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L?esclave

30 janvier 2005, 00:00

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Le maître et l?esclave : il s?agit évidemment de la plus célèbre parabole de Hegel. Pour en comprendre la valeur exemplaire, il faut la replacer dans son contexte qui est celui de la reconnaissance. Pour être reconnu comme conscience de soi autonome, il faut que l?homme prenne la mesure de toute la distance qui sépare la condition humaine de la vie simplement animale. Cela n?est possible que par la guerre, où celui qui va devenir le maître, met en jeu jusqu?au bout sa propre vie.

La conscience de soi n?est qu?au prix du face à face avec la mort, seul maître absolu.

C?est cela que l?esclave ne comprend pas. Voilà pourquoi il est vaincu et donc, conservé comme celui qui va devenir la chose du maître, où celui-ci va pouvoir mesurer sa puissance et sa supériorité par rapport à la simple nature.

En quoi y a-t-il dialectique ? En ceci que, par l?opposition de la forme humaine à un monde d?abord perçu comme étranger, extérieur et opprimant ? tandis que le maître se vautre dans la jouissance ? l?esclave entre dans le monde de la culture. On voit que celle-ci signifie d?abord l?aliénation de l?homme. Mais, et c?est ici qu?on retrouve le thème de l?action, l?agir humain a le pouvoir de réinverser ? tout le secret de la dialectique ? le sens de la situation d?où il est issu.

Le travail, d?abord servile, imprime progressivement au monde la forme de la liberté, qui n?est là, d?abord, (cf. le maître) que de façon immédiate, c?est-à-dire ineffective. Le maître est donc, en réalité, l?esclave de l?esclave, et celui qui, au niveau des apparences, est vaincu, est en réalité le maître de la situation. Celui, que la parabole appelle le maître, est finalement l?objet d?une fausse reconnaissance. La véritable reconnaissance passe par la réciprocité : tous se reconnaissant comme se reconnaissant réciproquement. Concrètement, cela ne peut avoir lieu que dans l?État.

Mais, avant d?en arriver là, il faut la lutte comme moyen de reconnaissance. Il faut la longue patience du concept qui, à travers le monde de la culture, c?est-à-dire de l?aliénation et du travail, éduque l?homme et l?initie peu à peu à la véritable conscience de lui-même.

On voit, dès lors, comment la célèbre parabole hégélienne peut être lue comme une philosophie de l?action (au sens moderne), et pas seulement de la conscience ? au sens de la philosophie de la réflexion ? : seule l?éducation, la culture, c?est-à-dire l?apprentissage de la patience, l?acceptation du retard infligé au désir, permet la conquête de la vérité de la conscience ? c?est-à-dire le passage de la conscience à la conscience de soi. L?impatience, au contraire, par laquelle le maître veut tout et tout de suite, parce qu?il n?est nullement forcé à la pensée des moyens ? fasciné qu?il est par l?obtention de la satisfaction de son désir ? l?impatience, donc, est une arme qui se retourne contre celui qui en disposait d?abord.

<B>Christophe Vallée</B>

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