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FMI contre MSM
Le match impossible
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FMI contre MSM
Le match impossible
Le Fonds monétaire international (FMI) n’est ni un gouvernement élu ni un oracle infaillible. Ses recommandations peuvent être discutées, parfois contestées. Mais lorsque les finances publiques d’un pays se tendent durablement, il serait dangereux de balayer son diagnostic d’un revers de main. Le FMI ne fait pas de politique ; il mesure des équilibres économiques. Et le dernier rapport consacré à Maurice contient un message que le débat national, trop polarisé, tend à occulter : notre principal défi n’est plus seulement de retrouver de la croissance. Il est de restaurer la crédibilité de nos institutions économiques.
Cette nuance est essentielle. Pendant longtemps, Maurice pouvait compenser ses déséquilibres budgétaires par une croissance robuste. Les jadis-nouveaux secteurs – textile, tourisme, services financiers – créaient suffisamment de richesse pour absorber des dépenses publiques en augmentation. Ce modèle arrive aujourd’hui à maturité. La croissance ralentit à 2,8 % en 2026, tandis que le vieillissement de la population accélère. Le prochain moteur de croissance – intelligence artificielle, économie bleue, technologies numériques, transition énergétique ou biotechnologies – n’est encore qu’en gestation. Entre l’ancien modèle qui s’essouffle et le nouveau qui tarde à produire ses effets, le pays doit gérer une période de transition. C’est précisément dans ces moments que la discipline budgétaire devient indispensable.
Le FMI articule cette discipline autour d’un principe simple : la crédibilité précède la croissance. Cette logique explique ses recommandations sur la Banque de Maurice (BoM). L’institution demande que la politique monétaire reste suffisamment ferme si les pressions inflationnistes réapparaissent. Elle insiste surtout sur le renforcement de l’indépendance de la banque centrale et sur le retrait progressif de la Mauritius Investment Corporation (MIC). Derrière le langage feutré des économistes se cache une idée claire : une banque centrale n’a pas vocation à devenir durablement un fonds d’investissement. La MIC pouvait se justifier comme instrument exceptionnel durant la pandémie. Elle ne peut devenir un modèle permanent de gouvernance économique. Une banque centrale inspire confiance lorsqu’elle garantit la stabilité des prix et du système financier, non lorsqu’elle possède des hôtels ou participe au capital d’entreprises.
Le deuxième avertissement concerne les retraites. Là encore, le FMI ne remet pas en cause le principe de la solidarité. Il rappelle simplement une réalité que la politique préfère souvent ignorer : l’arithmétique finit toujours par rattraper les promesses.
En une décennie, les dépenses liées à la Basic Retirement Pension sont passées d’environ 3 % à près de 9 % du PIB. Plus frappant encore, la pension universelle représente aujourd’hui environ 53 % du salaire moyen, un niveau exceptionnel à l’échelle internationale. La Nouvelle-Zélande, souvent citée comme référence, se situe autour de 39 %. Les Pays-Bas autour de 29 %. Le Canada à peine 10 %. Maurice n’est donc pas simplement généreuse ; elle constitue une anomalie statistique.
Le problème n’est pas la générosité. C’est son mode de financement. Lorsque la pension universelle représente plus de la moitié du salaire moyen, chaque augmentation salariale nourrit mécaniquement la pression politique pour augmenter les pensions. Dans le même temps, le vieillissement réduit progressivement le nombre d’actifs qui financent un nombre croissant de retraités. À moins que la croissance économique ne dépasse durablement cette évolution démographique – perspective aujourd’hui peu réaliste – le système devient progressivement plus coûteux, plus rigide et plus difficile à financer.
C’est pourquoi les recommandations du FMI forment un ensemble cohérent. Restaurer l’indépendance de la BoM. Réduire les interventions quasi budgétaires comme la MIC. Réformer les pensions. Ces propositions ne constituent pas trois dossiers distincts ; elles poursuivent un même objectif : recréer de l’espace budgétaire.
Tout est lié. Si les dépenses de pension continuent de croître plus vite que les recettes, l’endettement augmente. Lorsque la dette augmente, la pression sur la banque centrale s’intensifie. Et lorsque la frontière entre politique budgétaire et politique monétaire s’efface, la crédibilité institutionnelle s’érode. Les investisseurs exigent des primes de risque plus élevées, le coût de financement augmente, les marges de manœuvre se réduisent. L’État conserve théoriquement sa capacité d’agir, mais chaque décision devient plus coûteuse.
Le débat mauricien reste pourtant enfermé dans une opposition stérile. Les uns affirment que les pensions sont devenues insoutenables. Les autres répondent que les retraités ne doivent pas payer les erreurs passées. Le FMI pose une question différente : comment préserver durablement la capacité de l’État à protéger les plus vulnérables ?
C’est probablement là que réside la véritable leçon du rapport du FMI. Maurice n’est pas confrontée à une crise financière imminente. Elle dispose encore d’institutions relativement solides, d’un secteur financier robuste et d’une économie diversifiée. Mais elle entre dans une période où la qualité de ses institutions comptera davantage que la facilité des promesses.
En attendant qu’émerge un nouveau modèle économique capable de recréer une croissance plus forte et de nouveaux piliers de prospérité, le pays n’a pas le luxe d’ignorer les contraintes de ses finances publiques. Car la véritable souveraineté économique ne consiste pas à refuser les avertissements du FMI. Elle consiste à remettre de l’ordre dans ses comptes avant que les marchés ne le fassent à sa place.
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Alors que la réforme des pensions soulève avant tout une question actuarielle – celle de la soutenabilité d’un système confronté au vieillissement de la population et à des engagements financiers sans précédent –, le MSM s’efforce d’en faire un combat essentiellement politique, en volant à la défense des fonctionnaires afin de mieux les braquer contre les experts. En dénonçant une «trahison» du gouvernement et en s’alignant sur la colère de la rue, le Sun Trust cherche moins à répondre aux équations démographiques qu’à capitaliser sur un mécontentement populaire. Le débat glisse ainsi des chiffres vers les slogans, des projections à long terme vers les promesses électorales. Si le gouvernement doit assumer ses maladresses de communication et le décalage entre ses engagements et ses décisions, l’opposition ne peut faire l’économie d’une réponse à la question fondamentale : comment financer durablement l’une des pensions universelles les plus généreuses au monde ? La politique peut exploiter la colère. Elle ne peut, à elle seule, faire disparaître les réalités démographiques et budgétaires...
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