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L?Etat vise à réduire de moitié l?importation du lait

23 mai 2006, 00:00

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Avide de lait, le pays en produit pourtant de moins en moins. Le prix dans les supermarchés affolent les ménagères. Des tentatives pour relancer la production locale se sont avérées vaines, à quelques exceptions près. Les raisons sont multiples. La Chambre d?Agriculture en fait une priorité dans son mémoire pré-budgétaire 2006-2007.

L?Agricultural Research and Extension Unit (Areu) fait le bilan. L?espoir subsiste. L?autosuffisance alimentaire est l?objectif fixé par l?Etat. Il n?empêche que produire, sur le territoire mauricien, les 120 millions de litres consommés en lait et en produits dérivés annuellement est utopique. ?Les Mauriciens consomment annuellement 32 millions de litres de lait pasteurisé. L?objectif est de produire 50 % de ce volume localement. C?est réalisable?, affirme Micheline Seenevassen-Pillay, Principal Research Scientist à l?Areu.Et la Chambre d?Agriculture réclame l?élaboration d?un plan pour le traitement du lait (milk processing scheme), assorti d?emprunts à des taux compétitifs.

Le ministère de l?Agro-industrie projette d?aménager un village laitier sur un des trois sites identifiés jusqu?ici : Salazie, Palmar et Nouvelle-Découverte. Ces zones sont riches en fourrage pour les vaches. Des experts français, les docteurs Fabien Schneegans et Michel Vaucoret, étaient d?ailleurs au pays récemment pour jeter les bases de ce projet.

Déjà, Creambell Mauritius Private Ltd projette d?aménager une ferme laitière et une laiterie à Salazie sur un terrain de 1,7 arpent. Le coût du projet est de Rs 380 millions. La production quotidienne tournerait autour de 15 000 litres et le projet devrait permettre de générer quelque 200 emplois directs.

Enthousiasme brisé

La production de lait actuelle se chiffre à 3,2 millions de litres par an. ?Les vachers, qui assurent la quasi-totalité du volume, se sont contentés d?opérer avec des moyens traditionnels pendant ces 30 dernières années?, fait ressortir la scientifique de l?Areu. Les établissements sucriers s?y sont essayés sur une base industrielle, dit la Chambre d?Agriculture. Mais leur enthousiasme s?est brisé sur un coût de production élevé auquel se sont ajoutées des difficultés pour le marketing du lait frais à un prix rémunérateur.

Que faire, s?interroge ce vacher dont le fils est un chic employé de bureau ? Il confie que ce dernier ne veut ni se salir les mains en enlevant la bouse de vache, ni se taillader la paume avec les feuilles de cannes stockées dans l?arrière-cour et encore moins pédaler la vieille bicyclette Humber paternelle tôt le matin pour distribuer le lait et récupérer les bouteilles en plastique l?après-midi.

?La relève n?existe plus?, lâche Micheline Seenevassen-Pillay. Ne nous leurrons pas. La solution passe par la modernisation et les investissements importants mais nécessaires pour la production à grande échelle. La situation présente n?est pas aussi crémeuse qu?on pourrait le croire.

A petite échelle, les vachers des régions rurales se contentent encore de vendre le lait à bicyclette. Limités dans la superficie de leurs étables et dans l?impossibilité de délocaliser, ils ne peuvent plus augmenter leur capacité de production ni assurer des investissements élevés en termes de bâtiments et équipements. Le voisinage, tout en profitant du lait livré à domicile, ne supporte plus l?odeur des étables.

Une préoccupation majeure reste le nombre de têtes à trouver pour assurer un volume adéquat de lait. Or, le nombre de vaches laitières est de 1 100 têtes seulement, recense l?Areu. Afin de satisfaire la moitié de la demande en lait pasteurisé, le pays devra trouver et nourrir quelque 7 000 vaches additionnelles en remplacement d?une race vieille de dix ans. Restera à leur trouver l?herbe convenable.

Si aujourd?hui Amul est une marque reconnue en Inde, c?est parce que des vachers indiens installés au Gujerat ont su fédérer leurs efforts, mettre en place un réseau de collecte de lait et l?acheminer dans des conditions optimales vers les laiteries qui assurent la pasteurisation et la transformation en une kyrielle de dérivés.

Ne nous leurrons pas. Une fois de plus. Le goût joue un rôle important. ?Je ne peux pas consommer le lait local. Pourtant, le vacher le livre à la maison. Si mon fils y met des céréales, il risque de vomir car nous sommes trop habitués aujourd?hui au goût du lait importé?, lâche Swaleh. En effet. Il faudra donc savoir séduire le fin palais mauricien.

PROFIL-MINUTE

Prakash Kurnauth, petit vacher devenu grand laitier

■ ?Mon objectif est de passer à 1 000 vaches dans cinq ans et gérer ma laiterie.? A 34 ans, Prakash Kurnauth dispose de tous les moyens pour réaliser ce rêve. Et pourtant, en 1999, c?était un apiculteur désabusé qui avait acheté une vache pleine, blanche et tachetée de noir, appelée Gawree. Question de tâter le? pis? Dans sa bâtisse désaffectée, très vite, le jeune éleveur se rend compte du potentiel. Sa vache lui rapporte une moyenne de 17 litres de lait par jour, qu?il revend auprès des habitants de la localité. Les affaires marchent. La demande régionale est croissante. Deuxième étape. Prakash Kurnauth élève maintenant huit vaches. La production est satisfaisante. Les consommateurs accourent, de Morcellement-Saint-André à Triolet.En 2004, il dispose de quinze têtes. Un poulailler est réaménagé en étable pour accommoder aujourd?hui 33 vaches. ?Je revends ma production quotidienne de quelque 150 litres à l?Agricultural Marketing Board. Si je m?étais contenté d?écouler sur une base régionale, bien que le prix soit plus rémunérateur, je n?aurais pas eu le temps pour me consacrer à mon cheptel croissant?, relate-t-il.

Maintenant que l?éleveur a dégagé le bon rythme, il compte accélérer. Déjà, il a investi dans une machine à traire. Son plan de développement, étalé sur cinq ans, prévoit des étables hébergeant 100 vaches qui lui donneraient plus de 1 000 litres de lait pour la consommation directe et à transformer en yaourt et lait caillé.

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