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?L?Exorcisme d?Emily Rose?
Film apparemment basé sur des faits réels, comme l?était L?Exorciste de William Friedkin, sorti en 1973. Ici, comme ailleurs, la comparaison inévitable entre les deux films ne manquera pas, hélas, de tourner au désavantage du film de Scott Dickinson. Tout simplement parce que ce dernier est beaucoup plus ce qu?on appelle un ?courtroom drama? ? un film de procès ? qu?un film d?horreur à proprement parler. Mieux encore, il s?agit d?un affrontement entre le spirituel et le temporel dans un tribunal.
?Les démons existent, que vous y croyez ou pas?, dit le Père Moore (Tom Wilkinson) à Erin Bruner (Laura Linney), la brillante et ambitieuse avocate chargée par le diocèse de sa défense. En fait, les seuls démons montrés dans ce film sont ceux que l?on entrevoit brièvement à travers les yeux d?Emily Rose : un vague jeu d?ombres dessinant la forme d?un visage diabolique dans les nuages, des changements aussi brusques qu?effrayants dans la physionomie de certaines personnes dans son entourage.
Mais, tout cela nous est toujours montré comme vu à travers les yeux du personnage. Suivant cette même démarche, les scènes de possession sont sans effets spéciaux : pas de lévitation ou de meubles suspendus dans les airs, elles restent centrées uniquement sur la jeune fille. L?actrice Jennifer Carpenter est très convaincante dans ses contorsions et ses imitations de l?état catatonique donnent le frisson.
Toutes ces séquences d?effroi sont d?autant plus étonnantes qu?en plus d?être bien mises en scène et bien agencées, elles sont faites sans effets spéciaux. Elles reposent en partie sur des effets soignés de réalisation (éclairages, mouvements de caméra) ou de montage et principalement sur le grand talent de l?actrice. La scène dans laquelle elle devient raide comme une planche est remarquable.
Seulement, même si ces scènes font sursauter le spectateur, elles ne sont jamais aussi effrayantes que celles vues dans L?Exorciste ou dans d?autres grands films du genre. Parce que le propos d?Emily Rose n?est pas de nous faire croire aux démons, mais de nous laisser dans une perpétuelle hésitation entre une possible histoire de possession et celle d?une pauvre fille en proie à de graves troubles psychiques. Le film soutient tour à tour les deux arguments. Emily Rose est la seule à voir les manifestations du Malin ; venant du fin fond de la province, elle est très croyante comme le reste de sa famille et donc?
Les arguments des experts médicaux et ceux du procureur (Campbell Scott) en faveur du rationnel ne sont pas à mettre de côté. Et, le témoignage d?une experte en démonologie (pour la thèse d?une possession démoniaque ? elle cite Carlos Castañeda pour parler d?une ?réalité séparée?) vient plutôt jouer en faveur de l?accusation. En faveur de l?autre argument, il y a, outre les séquences citées plus haut, le prêtre décidé à donner sa version des faits malgré les pressions du diocèse.
Le fait même que le personnage soit interprété par Tom Wilkinson vient lui donner une dimension d?humanité profonde et d?intégrité. À défaut d?un film terrifiant, cela aurait pu donner un film intéressant. Malheureuse-ment, les seuls démons présents dans cette histoire sont ceux du spectaculaire auxquels cèdent les auteurs et qui finissent par plomber les deux arguments.
Le film s?embourbe en démonstrations et on devine que le match nul de la fin n?est destiné qu?à rallier dans le public, les partisans des deux arguments. Finalement, L?Exor-cisme d?Emily Rose aura laissé au moins un doute dans nos esprits : on doutera de l?honnêteté de ses auteurs.
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