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Les terres fertiles de la recherche

11 juillet 2007, 00:00

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“Notre responsabilité est aussi de savoir vulgariser la connaissance, les résultats de nos recherches.” Nawsheen Taleb-Hossenkhan, lecturer en biologie moléculaire à l’université de Maurice, en est bien consciente : la recherche a un rôle à jouer dans le développement “pour que le moment venu, les décisions soient prises en connaissance de cause”.

On y gagnerait beaucoup, car la discipline dans laquelle évolue la très scientifique Nawsheen Taleb-Hossenkhan permet de saisir le sens de la vie, plus particulièrement de comprendre comment apparaissent certaines maladies qui affectent nos aliments. En s’intéressant de près à ce qui est de l’ordre de l’infiniment petit, à ce qui échappe même au regard scrutateur du microscope. Le terrain qu’explore Nawsheen Taleb-Hossenkhan s’appelle ainsi biologie moléculaire.

Comment les plantes fonctionnent-elles, comment s’organisent-elles face aux obstacles qui menacent leur survie ? “On ne voit pas les molécules. Mais on arrive à les comprendre, comment les atomes qui les composent s’y organisent. Cela ne repose pas sur des suppositions. Tout doit être prouvé.” Mais qu’est-ce qui pousse cette jeune femme à vouloir décrypter une réalité qui paraît abstraite et si éloignée de nos préoccupations à première vue ?

“J’ai toujours eu envie de servir mon pays.” Lauréate côté sciences de la cuvée 1996 Nawsheen Taleb-Hossenkhan n’a jamais dévié de sa trajectoire. Qui s’est précisée au fil de ses études par un intérêt marqué pour les sciences du végétal. Et c’est après trois ans à l’Imperial College de l’université de Londres, qu’elle a préparé d’ici un doctorat avec la collaboration du Scottish Crop Research Institute, basé à Dundee, et le soutien de la Tertiary Education Commission. “Il fallait un sujet de thèse important pour Maurice et pertinent pour l’unité de chercheurs en Ecosse : je me suis donc orientée vers la pomme de terre, et les maladies qui peuvent l’affecter, particulièrement le mildiou.”

Insolite de travailler sur la pomme de terre ? “Des chercheurs dans le monde entier s’y consacrent, échangent des données, complètent les connaissances.” Car aujourd’hui la science a pris le relais de ce qui se pratiquait depuis les âges : la sélection, l’expérience. “Il existe parmi toutes les variétés de pomme de terre, certaines qui sont plus résistantes que d’autres à la maladie.”

Là où les choses se compliquent, c’est quand d’autres pommes de terre, moins fortes face aux intempéries et autres bactéries, opposent une rude concurrence pour être de toutes nos sauces, en compensant par la séduction et le goût. “La production des légumes dépend beaucoup des préférences des consommateurs.” Si la variété Stirling est très résistante au mildiou, ce sont les Spunta, Delaware ou Mondial, qui sont sur les premières marches du podium. “La Stirling est ronde et blanche quand la Spunta est rosée et savoureuse. C’est elle qui est très majoritairement cultivée.”

La tâche des chercheurs est donc de percer à jour le secret des variétés de pomme de terre, de trouver ce qui dans chacune d’entre elles, possède le gène qui fait mouche : celui du goût, de la résistance, de la texture…pour élaborer la pomme de terre idéale, qui combinerait tous les caractères et toutes les qualités.

<I>“ Aucun OGM ne devrait être commercialise avant une étude scrupuleuse .” </I>

C’est ainsi qu’avec une étudiante, Nawsheen est allée sur la trace du gène de la résistance. “Analysant la Stirling, nous avons essayé de déterminer les facteurs qui la rendaient si robuste. La relation avec l’âge nous a parues pertinente.” Et pour cause, la Stirling devient plus forte en vieillissant.

À l’université de Maurice, Nawsheen enseigne aussi la biotechnologie. L’enseignement représente à vrai dire l’essentiel de ses activités, et c’est évidemment la recherche qui en souffre. Mais il existe d’autres moyens de la faire avancer : “Notre tâche est aussi de confier à nos étudiants des créneaux qu’ils peuvent explorer et ensuite de réunir les résultats de chacun pour construire une image complète.” Le but de Nawsheen n’est certes pas que de former des étudiants en leur confiant un sujet de thèse mais aussi de permettre l’échange des savoirs. “Beaucoup de travaux ne sont pas connus car pas publiés, c’est très dommage.”

Cela représente pourtant des sommes. “Lorsque je dirige des travaux d’étudiants, je tâche de leur inculquer des armes qui leur serviront à bien articuler” : ici un cadre de recherches, là un plan pour la présentation.

L’élaboration de sa propre thèse a certes été agrémentée d’échanges sur une fabuleuse autoroute de la communication : les forums de discussions spécialisés sur le Net. Mais une fois les travaux terminés, il n’y a pas toujours des possibilités de suivi du travail scientifique entamé pendant les études. Vivons-nous à une époque où le choc des idées est enterré dans les champs de tubercules?

Pas pour Nawsheen, qui peut s’exprimer sur des sujets passionnants comme le débat autour des Organismes génétiquement modifiés (OGM). “L’homme, rappelle-t-elle, a toujours pratiqué des croisements de fruits et légumes depuis la nuit des temps.

Ce qui est nouveau ce sont toutes ces possibilités d’introduire le gène d’une espèce complètement différente dans une nouvelle”.

Ce qui peut poser un problème d’éthique. “Il est clair que ce problème se pose en l’absence de toute réglementation. Aucun OGM ne devrait être commercialisé avant une étude scrupuleuse et une mise en conformité. Mais les OGM sont loin d’être une mauvaise chose en eux-mêmes.”

Les OGM ne sont pas toujours moins coûteux. “Cependant, fabriquer une pomme de terre mutante qui pourrait cumuler les qualités de résistance et de goût a certainement une justification économique: cela, par exemple, permettrait de diminuer l’usage de pesticides.”

Les terres qu’explorent Nawsheen nous mènent aussi vers des contrées inattendues : “La biotechnologie a accompagné l’avènement de la génétique, qui permet de lire l’ADN, grâce à des techniques héritées de la biologie moléculaire.” Dans le cortège de l’ADN, l’empreinte génétique, les services du Forensic, les enquêtes criminelles et le mystère du génome humain.

Alors, détachée de l’homme, l’image du scientifique, ou fourvoyée dans des œufs de mouches pesés avec des balances en toiles d’araignées? Loin de l’étrange savant, du Géo Trouvetou empêtré dans son observation extatique du ver de terre, Nawsheen nous proclame son goût de la vie, apprécié avec l’objectivité de la modernité. Et qui est finalement au service de la communauté. Ce n’est pas pour elle-même que “la recherche a besoin de moyens physiques, financiers, ou intellectuels”. Mais pour nous aussi. Pour que le chercheur puisse continuer à bien cultiver notre jardin.

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