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Reportage

Deux colonisations, deux destins pour un même héritage indien

23 juillet 2026, 22:00

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Deux colonisations, deux destins pour un même héritage indien

Nous avons rencontré une délégation de Guadeloupe venue à Maurice explorer un héritage commun : celui de l’engagisme indien, né dans les deux territoires après l’abolition de l’esclavage, mais qui n’a pas donné naissance à la même liberté de pratiquer sa religion. Sept élèves du lycée Yves Leborgne ont achevé, ce mardi 21 juillet, un séjour de dix jours à Maurice dans le cadre du projet Dhanyavaad. D’une île à l’autre, la colonisation a laissé des séquelles qui se ressentent encore aujourd’hui, jusque dans le domaine religieux.

«J’ai trouvé à Maurice plus que de l’accueil. J’ai trouvé du don. On a beaucoup reçu et on a beaucoup partagé aussi. Et ça me touche parce que je me sens vraiment chez moi ici.» La voix de Claïty Mounsamy tremble légèrement lorsqu’elle prononce ces mots. Les yeux rougis par l’émotion, la Guadeloupéenne, professeure d’économie-gestion et porteuse du projet Dhanyavaad depuis trois ans, vient de passer la matinée de ce mardi 21 juillet à l’Aapravasi Ghat, où débarquaient les engagés indiens il y a près de deux siècles, avant de terminer la journée à l’Assemblée nationale. «Ça remonte parce que ça fait revivre l’histoire des engagés indiens. C’est la source du projet», confie-t-elle.

Le voyage qui l’a menée jusqu’à Maurice avec sept de ses élèves dépasse largement le cadre d’un simple échange scolaire. Baptisé Dhanyavaad («merci» en hindi), le projet est né il y a deux ans à l’occasion du 170e anniversaire de l’arrivée des Indiens en Guadeloupe. Il devait s’achever après une année. Les élèves en ont décidé autrement. Certains y ont trouvé une scène d’expression  : Tristan Kicheninnair fabrique et joue du tambour, Eliza Macheler danse, tandis que Gabin Mercury et Mael Ramaye chantent et jouent de la musique. Ce qui n’était au départ qu’un projet pédagogique est devenu une association, portée par les lycéens d’Yves Leborgne avec le soutien de celles et ceux qui les ont accompagnés.

Tout a commencé dix jours plus tôt, le lundi 13 juillet, au collège Idéal, lors des retrouvailles entre Claïty Mounsamy et Smita Ellaya, les deux enseignantes qui portent ce projet de part et d’autre de l’océan depuis ses débuts. Les jours suivants ont été rythmés par plusieurs activités : ateliers artistiques, découvertes culturelles et plantation symbolique d’un arbre, un geste destiné à représenter les racines désormais partagées entre les deux îles, plutôt qu’un simple souvenir de voyage.

WhatsApp Image 2026-07-21 at 8.14.41 PMUne ambiance chaleureuse et empreinte d’émotion a accompagné les différentes activités.

Parmi les sept élèves figure Léa Sinapah, 16 ans, élève de seconde et danseuse au sein du projet. Depuis son arrivée à Maurice, elle découvre les temples hindous. Pas un, pas deux. Elle en a perdu le compte. «En Guadeloupe, on n’a qu’un seul temple», raconte-t-elle, comme si elle prenait conscience d’un manque en le comparant à ce qu’elle découvre à Maurice. Elle a assisté à des prières, respiré l’encens et découvert une pratique religieuse vécue au grand jour.

Pour Smita Ellaya, directrice du collège Idéal, qui a accueilli les jeunes Guadeloupéens tout au long de leur séjour, un mot résume cette histoire : l’engagisme. Après l’abolition de l’esclavage, la Guadeloupe et Maurice ont accueilli des travailleurs engagés venus d’Inde, recrutés dans des conditions similaires pour travailler dans les plantations de canne à sucre. Deux colonies, une même histoire au départ. Puis leurs trajectoires ont divergé selon la puissance coloniale.

WhatsApp Image 2026-07-21 at 8.14.03 PMLe T-shirt du projet «Dhanyavaad», conçu comme un symbole des liens tissés entre Maurice et la Guadeloupe autour d’un héritage commun.

«Nous, nous avons eu la “chance” d’être colonisés par les Anglais. Ensuite, nous avons obtenu l’indépendance et nous avons pu pratiquer librement nos religions. Eux, en revanche, étaient une colonie française. Les Indiens ont dû pratiquer leur religion en secret», explique-t-elle en observant ces adolescents pour qui l’expérience mauricienne prend des allures de révélation.

Là où l’administration britannique a laissé subsister les pratiques religieuses, l’administration française les a longtemps reléguées à la clandestinité. D’un côté, des dizaines de temples, des processions et des fêtes publiques ; de l’autre, une foi préservée discrètement, au sein des familles. Pourtant, malgré cette différence, un même héritage culturel a traversé les générations. Le colombo répond au curry, les tambours guadeloupéens trouvent un écho dans les rythmes mauriciens, comme si la mémoire avait continué de circuler malgré les interdits. La liberté de croire, accordée aux uns et refusée aux autres pendant plus d’un siècle, a façonné deux expressions différentes d’un même héritage.

Le séjour s’est achevé mardi aprèsmidi à l’Assemblée nationale, dernière étape avant le retour en Guadeloupe. Le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, et le député Ehsan Juman ont tenu à rencontrer le groupe afin de saluer cette initiative et les échanges qu’elle a permis. Smita Ellaya a également annoncé qu’un nouveau programme est déjà prévu l’année prochaine. Cette fois, ce seront des élèves mauriciens qui se rendront en Guadeloupe afin de poursuivre l’aventure et de prolonger les liens tissés par Dhanyavaad depuis maintenant trois ans.

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