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Les totems de la résistance
Des visages à demi- cachés par des feuilles de ravenale. Des chaînes brisées, des traces de coup de fouet aux jambes. Dominant le tout, un chef. Celui des révolutions d?esclaves. Autant d?éléments cristallisés en deux totems par les élèves de l?école de sculpture de Bambous, poulains du sculpteur Lewis Dick.
Leurs efforts célèbrent la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition. Le 23 août coïncide avec la révolution de Haïti, quand les esclaves infligèrent une défaite aux troupes napoléoniennes. Deux symboles de souffrance et de lutte érigés à l?entrée du village-hall de Chamarel.
L?art au quotidien
Les totems ont été dévoilés hier par le ministre des Arts et de la Culture Mahendra Gowressoo. Ils ont été taillés à hauteur d?homme, à coups de ciseaux et de maillet dans du bois d?eucalyptus et de mason. Des ?bebet diboi?, comme les surnomment affectueusement les élèves. Des talents en herbe, âgés entre sept et 18 ans. ?Enn bann zanfan ki pa ti ena lavenir, ki pe trou enn lizour gras a lar.?
L?art au quotidien, c?est la démarche de Lewis Dick. La preuve : l?histoire du bois utilisé pour les totems. Il explique : ?Il n?y avait pas d?abribus à Bambous et les gens s?asseyaient sur un tronc d?eucalyptus tombé là depuis le cyclone Gervaise.? Devant notre étonnement, il sourit et précise : ?Il est tombé, il y a une trentaine d?années et il a vu défiler tous les enfants de Bambous, de l?école primaire à l?adolescence. Leur imagination voyait sans cesse des visages d?esclaves dans ce morceau de bois.?
Quand tombe la proposition conjointe du centre Nelson-Mandela pour la culture africaine et Le Morne Heritage Trust Fund de réaliser des totems à l?occasion de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, ?les enfants ont tout de suite pensé à cet eucalyptus?.
Presque trois mois de travail, commencés le 29 mai dernier. Soit la date coïncidant avec la Journée de l?Afrique, événement également célébré à Chamarel.
Immersion dans l?histoire régionale
Un peu de documentation, beaucoup d?imagination. De la bonne volonté à en revendre. Les enfants immergés dans l?histoire de la région se montrent sensibles au marronnage.
Le phénomène associé non seulement au Morne mais également à son voisinage. D?où le totem avec des regards d?esclaves à moitié cachés dans le feuillage.
Poussant la réflexion plus loin, le deuxième totem lui, représente un visage à l?expression sévère. Trait distinctif : des dreadlocks.
Lewis Dick explique : ?Chamarel est aussi synonyme de rasta. En passant dans la région, les enfants ont eu l?occasion de parler avec ces personnes aux convictions rastafari. Ils ont été touchés par la frustration de ces gens. Ce sont un peu les esclaves des temps modernes. Des incompris enchaînés aux lois du système.?
Mahendra Gowressoo, ministre des Arts et de la Culture, a lui aussi tenu à s?associer aux témoignages de souvenir. Aussitôt terminée la lecture de son discours en créole, il a insisté pour expliquer sa démarche depuis son arrivée aux affaires.
Mahendra Gowressoo a rappelé que sa première sortie officielle a été de se rendre à l?Aapravasi Ghat, ?pour comprendre la souffrance des travailleurs engagés. Ma deuxième sortie a été pour Le Morne.? Le ministre a survolé la montagne-symbole le mois dernier, durant le passage chez nous du Dr George Abungu, expert de l?Unesco.
Il était de retour dans l?île après une première visite en mars dernier, pour conseiller Le Morne Heritage Trust Fund dans sa préparation du dossier d?application pour l?inscription du site sur la liste du Patrimoine mondial.
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