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L?Europe revoit sa relation avec Washington

20 mars 2004, 20:00

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L?Europe en quelques jours a changé. Les attentats du 11 mars ont ébranlé tout le continent. Les événements qui ont suivi à Madrid modifient d?ores et déjà de façon irréversible l?équilibre des relations euro-américaines. George Bush a perdu beaucoup plus que le soutien indéfectible dont le gratifiait José Maria Aznar, l?ancien Premier ministre espagnol.

En écho à José Luis Rodriguez Zapatero déclarant que « la guerre en Irak a été un désastre et que l?occupation continue d?être un désastre », le ministre français des Affaires étrangères s?est totalement départi de sa retenue de langage habituelle. « La guerre en Irak était une erreur, je dirais même une faute », a déclaré Dominique de Villepin. Nous ne pouvons pas ne pas voir qu?il y a aujourd?hui deux foyers qui nourrissent le terrorisme dans le monde : le premier, c?est la crise au Proche-Orient, et le deuxième, c?est l?Irak. »

Le président de la Commission européenne, Romano Prodi, n?a pas été moins direct dans l?interview qu?il a donnée à La Stampa. « Cela se passe en Irak comme au dehors. Le terrorisme que la guerre en Irak était censée faire cesser est infiniment plus puissant aujourd?hui qu?il y a un an », dit-il. On ne saurait être plus clair, à moins d?enfoncer le clou, comme l?a fait M. Zapatero, qui a invité lundi George Bush et Tony Blair à « faire leur autocritique. »

Des dirigeants européens osent donc qualifier d?échec la politique étrangère menée par Washington depuis plus d?un an. MM. de Villepin et Prodi n?ont certes jamais été partisans de cette politique. Ils l?ont ouvertement combattue à ses débuts. Une partie de la presse britannique s?est érigée contre l?idée que des terroristes puissent dicter le verdict des urnes dans un pays européen. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, a cru devoir rappeler à ses partenaires de l?Union que nul ne se protège du terrorisme islamiste en s?opposant à la guerre en Irak.

<B>L?Otan pour assurer la relève ?</B>

Quelques gouvernements européens, membres de la coalition en Irak ? la Pologne, le Danemark, la Grande-Bretagne ? ont fait savoir que la défection annoncée de l?Espagne ne remettrait pas en cause leur propre engagement militaire sur le terrain. Mais, outre que leur opinion publique n?est pas forcément du même avis, la question pour Washington n?est pas seulement celle du maintien des effectifs actuels en Irak. C?est celle de la relève des troupes américaines, que George Bush souhaite rapatrier en temps voulu.

La relève au moins partielle par l?Otan était au menu du sommet que l?Alliance atlantique doit tenir fin juin à Istanbul. Qui pourrait répondre à l?ap-pel ? Le ministre allemand des Affaires étrangères, Jochka Fischer, a longuement expliqué, dans un discours à Munich le mois dernier, que c?était une mauvaise idée. L?Allemagne ne s?y opposera pas mais, même dans ce cadre, elle n?enverra aucun soldat en Irak.

Par la voix de Dominique de Villepin, la France fait savoir depuis des semaines qu?elle mettra « des conditions » à une telle extension du rôle de l?Otan en Irak et laisse entendre qu?elle n?en serait pas. Les « conditions » que le ministre des Affaires étrangères français avait répétées après son dernier entretien avec Colin Powell, début février, ce serait qu?« un gouvernement irakien pleinement souverain en fasse la demande » et que le Conseil de sécurité de l?Onu en décide. Depuis, le ministre a expliqué les doutes de la France sur l?opportunité politique d?un tel transfert à l?Otan. Cela aiderait-il ou cela aggraverait-il la situation sur place, demande-t-il ? L?Onu est-elle prête à s?engager en Irak ? Serait-elle prête à mandater l?Otan ? Un gouvernement irakien véritablement souverain verra-t-il vraiment le jour en Irak au 30 juin ? De tout cela, on doute fort à Paris.

De même la « nouvelle Europe » de Donald Rumsfeld a rendu l?âme en gare d?Atocha, le 11 mars. Restent, pour les Européens, l?urgence sécuritaire et la nécessité d?imaginer une suite en Irak, après le 30 juin comme le dit le calendrier officiel américain, ou plus probablement après les élections présidentielles américaines de novembre.

<B>2 004 Le Monde ? Claire Tréan</B> Distribué par The New York Times Syndicate

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