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Les quatre Français de Guantanamo mis en examen et écroués
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Les quatre Français de Guantanamo mis en examen et écroués
Quatre jours après leur rapatriement en France, quatre anciens détenus de Guantanamo ont été mis en examen à Paris par deux juges antiterroristes puis écroués hier matin, a-t-on appris de source judiciaire.
Leur placement sous mandat de dépôt, demandé par les magistrats, a été confirmé tard dans la nuit lors d?un débat contradictoire pour chacun d?eux devant un juge des libertés et de la détention (JLD).
Nizar Sassi, Brahim Yadel, Mourad Benchellali et Imad Kanouni, âgés de 23 à 33 ans, s?étaient vu signifier dans la journée leur mise en examen par les juges Jean-François Ricard et Jean-Louis Bruguière pour ?association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste?.
Nizar Sassi et Mourad Benchellali devront en outre répondre de ?faux et usage? pour détention d?un faux passeport, a-t-on précisé de source judiciaire.
Brahim Yadel devait être incarcéré à la maison d?arrêt d?Osny (Essonne), Nizar Sassi à celle de Fresnes (Val-de-Marne), Mourad Benchellali à celle de Fleury-Mérogis (Essonne) et Imad Kanouni à celle de Villepinte (Seine-Saint-Denis).
?Ce soir, la France s?est distinguée par rapport à l?ensemble des autres pays européens (...) qui ont tous relâchés leurs ressortissants (rapatriés de Guantanamo) après quelques heures d?audition?, a déclaré Me William Bourdon, l?avocat de Nizar Sassi.
?Un beau clin d?oeil diplomatique à Bush?
A ses yeux, son client et Mourad Benchellali, originaires de Vénissieux, ont pourtant ?globalement la même trajectoire? que les ex-prisonniers européens.
Sur le fond, Me Jacques Debray, qui défend Mourad Benchellali, a dénoncé ?un procès par voie d?amalgame?: ?Ils sont allés en Afghanistan, donc ce sont des terroristes.?
Sur la forme, Me Jean-Baptiste Rozes, qui défend Brahim Yadel, a déploré la surmédiatisation du dossier. ?Si on avait occulté la pression médiatique, on aurait dû constater qu?il n?y avait pas d?élément pour la mise en examen et encore moins pour le placement en détention provisoire.?
Les quatre avocats de la défense ont demandé ?un référé liberté? afin d?obtenir en urgence la suspension de la détention de leurs clients. L?audience devant la chambre d?instruction pourrait se tenir mardi.
Dès l?annonce des réquisitions du parquet, les avocats avaient dénoncé une mesure ?disproportionnée?, laissant entendre que Paris cédait peut-être à des pressions américaines.
Pour Me Félix de Belloy, qui défend Imad Kanouni, ?la France valide aujourd?hui Guantanamo?. Le placement des quatre hommes en détention provisoire ?vient prolonger le temple de non-droit qu?était Guantanamo?.
?C?est une mascarade judiciaire et en tout cas un beau clin d?oeil diplomatique de la France à George Bush.?
Les deux juges d?instruction chargés du dossier, Jean-Louis Bruguière et Jean-François Ricard, sont chargés d?une information judiciaire concernant les quatre prévenus depuis novembre 2002.
Faits prisonniers par l?armée américaine dans la zone frontalière entre l?Afghanistan et le Pakistan entre fin 2001 et début 2002, les quatre hommes ont passé deux ans et demi de détention dans le camp américain de Guatanamo, à Cuba.
Partis début 2001, Mourad Benchellali et Nizar Sassi auraient séjourné plusieurs mois en Afghanistan, où ils auraient appris le maniement des armes. Selon Me Debray, ils prévoyaient de rentrer en septembre et ont ?l?impression de s?être retrouvés piégés? après l?assassinat du commandant Massoud et les attentats du 11 septembre. Selon eux, leurs têtes étaient mises à pris par les forces américaines.
Pendant leurs trois jours de garde à vue dans les locaux de la DST, les quatre hommes ont été entendus une quinzaine de fois. Ils ont notamment donné des précisions sur leur parcours et leurs motivations.
Expertise médicale
Selon des sources judiciaires, leur audition par la DST a permis de ?faire évoluer le dossier?.
Les charges ont ainsi pu être précisées contre Imad Kanouni, qui était parti d?Allemagne et dont le parcours jusqu?en Afghanistan restait flou aux yeux des enquêteurs.
Selon Félix de Belloy, Imad Kanouni est parti seul sans l?aide d?un réseau à Kaboul, où il a séjourné à la ?maison des Algériens? qui accueillait les étudiants islamistes francophones.
Il a été arrêté dans les montagnes à la frontière pakistanaise. Il était alors en compagnie de cinq ou six ressortissants étrangers qui ont été livrés à la police locale.
?A aucun moment, on ne lui a dit qu?on l?accusait de quoi que ce soit. Toute cette affaire ne repose sur aucun acte d?accusation formel?, a déclaré Me de Belloy.
Soulignant que les détenus étaient apparemment en bonne santé, leurs défenseurs se sont cependant inquiétés des répercussions physiques et psychologiques de leur détention à Guantanamo.
Les quatre avocats ont demandé une expertise médicale dès la présentation de leurs clients aux magistrats instructeurs. Les ex-détenus de Guantanamo ont évoqué des traitements ?assimilables? à ceux de la prison d?Abou Ghraïb, près de Bagdad, où des soldats américains se sont livrés à des exactions sur des prisonniers irakiens.
Jacques Debray a noté par ailleurs qu?ils n?avaient eu aucun contact avec leur famille. ?Il est vrai que ce n?est pas prévu par la loi, mais on aurait pu s?attendre à un geste?, a-t-il déploré.
Pendant toute la journée, une bande de jeunes de Vénissieux a attendu en vain aux abords du palais de justice la libération de leurs proches.
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