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L?exploit de l?école Ernest-Florent
UNE certaine animation règne dans la cour de l?école primaire d?Ernest-Florent... près de Bel-Air-Rivière-Sèche. L?enseignant Faizal Buhora est en vedette : 42 de ses 43 élèves ont été reçus aux examens du Certificate of Primary Education (CPE). Pour les habitants de cette région défavorisée, ce résultat relève de l?exploit.
Du coup, l?école a réalisé la meilleure performance du district de Flacq avec un taux de réussite de 97,7 %. Ce qui représente aussi un véritable bond en avant pour cette institution scolaire en vingt-cinq ans d?existence. L?année dernière, son taux de réussite était seulement de 73 %.
L?architecte derrière ce succès est un jeune de 28 ans. Il a suivi le progrès de ses élèves pendant trois ans, soit de la quatrième à la sixième. Dans l?enceinte de l?école, un grand nombre de parents et enfants ne cessent de lui témoigner leur reconnaissance.
?Pas de vacances scolaires?
?Nous avons pu avoir un tel résultat au prix d?énormes sacrifices. Pour ces élèves, il n?y a pas eu de vacances scolaires. Je tiens aussi à remercier les habitants du village qui m?ont permis d?utiliser le baïtka pour donner des leçons?, explique Faizal Buhora.
Habitant à Petit-Bel-Air, Mahébourg, Faizal Buhora a de la patience à en revendre. Pendant trois ans, il a effectué presque tous les jours (pendant les week-ends, les vacances scolaires et les jours fériés), le trajet Mahébourg-Ernest-Florent, qui dure environ une heure, pour donner des cours à ses élèves.
La plupart de ces enfants viennent de milieux modestes, avec des parents travaillant comme maçons, menuisiers, laboureurs, pêcheurs ou chauffeurs. Mais Faizal Buhora a toujours été à l?écoute des familles. Il dit traiter ses élèves en ami pour mieux identifier leurs problèmes. ?Je compte les inviter tous à une fête chez moi à Mahébourg?, confie-t-il.
Ils ne sont pas traités comme des robots
Pour le maître d?école, Sookdeo Khedun, qui est arrivé dans cet établissement en avril dernier, tout le crédit va à cet instituteur hors pair. ?On doit absolument lui confier la classe de CPE l?année prochaine?, dit un parent.
Faizal Buhora estime une bonne chose l?abolition du ranking au CPE. ?Même si les élèves ont eu à faire d?énormes sacrifices, ils n?ont pas eu à se livrer à une compétition stressante?, soutient-il.
Treize de ses élèves ont aussi réussi, l?année dernière, aux examens de l?Alliance française. Mais l?enseignant tient à préciser que ses élèves ne sont pas traités comme des robots. ?Ils se distinguent aussi sur le plan sportif. Certains petits footballeurs ont remporté la médaille d?argent au tournoi inter-écoles dans la région?, dit-il fièrement.
Vidushi Kumari Jadav, première de la classe chez les filles, est heureuse que ses six A lui ont permis d?avoir une place au collège d?Etat Rajkumar Gujadhur. Sa mère, Sunita, ne finit pas de faire l?éloge de son prof qui lui a donné des leçons tous les jours.
Lilia Sewrani ne croyait pas que son fils allait passer ces examens. ?Li ti trop faible quand mo finne transfère li de l?école Grande-Rivière-Sud-Est. Mais professeur finne faire boucoup zefforts. Li finne gagne ène A et quatre B?, souligne-t-elle.
Sivir Sunkar et Tahthiah Vishwani sont reconnaissants envers leur prof qui a toujours cru en leurs capacités. Ashok Mansaran, un parent, affirme qu?il est même entré une fois en classe pour voir comment Faizal Buhora s?y prend avec les enfants. Il en est sorti impressionné.
Harriswar Dussaruth, le président de l?association parents enseignants, estime que le prof a su donner une éducation de base aux enfants. Son fils, Yudish, qui a obtenu six A, est parmi les premiers chez les garçons. ?Des enfants faibles ont eu une performance remarquable. C?est de la magie?, dira-t-il.
À ses élèves qui pleurent déjà d?avoir à se séparer de lui, Faizal Buhora lance : ?Je suis marié et père de 43 enfants?.
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