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Les raccourcis
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
S?il s?avère que les allégations de corruption faites à l?encontre du conseiller du ministre des Finances, Benu Servansing, sont fondées, les autorités doivent réagir de façon forte. Des poursuites en justice doivent être intentées s?il est établi qu?il y a eu manquement de la part du conseiller. Mais, pour l?heure, il n?y a pas un élément de preuve qui permettrait de corroborer les allégations le mettant en cause. La suite de l?enquête établira la vérité dans cette affaire. En revanche, il est possible, dès maintenant, de dire que l?affaire est révélatrice de la perception de la corruption politique par les citoyens.
C?est un élément du témoignage de Trishi Toolsee qui jette un éclairage sur l?image que le citoyen se fait des dirigeants et leur entourage. Dans sa plainte à la commission anti-corruption, l?habitant de Plaine des Papayes allègue qu?il a payé un pot-de-vin afin d?obtenir un permis pour l?organisation de paris sur les matches de football. Il aurait fait remettre une somme de Rs 100 000, dit-il, au conseiller par l?intermédiaire d?une tierce personne. Que cet aspirant organisateur de paris ait cru qu?on peut acheter aussi facilement un permis officiel en dit long sur la nature de notre gouvernance publique.
La question, ici, n?est pas de savoir qui a finalement empoché l?argent. Il s?agit plutôt de s?interroger sur les raisons qui ont poussé un citoyen ordinaire à penser qu?il est possible de soudoyer un commis de l?Etat et d?obtenir avec une grande facilité les autorisations que l?on désire. Les pratiques de corruption sont-elles si étendues que les gens sont amenés à payer, sans se poser de questions, des sommes considérables à des courtiers vivant dans l?entourage des puissants?
Il faut vraiment avoir une image totalement dégradée des hautes sphères du pouvoir pour s?imaginer que l?on puisse obtenir l?autorisation d?organiser des paris contre un paiement illégal. Car, l?instance qui délivre ce permis est composée, entre autres, de plusieurs personnalités dont le chef de la fonction publique, l?adjoint au commissaire de police, le «sollicitor general» et deux chefs de cabinet.
Cette affaire démontre avant tout, que le Mauricien a fini par douter de la probité de l?élite politique du pays et des grands commis de l?Etat au point qu?il a développé le réflexe de payer un pot-de-vin quand il sollicite une autorisation administrative. Il le fait si précipitamment qu?il ne se soucie même pas de vérifier si l?intermédiaire est crédible ou pas. S?il faut blâmer, en premier lieu, le politicien pour cet état de choses, le citoyen n?en reste pas moins responsable de la situation. Peut-il se considérer vertueux s?il est si prompt à verser de l?argent pour obtenir des avantages indus ?
L?immoralisme des citoyens est un mal aussi accablant que le manque de probité des dirigeants. Les premiers cherchent des raccourcis, les seconds ne font que les guider sur la voie.
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