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Librairie Arsenal : le commerce familial de la lecture
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Librairie Arsenal : le commerce familial de la lecture
?MO KUI touzour mo lir touzour.? Et si ?kari brile parfoi?, Patricia et Jean-Paul Chan ont sous leur toit de quoi nourrir leur imagination. Au c?ur de Chinatown, la librairie Arsenal est le prolongement de leur maison. Comme d?autres ouvrent des tabagies sur le pas de leur porte, c?est dans le commerce de la lecture que Jean-Paul décide d?investir, il y a huit ans.
Quand il s?absente ou fait la grasse matinée, c?est sa femme Patricia qui ?zet enn ti koudey?. Alors, à la rue Dr Sun Yat-Sen à Port-Louis, les goûts se mélangent. L?art ménager prête ses épices au neuvième art. Le brushing impeccable des personnages de romans-photos s?imprègne des odeurs d?huile de tournesol, où roussissent pommes d?amour, persil, oignons et piments.
Du pavé, le lecteur, ?par l?odeur alléché?, suit à livre ouvert le quotidien simple et guilleret de la famille Chan. Seule une porte badigeonnée de peinture saumonée ? sur laquelle est épinglé un calendrier d?English Premiership ? sépare la librairie Arsenal du reste de la maison. C?est par l?ouverture entrebâillée que Patricia surveille à la fois la cuisson du déjeuner et l?arrivée des clients.
Avec une pointe de regret, elle lève les yeux de l?enquête du Nouveau Détective qu?elle était en train de suivre. ?Je lis tout ce qui me tombe sous la main.? C?est aussi le cas de Devianee, une lectrice venue se ravitailler. Profitant de la pause déjeuner, cette employée de bureau a affronté la chaleur et l?ardeur du soleil pour ?renouveler son stock d?Arlequin.?
Du policier aux BD
Jean Paul émerge de derrière la pile de BD Kiwi : La route de l?Ouest qui encombre l?unique bureau de la pièce qui sert de bibliothèque. Le visage inexpressif, le bibliothécaire encaisse la monnaie de Devianee. Il n?a pas l?air incommodé par l?ambiance de four qui règne dans la pièce au toit en tôles cannelées. Encore moins par la légère couche de poussière accumulée sur certains des rayons de magazines féminins de seconde main.
D?un ton posé, il explique qu??avan depo ti Rs 50, aster li Rs100?. La location des ouvrages commence à Rs 5. Son apparence de rêveur taciturne cache une avidité pour les mots. S?il n?en tombe pas beaucoup de ses lèvres minces, c?est qu?il est de ceux qui intériorisent ?de tout : du policier aux BD, jusqu?aux romans d?aventure.?
Il y a huit ans, Jean-Paul est dégoûté du système. Son boulot d?Assistant Sales Manager de produits frigorifiés ne lui convient plus. Compter et recompter les stocks, aller et venir dans les chambres froides gèle sa sensibilité. Impossible de se limiter à la lecture des bilans financiers.
À l?abri de ses lunettes rondes, Jean-Paul Chan jugule sa peur de changer de métier. Son esprit cartésien soupèse les risques et le voilà transformé en ?marsan gato papay?. L?affaire périclite. Jean Paul se réfugie dans les livres. Jusqu?au déclic : pourquoi ne pas partager sa passion ? Le local à la façade de pierres taillées qui donne sur la rue est idéal. Après avoir tout installé, Jean Paul attendra pendant plusieurs jours que le premier client se pointe. Malgré les années, il garde un souvenir précis de ?sa dimounn ki ti vinn loué de kopi Lucky Luke pou so ti-garson?.
Si à l?extérieur, des petites lianes grimpent dans les creux de la pierre, à l?intérieur, les livres sont rigoureusement classés par genre. ?Ils viennent de ma collection personnelle. Il y a ceux que me fait parvenir un ami établi en Belgique. Kot mo tann pe vann liv segonn-men, mo ale.?
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