer un chantage du type ?si ou pa vot 3-0, ou pa pou ena minis?.

Le nombre important d?électeurs qui n?ont pas encore de préférence pour aucun des deux blocs peut être considéré comme un signe encourageant. Un électeur lucide ne se laisse pas embrouillé par les propos tenus sur les caissons de camion. Il ne prend pas position aussi longtemps que les programmes des partis ne sont pas connus. Cet électeur-là ne croira pas aux vagues promesses intenables. Il ne gobera pas les arguments sur les hausses de prix et les pertes d?emploi sauf si on lui explique comment il était possible de faire autrement. Il ne donnera pas son soutien au gouvernement si ce dernier se contente de lui rappeler ses réalisations. Le régime sortant doit, en outre, lui proposer un avenir attrayant. De son côté, l?opposition aura tort de dresser un bilan apocalyptique du gouvernement sans détailler ses propres idées.

Aucune des deux alliances n?a encore énoncé un programme qui ressemble à un grand projet politique. Devant les caméras de la télévision, cette faiblesse sera mise en évidence. De la même manière la télé ne pardonne pas à ceux qui entendent miser sur les sentiments communaux. Devant une audience nationale, cette attitude est contre-productive. Ceux de nos politiciens qui se laissent aller à des discours sectaires quand les circonstances s?y prêtent mais qui cultivent l?image d?un rassembleur à la télé seront vite pris au piège.

Les émissions politiques arrivent à point nommé. Après l?appel aux tripes fait sur les différentes estrades politiques, c?est le moment de lancer un appel à l?intelligence.

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