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Les priorités de Sithanen
L?équation tient de la quadrature du cercle. Pourtant il ne reste pas beaucoup de temps au ministre des Finances pour la résoudre. Dans un peu plus d?un mois, Rama Sithanen aura à présenter un budget qui vise des objectifs contradictoires. Il doit répondre aux attentes populaires suscitées par le PTr durant la campagne électorale et il devra, en outre, mener des réformes ardues.
Pour réussir, un pays doit stimuler les investissements et améliorer le climat des affaires avant de proposer une large gamme de prestations sociales. C?est ce que les pays scandinaves et Singapour ont fait. Chez nous, cette stratégie a été appliquée dans le sens inverse. Les cadeaux d?abord, les efforts ensuite.
A travers son budget, le ministre cherchera à assainir les finances publiques. Pour y arriver, il doit non seulement réduire le train de vie de l?Etat mais devra aussi reconsidérer les mesures sociales prises dans la foulée de la victoire du PTr. Ni les syndicalistes, ni les collègues de Rama Sithanen au gouvernement ne semblent disposés à lui accorder cette marge de man?uvre.
Depuis le retour des travaillistes au pouvoir, le maternage d?Etat s?est renforcé. Ceux-ci ont à nouveau institué le système de pension universelle et décrété la gratuité du transport pour plusieurs catégories de passagers. Ces mesures additionnelles de protection sociale sont au-dessus de nos moyens. Si rien n?est fait pour corriger cette situation ruineuse, l?Etat providence ne survivra pas. Il explosera. Homme raisonnable, le ministre des Finances tentera d?amener son parti à renoncer aux excès socialisants qui le caractérisent. Le tour sera joué quand les travaillistes de la vieille école comprendront que l?excès d?assistance tue l?assistance.
L?autre priorité du ministre sera de mettre sur les rails un programme de modernisation de nos structures économiques. Il faut créer un environnement attrayant pour les investisseurs, former les travailleurs, privatiser les organismes publics inefficaces, faciliter l?emploi des expatriés dans des secteurs spécialisés et planifier une grande ouverture de notre économie. Avec les idéologues dans le cabinet, le consensus sera difficile à trouver sur ces questions.
S?il parvient néanmoins à franchir l?obstacle idéologique contre la modernisation, le ministre des Finances sera ensuite confronté au manque de moyens financiers pour appliquer son programme de restructuration. Il a évalué à Rs 150 milliards le coût de son plan d?action. Il est hors de question de financer un tel programme à travers des emprunts commerciaux. Les taux seront prohibitifs à un moment où le fardeau de la dette est insupportable. Le paiement des intérêts sur les prêts existants va dépasser 4% du PIB l?an prochain et atteindra 7% dans trois ans. Cela donne le vertige.
Il reste deux autres options pour financer la restructuration économique: les emprunts à taux préférentiels et les dons. Dans les deux cas, la recherche de l?aide s?avère compliquée. Les portes ne s?ouvrent pas facilement à Maurice, désormais classée dans la catégorie des ?Upper Middle Income?. Il faudra des tonnes d?imagination pour trouver l?instrument financier capable de lever les fonds colossaux requis pour le redressement national.
La situation économique est inquiétante en raison de facteurs liés au sucre, au textile et aux produits pétroliers. Elle deviendra dramatique si les ajustements ne sont pas faits à temps. Cessons de rêver. La transition sera dure. En sus du ?triple choc extérieur?, Rama Sithanen aura également à amortir un choc social.
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