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Licenciements à MT : quelle riposte ?
Deux dirigeants de la Telecom Workers Union (TWU) et de la Mauritius Telecom Employees Union (MTEU), notamment Indiren Carpenen et Raj Rughoonath, ont été licenciés par la Mauritius Telecom (MT) pour avoir été critiques vis-à-vis de la politique de la MT et de France Telecom (FT). Leurs déclarations à la presse, ils les faisaient en leur capacité de syndicalistes. Rappelons que l?Etat reste encore actionnaire majoritaire à 59 % de la MT.
Nervada Beenessreesingh et Manick Moteelal, respectivement présidente de l?Air Mauritius Cabin Crew Association (AMCCA) et président l?Air Mauritius Staff Association (AMSA) ont été suspendus pour avoir osé être critiques sur la gestion interne de la compagnie d?aviation nationale. Ici, les critiques ont été formulées, en leur capacité de représentants syndicaux, à travers une lettre interne adressée au Chief Executive Of-ficer (CEO) de la compagnie. Eventuellement, ces dirigeants seront appelés devant un comité disciplinaire.
Vers la fin de l?année dernière, le président de l?Union of Employees of the CEB (UECEB), Giandev Peearee était appelé à répondre devant un comité disciplinaire pour ses déclarations publiques, en tant que syndicaliste, en relation avec les manquements du CEB dans le sillage du cyclone Gamede. Un «severe warning» a été émis contre lui.
A la Banque de Maurice, pour le même dénominateur commun, Ramdhonee et Doobree ont été limogés pour des raisons obscures.
La tendance qui se dégage dans les faits exprimés plus haut dépasse largement les faits divers et le folklore des valses de licenciements auxquels les puissants de ce pays nous ont habitués.
Le droit d?exprimer
Sur l?échiquier social et politique se dessine en fait une attaque frontale aux libertés fondamentales, notamment la liberté d?expression, de réunion et d?association. Le fait d?agresser ces camarades cités plus haut à cause de leurs opinions, exprimées en leur capacité de représentants démocratiques de leur mouvement syndical, constitue une entrave aux articles 3(b), 12, 13 de la loi suprême du pays, c?est-à-dire notre Constitution. Cette attitude de raillerie et de «faire fi» des tenants du pouvoir et des sommets des Corporations concernées devient sensiblement préoccupante.
C?est aussi cracher sur la Convention 87 du Bureau International du travail (BIT) que l?Etat mauricien a ratifiée le 4 avril 2005 (The right to freedom of association and protection of the right to organise Convention 1948). L?aspect essentiel de cette Convention est le droit d?exprimer ses opinions à travers les médias ou d?autres moyens. L?exercice total de ce droit appelle à une libre circulation d?information, d?opinions et d?idées. Ce chic inquiétant de l?autorité, enveloppé d?arrogance, de narguer les paramètres légaux et conventionnels existants, laisse entrevoir un «je-m?en-foutisme» outrancier de la part de ceux qui détiennent le pouvoir.
Traitement de choc
Avec cette opération de museler systématiquement ces syndicats, le pouvoir en place commence à démontrer son instinct de tueur. Une telle agression à l?encontre des syndicalistes transmet un signal très fort à tous les salariés de ce pays. Cette démonstration de sa capacité de coupeur de tête n?est nullement innocente et ne démontre pas un acte isolé.
Cette politique de chasseur de tête sous-tend une autre de plus grande envergure. Celle du développement économique ultralibéral inspiré du cadre de la «Washington consensus», imposé par le FMI et la Banque mondiale dont les marionnettes locales sont les Alimansoor/ Sithanen et consorts. Elle se résume à la sacro-sainte trinité ? dérégulation, privatisation, coupure des dépenses sociales (DPC). Tous les règlements et réglementations constituant une entrave sur la voie de l?accumulation des profits sont enlevés. Les biens de l?Etat sont mis à l?encan pour que les compagnies privées et multinationales puissent mettre à profit, à l?instar de la vampirisation de la Mauritius Telecom par France Telecom. D?un budget à l?autre, on assiste, impuissant, à des coupures dramatiques des fonds destinés aux programmes sociaux.
Les deux textes de lois, l?Employment Rights Act et l?Employment Relations Act, récemment légiféres à une vitesse éclair, constituent un échantillon de ce recul inégalable dans l?histoire des législations du travail mauriciennes.
C?est pour mieux faire passer cette pilule amère, qu?est cette panoplie de mesures économiques, sociales et paramètres légaux, au fond de la gorge de toute une collectivité, que le pouvoir se prête à cet exercice de décapitation du sommet du mouvement syndical.
A la Mauritius Telecom, pour pouvoir démanteler les acquis des employés, outrepasser les principes du «Collective Bargaining» et imposer unilatéralement le rapport bizarre de R. Appanah en faisant fi du litige des syndicats devant le Tribunal d?arbitrage permanent, que le sommet de la MT s?est engagé à clouer au pilori les dirigeants syndicaux, Indiren Carpenen et Raj Rughoonath.
«Résultat dramatique»
Les deux licenciés du MT avec le concours de leur syndicat sollicitent leur réintégration sans condition avec effet immédiat. Les amis suspendus à Air Mauritius insistent sur l?illégalité des procédures adoptées par la compagnie d?aviation pour instituer un comité disciplinaire. Giandev Peearee, président de la UECEB ne lâche pas prise et conteste le «severe warning» à son encontre en cour industrielle. Le mouvement syndical doit impérativement gagner sur ces points précis.
A l?instar des syndicalistes de la MT, accepter la compensation financière au taux punitif sera certes un avantage matériel pour les deux camarades licenciés. Mais le résultat corollaire de cette démarche pour toute la collectivité syndicale sera dramatique.
On aura failli sur le principe de la réintégration. La politique de bâillonnement de liberté syndicale, de terreur et de coupeur de têtes passera haut la main.
Vissen APPAVOU pour Le Mouvement 1er Mai
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