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L?extravagant avocat-parlementaire

17 avril 2004, 20:00

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Dev Hurnam ne passe jamais inaperçu. Sa différence, il la cultive. C?est d?ailleurs la première chose que l?on remarque quand on le rencontre. Tout chez lui est fait pour rappeler qu?il n?est pas comme les autres.

Tiré à quatre épingles, Dev Hurnam se la joue dandy?l?exubérance en plus. La chemise à manches bouffantes sans un pli et avec le gilet assorti, il plane sur lui l?aura d?un de ces ténors du barreau ?la discrétion en moins. Il parle fort, d?une voix rauque avec un débit rapide et l??il inquisiteur. Le ton est résolument arrogant, voire hostile.

Mais il n?est pas nécessaire de parler à Dev Hurnam pour prendre la mesure de l?excentricité du personnage. Quand on pénètre dans son bureau, les draperies imposantes ne manquent pas de susciter l?étonnement. Encore plus, une fois qu?on s?assoit en face de lui, un curieux détail fait sourire : son bureau est surélevé par rapport au siège de l?invité. De plus, étrange trouvaille, la chaise est fixée au sol, histoire d?être sûr de tenir l?invité à un bon mètre de sa table en permanence. Tout est fait pour imposer un rapport de force à son avantage.

À l?extérieur de son bureau grouille le petit monde de l?avocat. C?est sa suite, composée de ses juniors, de quelques commis et d?autres employés de bureau. Ils montrent tous une révérence et un respect certains envers Dev Hurnam. On dirait presque un empereur au milieu de ses sujets. Son trait de dominant, il le cultive aussi sur la route. Au volant de sa voiture décapotable, de marque Mercedes, ou de ses autres berlines, il attire les regards quand il circule dans les rues de Port-Louis. Il va même jusqu?à démontrer quelques qualités de pilote quand on le prend à slalomer entre les voitures sur l?autoroute.

Dev Hurnam part en guerre

Dans le prétoire, Dev Hurnam est un dur à cuire, habitué aux rappels à l?ordre des juges. Il est également la terreur des policiers appelés à témoigner dans des affaires criminelles contre ses clients. Dire qu?il leur mène la vie dure durant ses contre-interrogatoires est d?ailleurs un euphémisme.

Mais Dev Hurnam n?a pas la dent dure uniquement contre les témoins. Il s?en prend également aux juges, qu?il est censé respecter. Ainsi, après sa suspension du barreau l?an dernier, il a trouvé le moyen d?écrire une lettre, sur un ton insultant, au Senior Puisne Judge Bernard Sik Yuen et au Directeur des poursuites publiques, Ah Foon Chui Yew Cheong, leur demandant de démissionner de leurs postes. Il ne se fait d?ailleurs pas prier pour s?en prendre à ces derniers ainsi qu?à d?autres confrères dans un langage imagé et volontairement part en guerre.

Il réserve le même traitement à ses adversaires politiques. Habile à manier un langage populiste, Dev Hurnam harangue la foule, affublant ses adversaires du jour de toutes sortes d?épithètes. Son comportement n?est pas, par exemple, étranger à l?incident impliquant Navin Ramgoolam le jour de la proclamation des résultats des élections générales en 2000. La foule présente, chauffée à blanc, avait malmené le Premier ministre sortant ce jour-là.

La foule, Dev Hurnam doit bien l?aimer. Au point d?organiser durant ses campagnes électorales, comme dimanche dernier lors de son meeting, des défilés où l?on retrouve le plus de monde possible lui hurlant leur soutien.

Homme de tous les excès, aussi à l?aise au tribunal que sur une estrade, Dev Hurnam a le sens du spectacle. Dépouillé de tous ses artifices, le sera-t-il dans la solitude de sa cellule ?

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