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L?esthéticienne des lieux de vie
Outre son élégance discrète, le calme de Sonia Derblay, 31 ans, est frappant. Elle reste sereine, quel que soit le sujet abordé. Même lorsqu?elle parle de son métier, sa passion. Qui la mène souvent sur des chantiers de construction où les femmes ne font pas légion. On a peine à croire qu?elle puisse se mettre hors d?elle et élever la voix. «C?est vrai que je ne suis pas du genre à crier. Tout comme c?est vrai qu?un chantier est un monde très masculin et qu?il y a encore des hommes qui pensent qu?une femme va tout accepter. Ils se trompent. Je n?ai pas eu de soucis à ce niveau. Mais je suis capable d?écrire des courriels très sévères et faire passer mon message sans avoir à élever la voix.»
Depuis toujours, cette benjamine de trois enfants, née à Montréal au Canada de parents mauriciens, aime le beau. Tout comme elle porte un regard très critique sur les intérieurs et notamment les couleurs.
De retour à Maurice, après une scolarité primaire à l?Ecole du Nord, Sonia intègre le Collège Lorette de Port-Louis. Ses parents veulent qu?elle retourne au Canada. Chose faite à l?issue de sa Form IV. Elle y retourne, en compagnie de sa s?ur. Désirant être architecte d?intérieur pour aménager les espaces et jongler avec les volumes, elle opte pour les mathématiques, la physique mais aussi les arts visuels, l?histoire de l?art et le fashion art. Une fois son cycle secondaire terminé, elle s?apprête à entamer sa première année d?architecture d?intérieur.
Un accident de voiture qui manque d?ôter la vie à ses parents, la ramène à Maurice. Ne voulant pas trop s?éloigner d?eux, elle s?inscrit donc au cours menant au National Diploma in Interior Design au Cape Technikon à Cape Town, en Afrique du Sud.
De tous les cours qu?elle suit, c?est celui de design qui lui plaît le plus. «On nous donne un espace libre ? cela peut être un magasin ou une beach house ? et nous devons planifier l?intérieur après avoir été briefés. Nous faisons un plan et à partir de là, nous réalisons une maquette en carton du lieu que nous aménageons avec des photos scannés et des échantillons de tissus, en tenant compte des perspectives.»
<B>Releve</B>
Ayant obtenu son diplôme au bout de trois ans, Sonia effectue un stage de deux mois chez Steven Andrews Interior Design, avant de rentrer au pays. Le monde du travail se révèle alors pleinement à elle. Elle comprend, en effet, qu?elle n?a pas choisi la voie de la facilité? car ce que l?architecte d?intérieur dessine n?est jamais fidèlement reproduit sur le chantier. «Notre métier est de constamment faire du problem solving.» Tout en approuvant les dessins, le client peut parfois avoir du mal à les comprendre et une fois réalisés, demande à ce que ce soit refait. «Cela peut être très frustrant pour nous.»
Pour un architecte d?intérieur, ne jamais voir le dessin planifié se matérialiser tel quel, ne constitue pas l?unique frustration. Les difficultés de liaison avec l?entrepreneur en font aussi partie. Il n?est pas rare de trouver des défauts de finition et même si les entrepreneurs les rectifient, «une fois qu?ils ont terminé, ils rechignent un peu à revenir faire les retouches».
De retour à Maurice, Sonia débute chez Artema. Elle y acquerra surtout des connaissances sur les chantiers et la liaison avec l?équipe gestionnaire, qui comprend le quantity surveyor, l?entrepreneur principal et les ingénieurs.
Au bout de deux ans, elle quitte Artema, approchée par l?architecte d?intérieur, feue Caroline Wiehe, qui dirige sa propre boîte, Maurice Design Ltd. L?aventure dure sept ans. De feue Caroline Wiehe, elle apprendra surtout l?administration et la gestion d?une entreprise. «Caroline était très flexible, facile à vivre. Elle m?a laissée libre sur les projets. J?ai beaucoup appris d?elle, surtout le côté business, qui m?aide maintenant», avoue Sonia, encore émue par la disparition de la professionnelle.
Ensemble, elles aménagent ou refont plusieurs bureaux dont le Board of Investment, la Financial Services Commission, le lounge des arrivées et le State Lounge à l?aéroport.
Se sachant condamnée, Caroline Wiehe lui demande de reprendre sa compagnie. Après un temps de réflexion, Sonia rachète Maurice Design Ltée à la mort de l?architecte d?intérieur. «C?était très dur au début car l?administration ne suivait pas trop.» Le recrutement de Frédéric Guérin, entrepreneur ayant appris son métier sur le tas et à qui elle propose une part de l?actionnariat de la société, va l?aider. «Nous sommes complémentaires. Il fait les chantiers et moi, je m?occupe des concepts et de l?administration. Je fais aussi un peu de chantier.» Elle travaille actuellement sur l?aménagement de la Customs? House.
La griffe Sonia Derblay, c?est un mélange d?architecture rustique et moderne et des couleurs reposantes telles que le plâtre, toutes les déclinaisons de beige, le brun foncé. «Ce sont des couleurs reposantes. De plus, n?importe quelle couleur se marie avec elles et elles peuvent durer dix ans sans se démoder. Mais nous avons des demandes pour plein de couleurs. Tout comme on a des demandes pour le style classique que je trouve personnellement lourd. Diplomatiquement, j?essaie de l?expliquer au client mais c?est lui qui a le dernier mot.»
<B>Defauts de finition</B>
Sonia prend peu de commandes d?aménagement de maison, une ou deux, mais elle trouve intéressant la planification à grande échelle que requièrent les bureaux.
La tendance d?aménagement en vogue est l?espace ouvert (Open Space), qui élimine les partitions et permet à des collègues de se retrouver côte à côte. «Cela favorise l?interaction entre les gens et le partage d?idées. Mais tout dépend des compagnies. Il y en a certaines où la confidentialité doit primer et l?Open Space n?est alors pas indiqué.»
Sonia n?est pas d?avis que six sociétés d?architecture d?intérieur soient trop nombreuses pour un marché restreint comme Maurice. «Il y a un boom dans la construction avec les Integrated Resorts Scheme, les rénovations d?hôtels, la cybercité. Nous nous retrouvons avec plus de travail que nous ne pouvons fournir. Si les clients peuvent attendre, c?est bien. Autrement, nous sommes obligés de refuser.»
Cette phase ascendante dans le secteur de la construction ne durera pas une éternité.
Et les premières victimes pourraient être les architectes d?intérieur. Sonia n?est pas de cet avis. «Il y aura toujours des bureaux à aménager ou à rénover.» Optimiste de surcroît?
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