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Les étudiants délaissent l?IT
Un diplôme n?est plus forcément garant d?un emploi. Surtout s?il ne répond pas au besoin de la main-d??uvre mauricienne. Pour éviter un début de carrière terni par la frustration, il est impérieux de faire le bon choix. La rentrée universitaire a déjà eu lieu, et déjà une tendance se profile : les étudiants se détournent de la filière Information Technology (IT) au profit des ressources humaines et management.
?Le diplôme le plus prisé cette année a été le BSc (Hons) Human Resource Management avec 552 candidatures. Il y a trois à quatre ans, l?IT était très populaire. Aujourd?hui, le management et l?ingénierie caracolent en tête de liste. La filière est encore un peu demandée mais les horaires astreignants des emplois relevant de ce domaine ont eu raison de cet engouement?, constate Sweedesh Koomar Dosieah, de la section admission de l?université de Maurice (UoM).
Certaines entreprises étrangères qui souhaitaient s?implanter à Maurice ont d?ailleurs dû faire machine arrière faute de main-d??uvre qualifiée dans le domaine qui les intéressait. ?Le gouvernement a voulu booster ce secteur. Mais je pense qu?il y a eu une mauvaise planification. Nous n?étions pas encore prêts à donner satisfaction. Néanmoins le gap est en train d?être comblé?, soutient Aisha Oozeer, training manager à la Mauritius Employers? Federation (MEF).
Même constat auprès de la secrétaire générale de l?University of Technology Mauritius, S. Goordyal : ?Il y a eu beaucoup de naufragés de l?IT. Et comme les changements y sont très rapides, beaucoup se sont cassé la figure.?
La filière management reste incontestablement la grande gagnante de l?année 2006-2007. ?On a constaté la prédominance des cours en sciences et technologie, électrotechnique, génétique et médecine et un réel engouement pour le management. Pourtant, il y a cinq ans, cette filière était délaissée. Un domaine qui est complètement saturé de nos jours est celui de l?économie et la comptabilité?, constate le Dr Praveen Mohadeb, deputy executive director de la Tertiary Education Commission (Tec).?Aux oubliettes, les voies saturées. La finance ne veut pas dire comptabilité seulement. Il faut se tourner vers l?analyse financière, la Bourse...?, ajoute Aisha Oozeer.
Puisqu?à Maurice, on choisit sa spécialité très tôt, la MEF a mis en place un volet de career counselling afin d?aider les élèves de la Form III à faire leur choix. ?Nous nous rendons dans les collèges pour faire le point sur les besoins de la main-d??uvre mauricienne pour les cinq ans à venir?, explique Aisha Oozeer.
Les cabinets de recrutement orientent également les jeunes. ?J?en ai vu qui débarquaient avec des diplômes en biologie ou en sociologie et qui devaient se cantonner au télémarketing. Nombreux sont ceux de la filière informatique qui sont laissés sur le carreau?, explique Charlène Papillon du National Wide Recruitment Services.
Son directeur, Appanah Samy Sanassy, affirme que trois secteurs d?activité sont en tête. D?abord les Human Resources car sur la centaine d?offres d?emploi des entreprises que propose son cabinet chaque mois, 30 % ont trait aux ressources humaines. Vient ensuite l?hôtellerie. Et enfin le secrétariat. ?En ce qui concerne l?informatique, nous notons que les jeunes sont très souvent surqualifiés. Les entreprises ont besoin de profils-types. Elles recherchent des candidats computer literate et non des détenteurs de diplômes en computer sciences?, rappelle Appanah Samy Sanassy. Ce dernier note que les sociétés qui embauchent sont davantage pointilleuses sur la maîtrise des langues.
?Il faut à tout prix proscrire l?émergence du chômeur diplômé. Je peux citer en exemple le cas de cette lauréate bardée de diplômes qui a mis plus d?une année à trouver un emploi. C?est encore plus désolant pour ces nombreux jeunes dont les parents ont été obligés de faire un emprunt pour financer leurs études?, avertit Aisha Oozeer.
Alors comment établir que la filière choisie sera porteuse ? La Tec tente d?apporter des réponses. Elle fait un relevé des filières prioritaires en fonction des besoins du pays. ?Nous publions ce guide tous les deux ans et des études et sondages sont faits pour connaître les emplois du futur. Cette année, nous proposons un nouveau programme à l?université de Maurice qui est le MSc Risk Management?, rappelle Praveen Mohadeb.
Le temps où on se construisait une carrière professionnelle qui perdurait sur 20, 30, voire 40 ans, est à jamais révolu. Le jeune qui entre dans la vie active doit commencer par miser sur la formation continue. ?Désormais, le futur employé doit envisager le life-long learning. Il sera obligé de se mettre à jour toute sa vie?, affirme Ameenah Gurib-Fakim, pro-vice-chancelière de l?UoM.
Comprendre
● L?UoM, le choix du public
?De par notre statut ancien, nous abordons des filières dites classiques mais nous y apportons un peu de dynamisme. Même pour les sciences, il faut se mettre au diapason. La filière qui a la cote cette année est le management, mais c?est une tendance internationale?, explique Ameenah Gurib-Fakim, pro-vice-chancelière de l?université de Maurice (UoM).
5 064 demandes d?inscriptions ont été enregistrées pour cette année universitaire dont 4 700 étaient éligibles pour un cours à l?UoM. 3 276 places étaient disponibles et seuls 2 511 ont été admis.
Certaines filières comme le ?BEng (Hons) Chemical and Renewable Energy Engineering?, souffrant d?un manque d?étudiants, ne pourront être dispensées. ?Il est facile d?intégrer la faculté d?agriculture, mais il n?y a pas beaucoup de demandes. Les cours d?horticulture ne pourront pas avoir lieu cette année?, confie Sweedesh Koomar Dosieah de la section admission. D?autres cours vont débuter en janvier.
Certains étudiants de l?université sont en contrat avec la Compagnie Mauricienne de Textile qui finance tous les frais d?études. ?Il serait opportun que d?autres entreprises suivent l?exemple?, note Sweedesh Koomar Dosieah. L?année dernière, Infosys a de son côté offert une formation supplémentaire à Bangalore aux meilleurs étudiants de la faculté d?ingénierie.
● L?UTM, le lien travail-formation
L?University of Technology Mauritius (UTM) sous la direction du professeur Peter Coupe agit comme une antenne de l?université de Maurice. Elle a été créée pour y pallier le manque de places. Les quatre filières demandées pour cette année universitaire sont : la Finance, les Ressources humaines, l?IT et le Tourisme. ?Les étudiants sont recrutés très vite en sortant d?ici puisque nous gardons contact avec eux. Nous sommes constamment sollicités par les entreprises qui nous réclament la liste des étudiants avant même qu?ils aient terminé leurs études. Surtout ceux qui se destinent aux filières management, hôtellerie et informatique?, affirme la secrétaire générale S. Goordyal de l?UTM. Le pont entre la formation et le monde du travail est bien établi.
?Nous prenons conscience qu?il y aura un besoin de beaucoup plus de jeunes dans le software et non dans le hardware. On encourage ceux qui veulent persévérer dans l?informatique à créer leurs petits magasins de software pour monter des programmes et créer des sites Internet?, poursuit la secrétaire générale de l?UTM. Elle constate que les premiers diplômés qui ont quitté l?UTM il y a trois ans ont trouvé du travail principalement comme analystes programmeurs dans les hôtels et dans le ?lower mangement? dans différents secteurs.
● L?option formation privée avec la DCDM
?Les cours qu?on dispense au De Chazal Du Mée Business School (DCDM) sont appropriés pour le marché du travail. Ils sont constitués à la lumière des besoins du pays puisqu?on travaille en étroite collaboration avec le secteur économique privé. Ce sont des cours sur mesure?, explique Raj Lutchmeah, directeur de la faculté management et business. Les diplômes qui ont remporté le plus de suffrage cette année sont les ?BCom Management & Human Resources, BCom Accounting & Finance?, ?BA graphic design? et ?BA Mass Communication?. ?Les diplômés trouvent un emploi dans les six mois qui suivent leur sortie de l?école où ils partent à l?étranger pour parfaire leurs études?, rappelle Vikash Rowtho, directeur de la faculté de technologie et sciences appliquées. La majorité des cours est dispensées en collaboration avec des partenaires étrangers, notamment l?université de Curtin, à Perth. ?Nous recevons la visite des employeurs qui viennent présenter leurs sociétés, leur vision et les différentes possibilités qui s?offrent aux étudiants. Il arrive que certains employeurs embauchent les étudiants avant la fin de leurs études?, ajoute Vikash Rowtho. Sooraya Sayed Hassen, en charge de la faculté de ?Humanities? déplore la tendance qu?ont les jeunes à choisir des filières très traditionnelles au détriment de filières qui ont des débouchés. ?Il y a un manque flagrant de diplômés en ?Mass Communication? et pourtant ils seraient assurés de trouver très vite un emploi.?
● La MEF développer l?esprit d?équipe
La Mauritius Employers? Federation (MEF) ne dispense plus des cours uniquement à ceux qui sont déjà dans le monde du travail mais aussi aux ?school leavers?. ?La filière ?Human Resources? est très populaire et celle de la finance monte en grade?, rappelle Aisha Oozeer, ?training manager?. ?Ici, il n?y a pas de cours uniquement en salles de classe. On favorise l?interactivité et la simulation. Pour certains diplômes, le traditionnel examen de quatre heures a été banni.? En sus de leur apporter un bagage intellectuel, la MEF apprend aux jeunes à développer un esprit d?équipe, facteur essentiel d?une bonne intégration au sein d?une entreprise. ?En 2003, on a assisté au phénomène des étudiants de filière IT qui ont poussé comme des champignons. Mais est-ce que le formation était bonne ? Au vu des résultats, la réponse est non. C?est pour cela qu?il faut une formation taillée sur mesure en développant le programme, le ?curriculum? et en effectuant un suivi.? poursuit Aisha Oozeer.
Témoignages
Eloïse Descombes, 20 ans
?Mon choix s?est porté vers un ?Advanced Certificate in Human Resources and Management? à la Mauritius Employers? Federation Management School. Ayant reçu une éducation française ? j?étais au Lycée Labourdonnais ? j?ai pensé qu?il serait plus judicieux de poursuivre des cours en anglais pour bien maîtriser cette langue. J?ai gardé en ligne de mire l?accès professionnel, surtout l?opportunité de rentrer dans la vie active facilement. Je sais que le secteur est très porteur et plutôt que de faire de la comptabilité, j?ai opté pour cette branche par rapport à ma personnalité.?
Morina Chamilall, 19 ans
?Un BA French, en ce qui me concerne, est un choix délibéré parce qu?il y a beaucoup de débouchés dans l?enseignement. Mon but c?est de trouver très vite du travail. En fait, je me dirige vers une voie détournée pour atteindre mon but qui est de faire des études de droit dans une université française. Et pour cela, j?ai besoin de travailler pendant cinq ans pour pouvoir les financer. Je ne pense pas que ce soit une perte de temps puisque la langue joue un rôle très important pour la compréhension des textes juridiques. J?avoue ignorer les autres institutions et ce qu?elles offrent. Pour moi, l?étape après le HSC, c?était obligatoirement l?université de Maurice.?
Madhav Meetarbhan, 22 ans
?Je me suis toujours intéressé à la communication et, en ce sens, me suis automatiquement tourné vers un BA Mass Communication à la DCDM affiliée à l?université de Curtin. Il y a un manque évident de conseillers en communication dans le paysage mauricien, que ce soit en politique ou en entreprise. Dans la même filière, l?université de Maurice me proposait une formation à temps partiel en 4 ans contre des cours à plein temps en 3 ans à la DCDM. C?est juste une question d?opportunité.?
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