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L?Icac revisitée
Ce monde qui vient est de plus en plus complexe. Mais, paradoxalement, on n?a plus le temps de prendre son temps pour décider. Il faut souvent trancher dans le vif en essayant d?obtenir un consensus large sur les questions les plus délicates. En revisitant la loi anticorruption, le gouvernement vient redéfinir les contours de la lutte dans ce secteur avec la dissolution de l?«Appointments committee». L?amendement au «Prevention of Corruption Act 2002» prévoit ainsi que ce sera au Premier ministre, après consultation avec le leader de l?opposition, de nommer les commissaires de l?Independent Commission against Corruption (Icac). Là où certains seraient tentés de n?y voir qu?une man?uvre pour mettre fin au rôle joué par le président de la République jusqu?ici, il faudrait opposer le refus d?une analyse sommaire en s?appuyant sur une lecture empirique des événements.
Depuis sa création, qui a été unanimement saluée, l?Icac s?est illustrée davantage par des coups médiatiques et par des arrestations spectaculaires. Mais ses actions n?ont pas été suivies de résultats concluants. Déboutée à maintes reprises par la justice, l?ICAC a été appelée à revoir sa copie. L?arbitrage recherché auprès des dirigeants politiques pour modifier le fonctionnement de la commission n?a pas non plus abouti.
L?Icac a certes rempli certaines de ses fonctions. Par exemple, elle a entrepris une campagne d?information qui a permis de sensibiliser le public à ses responsabilités. Toutefois, dans la lutte contre le crime économique, l?Icac n?est pas parvenue à produire des résultats probants. Le modèle ne peut plus fonctionner selon les dispositions initiales et une refonte s?impose d?autant plus que la manière de procéder de certains officiers de l?Icac ouvrait de plus en plus la voie à des critiques.
Ce n?est néanmoins pas seulement au niveau de son fonctionnement que l?Icac posait problème. Le motif en désignant le président de la République responsable de l?«Appointments committee» pouvait se comprendre. Mais, en même temps, cette modalité a démontré ses imperfections. Le président de la République n?a pas de compte à rendre à un Parlement donc, par extension, aux électeurs. Il n?est pas comptable de ses décisions. Et il semblerait qu?au fil du temps le commissaire ait lui aussi adopté cet usage. Mise en place pour, entre autres, encourager le concept de transparence, l?Icac pouvait donner l?impression de travailler, elle-même, dans l?opacité. C?est une perception qui nuit à l?institution. Il était donc temps de revoir certaines choses au sein de la commission. Il faudrait être d?un esprit exclusivement partisan pour ne pas reconnaître ce fait. Il ne faut pas être grand clerc pour savoir que, sans avoir échoué, l?Icac ne parvient plus à remplir sa mission.
Dans cet exercice de redéfinition, le gouvernement se doit désormais de faire preuve d?imagination politique. L?Icac nouvelle version sera sous la responsabilité du Premier ministre. Le premier défi sera de lui garantir une autonomie et une indépendance totales. L?une de ses premières tâches sera d?éliminer cette image que Maurice peut être un doux sanctuaire où le crime économique reste impuni. Dans sa version initiale, la commission aura fonctionné comme un sous-produit des grandes institutions engagées dans la lutte anticorruption. Dès lors que de nouvelles règles seront fixées, elle devra rapidement convaincre qu?elle a appris des erreurs passées et qu?elle pourra, en conséquence, trouver une nouvelle efficacité.
L?île Maurice a trop longtemps piétiné dans la lutte contre la corruption à cause de certains réflexes ataviques. Il ne reste plus qu?à espérer qu?elle ne prendra pas en écharpe sa pusillanimité traditionnelle et saura liquider les considérations politiques d?un enjeu qui engage toute la nation.
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