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Les solvants de tous les dangers

26 juin 2004, 20:00

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Colle, essence, éther, peinture, vernis à ongles : tous ces solvants sont bons pour en extraire l?euphorie ! Cette forme de toxicomanie se propage comme une traînée de poudre auprès des enfants. Dans les collèges, on dénombre plus de 14 % de sniffeurs âgés entre 15 et 18 ans. Dans la rue, le constat est encore plus alarmant ! Des gamins se baladent, munis de leur tube de colle ou se cantonnent dans quelque coin sombre pour renifler les odeurs fortes des pots de peinture. Dans quelle mesure est-ce que ces produits, composés de substances volatiles, poussent les jeunes à la toxicomanie ? « La colle, par exemple, comprend des solvants organiques aromatiques. On en trouve aussi dans l?acétone et certains feutres. Cette odeur attrayante n?échappe pas aux enfants. À mesure qu?on la respire, on devient accro », déclare le Dr Fayzal Sulliman, coordinateur de la Natresa.

Plusieurs raisons expliquent l?addiction aux solvants : la curiosité, l?influence des amis, le besoin d?impressionner les autres. De plus, c?est facile de s?approvisionner à la boutique du coin ou sous les décombres d?un garage ! Les solvants sont très accessibles et ne coûtent qu?une poignée de roupies ! Les causes sont parfois dramatiques. « Derrière chak zenfant ki sniffe la colle, éna ène drame familial. Bocou parmi zot négligé par zotte famille ki dans prison ou bien toxicomanes zotte même. Ene zenfant ki sniffe la colle fine déjà dire moi ki li sniffe la colle parski li pas pareil couma lézot, li senti li rejeté par société. Li fer ça pou blié so souffrance », soutient Dany Philippe, du centre de solidarité, qui s?occupe de la réinsertion des toxicomanes. « Beaucoup d?enfants essaient de fuir la réalité et ont du mal à gérer la transition entre l?enfance et l?adolescence. L?inhalation des solvants est un moyen pour eux d?éprouver le grand frisson et de rompre avec un sentiment de médiocrité », affirme Michaël Joson, sociologue.

En échange d?un bref instant de bien-être, d?un effet similaire à l?intoxication alcoolique, les enfants inhalent des solvants, et ont l?impression de perdre leur inhibition. Ces produits chimiques produisent d?autres effets pendant ou après leur consommation, notamment des vertiges, de fortes hallucinations, de l?agressivité, de l?apathie et une détérioration des facultés de décision. Les solvants se fixent en particulier dans les tissus nerveux et le cerveau. Pire encore, à travers ces solvants, les enfants mettent leur vie en jeu. La mort rode et peut assaillir au bout d?une ou de quelques inhalations. Les données du Drug Abuse Warning Network Medical Examiner aux états-Unis indiquent que les substances inhalées ont contribué à plus de 500 décès survenus de 1996 à 1999. En l?an 2000, la National Household Survey on Drug Abuse, une enquête nationale américaine, a démontré que le nombre d?inhaleurs de solvants atteignait 1 010 000 en 1999 comparé à un chiffre de 392 000 en 1990. Cette étude classe les substances inhalées en quatrième position des produits les plus utilisés chez les élèves. Dans la majorité des cas, l?inhalation des solvants affecte le rythme cardiaque et cause la mort (voir encadré). Des décès brutaux peuvent aussi survenir par suffocation, par incendie (car les solvants sont très inflammables) ou en raison du comportement à haut risque déclenché par l?effet toxique.

Certes, les risques sont nombreux mais en sommes-nous forcément conscients ? « Le problème est que les gens banalisent l?ampleur de cette toxicomanie. Les parents se disent que la colle n?a pas les mêmes conséquences que la drogue dure sur les enfants mais ce n?est pas le cas. En réalité, l?inhalation de solvants représente un danger considérable pour les enfants », souligne le sociologue. Pour Julien Lourdes, travailleur social de Ste-Croix., beaucoup de parents, conscients du fléau, dérogent de leurs responsabilités : « Ils vont pointer du doigt les autorités ou les organisations mais c?est à eux de s?assurer que leurs enfants n?achètent pas de la colle pour se droguer. Il faut proscrire l?utilisation de cette colle nocive autant que possible ». Qu?en pensent les parents justement ? « Nous avons peur. Tout type de drogue est une drogue. Il faut toujours avoir l??il sur l?enfant pour déceler tout comportement à risque », indique Clifford Maniacara, président de la fédération de parents enseignants des écoles primaires catholiques. Ce qui corse la situation davantage, c?est qu?il n?existe aucun contrôle sur les ventes de colle ou d?autres solvants dans les boutiques et les autres points de vente. Est-il temps de réglementer cela ? « Nous ne pouvons détecter si un enfant qui en achète le fait pour se droguer ou pour d?autres usages. Je pense qu?il faut définitivement une politique pour mettre de l?ordre », confie Chetraj Bagratee, secrétaire de l?association Ti Surfaces Réunies, qui regroupe 27 petites boutiques de l?île.

Comment mieux sensibiliser la population sur les dangers de l?inhalation des solvants ? Une campagne agressive d?information est nécessaire. « En Angleterre, l?association Re-Solv a été lancée pour lutter contre l?inhalation de la colle et des autres solvants. Pourquoi ne pas créer une telle organisation à Maurice pour une meilleure sensibilisation ? », se demande Michaël Joson. La sensibilisation est une initiative louable mais il ne faut pas non plus négliger ces enfants qui veulent s?en sortir. Vers qui peuvent-ils se tourner pour se désintoxiquer ? « A l?heure actuelle, il n?y a pas de structures pour les enfants qui respirentt les solvants. Nous essayons de les canaliser vers des hôpitaux pour les soins mais cela ne suffit pas. L?inhalation des solvants est un problème réel qui explose mais tout le monde ferme les yeux? », dit Dany Philippe.

Les sniffeurs à l?étude

Une étude sur l?inhalation de colle va être faite dans les mois qui viennent. Commanditée par la National Agency for the Treatment and Rehabilitation of Drugs and Substance Abusers (Natresa), cette enquête sera effectuée auprès des jeunes de 8 à 18 ans vivant dans les cités pour faire un état des lieux de ce fléau. L?étude sera menée par le Mauritius Institute of Health et financée par le Mauritius Research Council.

Les signes qui doivent alerter

Comment savoir si un enfant sniffe de la colle ou des solvants ? Les signes suivants peuvent vous aider :

? Des marques blanches sont visibles autour du nez et de la bouche ou des lésions ou des irruptions cutanées sur ces parties du visage. ? Le jeune toxicomane éprouve du mal à se déplacer. Il titube et semble comme ivre ou désorienté. ? S?il utilise de la peinture, certaines taches peuvent apparaître sur ses vêtements, son visage ou ses mains. Il peut aussi dissimuler des pots de peinture vides. ? L?enfant éprouve des troubles d?élocution et un manque de concentration. ? De fortes odeurs chimiques émanent de son haleine et de ses habits. ? Il ressent des nausées ainsi que des pertes d?appétit. ? Le nez est rouge et peut se mettre à couler. ? Un surplus de salive, des quintes de toux fréquentes et des poussées de fièvre.

Les fournisseurs réagissent

L?inhalation de la colle ne laisse pas les producteurs insensibles. Selon l?un d?eux, des dispositions ont été prises depuis environ huit ans pour modifier la composition de la colle et la rendre moins nocive. « Il y a quelques années, nous avons reçu le mot d?ordre de la maison mère de supprimer l?emploi du toluène, un produit d?addiction et l?avons remplacé par d?autres solvants qui ne provoquent pas de dépendance », soutient un fabriquant.

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