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Les Sids insistent pour un traitement spécial

12 janvier 2005, 00:00

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Les petits Etats insulaires en développement n’en démordent pas. Il leur faut un traitement spécial et différencié pour les aider à s’intégrer dans le commerce et l’économie mondiale. Cette question a été au cœur des discussions lors d’un panel organisé hier à Pailles dans le cadre de la conférence des Nations unies sur les petits Etats insulaires (PEID) - ou Small Island Developing States (Sids). Le débat avait pour thème les défis spécifiques auxquels sont confrontées les petites îles dans le domaine du commerce et du développement économique.

Le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, Jayen Cuttaree, qui présidait le panel, n’a pas manqué de rappeler comment la globalisation a marginalisé les économies vulnérables surtout les Sids. S’il est accepté que le commerce international est un moteur pour la croissance et le développement, tel n’a pas été le cas pour les petits pays insulaires. Au contraire, leur part du commerce mondial a diminué. Cette catégorie de pays souffre de problèmes structurels qui les empêchent de bénéficier de l’ouverture des marchés. Les capacités de production font défaut en raison du manque de ressources naturelles et humaines. La petitesse de leurs marchés intérieurs les empêche de développer des économies d’échelle et de devenir mondialement compétitifs.

Paradoxalement, c’est cette même limitation du marché domestique qui a poussé les Sids à avoir une politique économique tournée vers l’exportation. Aujourd’hui, ils sont les plus vulnérables aux changements dans les marchés internationaux.

Peu de progrès</B>

Pour cette raison, Jayen Cuttaree insiste : “Le système multilatéral doit contenir en lui-même des mécanismes qui permettent de protéger les intérêts de tous les pays membres qui ont atteint des degrés différents de développement et de prendre en considération la situation

des partenaires les plus faibles.”

Un traitement spécial et différencié est nécessaire pour que le système multilatéral soit plus juste et plus équitable. Ce concept est à l’agenda de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais très peu de progrès a été réalisé pour le traduire en action concrète, déplore le ministre.

Le conseiller commercial de Maurice à Genève, Sivaramen Palayathan, qui faisait partie du panel, s’est lui aussi appesanti sur la question d’un traitement spécial et différencié. Il soutient qu’il est faut de dire que ce concept est incompatible avec les règles de l’OMC. Il peut y avoir une politique et des règles communes, mais cela n’empêche pas des exceptions, argue le conseiller. Il a cité en exemple l’Union européenne qui accorde un traitement spécial aux pays les moins avancés du bloc européen. Grâce à ces exemptions, des pays comme l’Irlande, le Portugal et l’Espagne ont pu progresser économiquement. Des Etats comme Chypre et Malte ont pu adhérer à l’Union européenne à partir du même principe de différenciation.

Sur ce point, un représentant de la délégation européenne dans l’assistance a souligné qu’il existe une différence entre les structures de l’Union européenne (UE) et celles des autres institutions internationales telle l’OMC. Tout en admettant que, pour l’UE, cette différenciation se justifie au nom de la solidarité envers les pays les moins prospères, il a rappelé que l’important est de ne pas oublier l’objectif final : l’intégration totale dans le système commercial.

L’ambassadeur Anthony Severin a pour sa part fait remarquer que l’OMC a trop tendance à se cacher derrière le principe d’égalité des pays membres pour tenter d’imposer des règles uniques à l’ensemble. “L’OMC voit le traitement spécial et différencié uniquement comme une exception aux règles, mais ne voit pas le besoin d’un traitement équitable”, déplore Anthony Severin.

<B>Objectifs divergents</B>

Par ailleurs, Sivaramen Palayathan soulève un autre paradoxe. Il fait ressortir que le mandat de négociation de Doha comprend deux objectifs divergents. Le document reconnaît qu’il faut développer un programme pour venir en aide aux économies vulnérables incluant les Sids, mais il stipule en même temps qu’il ne faut pas créer une nouvelle catégorie de pays au sein de l’OMC. Le problème est que certains pays retiennent surtout ce deuxième objectif en faisant complètement abstraction du premier.

Hans Peter Werner, du secrétariat de l’OMC, reconnaît effectivement que ce problème se pose. “Il y a clairement une résistance de la part des pays développés à la création d’une nouvelle catégorie de pays pour les Sids. Ils trouvent qu’il y a déjà suffisamment de catégories comme cela”, déclare le cadre de l’OMC. Pour contourner le problème, il faudrait que les petits Etats insulaires en développement mènent campagne auprès des Nations unies pour qu’une nouvelle catégorie soit créée pour eux. En général, l’OMC respecte les catégorisations des Nations unies.

Néanmoins, la démarche ne risque pas d’être aussi simple. Anthony Severin estime qu’il faudra préalablement définir ce qu’est un Sids. Il y a actuellement trop de confusion a ce sujet et une clarification est nécessaire.

CONCEPT

<B>Les Sids réclament un effort commun</B>

■ Le concept de traitement spécial et différencié que défendent les petits Etats insulaires en développement ne s’arrête pas aux préférences commerciales. L’accès au marché n’a aucune pertinence sans la capacité d’en tirer avantage. Pour cette raison, ces pays réclament un effort concerté de la communauté internationale pour éliminer les “supply side constraints” et créer les capacités de production. Il s’agit d’aider à la diversification économique et à l’amélioration de la compétitivité. Le développement des capacités de production implique également la création d’infrastructures nécessaires, telles les communications – port, aéroport, réseau routier – l’énergie et les télécommunications. Pour cela, il faut mobiliser les ressources financières adéquates. Outre les programmes d’aide au développement traditionnel, les Sids réclament des fonds spécifiques et dédiés. L’accès au financement à des taux bonifiés serait également le bienvenu.

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