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Les pots-de-vin qui souillent Mare-Chicose
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Les pots-de-vin qui souillent Mare-Chicose
Difficile de savoir si nous sommes en face d?une simple affaire de pot-de-vin ou d?une manipulation visant à discréditer la Société de traitement et d?assainissement des Mascareignes (STAM). Cette dernière, filiale d?IBL, est gestionnaire du centre d?enfouissement de Mare-Chicose.
Alors que le contrat de gestion, d?un montant de Rs 1 milliard, doit être renouvelé pour le centre d?enfouissement de Mare-Chicose (CET), des allégations troublantes font surface. Les spéculations autour de l?inculpation provisoire de Jean Arnulphy, Field Manager de la STAM, vont bon train. Arrêté la semaine dernière par l?Icac, Jean Arnulphy affirme être victime d?un coup monté.
Tout démarre lorsqu?Anand Dowlut, propriétaire de deux camions, se rend à l?Icac, le 3 février dernier, avec sous le bras un dossier incriminant Jean Arnulphy. Il allègue, devant la commission anti-corruption, avoir des «preuves» qu?il a obtenu des contrats pour ses camions contre paiement de pots-de-vin. Cela concernerait, affirme-t-il, le transfert de leachate (liquide provenant des déchets) de Mare-Chicose à la station de traitement de St-Martin.
Depuis 2001, Anand Dowlut travaille pour la STAM sous contrat, au même titre qu?une vingtaine de camions qui font le va-et-vient entre les deux villages. Ils sont engagés par Jean Arnulphy sur une base journalière.
Anand Dowlut commence avec un camion, mais, comme la STAM fait appel à ses services tous les jours, il peut se permettre d?en acheter rapidement un second. Selon ses dires, il travaille aussi pendant les congés publics. En retour, son affaire lui permet de vivre convenablement.
RS 30 000 EN EUROS
Jusqu?en avril 2003, les relations entre les deux hommes sont au beau fixe mais, selon Anand Dowlut, les choses se dégradent lorsque des tractations illicites font surface. «La première fois que je lui ai donné de l?argent, c?était ce mois-là. Si je voulais continuer à travailler, il fallait que je lui donne ène ti la monnaie. Mo calculé ki mo fer et mone décide donne li Rs 130 000 », allègue Anand Dowlut. Ce dernier prétend s?être senti forcé d?agir ainsi parce qu?il ne pouvait se permettre de perdre ce travail.
Trois mois plus tard, Jean Arnulphy lui aurait demandé de verser environ Rs 30 000 en euros. «J?ai donné. En même temps je réfléchissais sur le moyen de pouvoir le dénoncer. Je ne pouvais cependant pas encore le faire parce que je n?avais pas de preuves», soutient le camionneur.
Quelque temps plus tard, en novembre, un système aurait été mis en place par le Field Manager. Il lui aurait demandé de verser Rs 15 par tonne de leachate transporté. « Line calculé et line diman moi Rs 68 360 converties en euros », allègue toujours Anand Dowlut.
Trois mois plus tard, le transporteur décide de porter l?affaire devant l?Icac. Il a, dit-il, enfin pu obtenir des preuves suffisantes pour incriminer le Field Manager.
Le 13 février, Jean Arnulphy est arrêté pour avoir sollicité et obtenu des pots-de-vin d?environ Rs 262 000. Après comparution devant le tribunal de Mahébourg, le Field Manager de la STAM est relâché contre paiement d?une caution de Rs 50 000.
Jean Arnulphy, contacté par l?express, assure qu?il est victime d?un coup monté. « L?avenir prouvera que je suis innocent. Je travaille pour la STAM depuis le 15 septembre 1997 et je n?ai jamais eu de problèmes avec personne. C?est la seule et unique fois qu?on m?a piégé comme ça. Pour quel motif, je ne sais pas ? »
Jean Arnulphy allègue que ce n?est pas lui qui a fauté, mais son dénonciateur. «A plusieurs reprises, des propriétaires de camions m?ont proposé de l?argent pour travailler et je n?ai pas cédé. Ce que mon accusateur ne dit pas, c?est que lui aussi m?en proposait.» Il précise qu?il était le seul à s?occuper du paiement des transporteurs.
Lundi dernier, la STAM a décidé de suspendre Jean Arnulphy, le temps de l?enquête. Anand Dowlut a subi le même sort mercredi. «Je ne comprends plus rien. C?est moi qui dénonce et je me retrouve suspendu. Cela me servira de leçon», affirme Anand Dowlut, la mine déconfite.
SUSPENSION DE CEUX INCRIMINÉS
Jacques d?Unienville, le directeur de la STAM, explique ces décisions : «Les allégations incriminent ces deux personnes, donc nous avons pris la décision, en consultation avec nos hommes de loi, de les suspendre provisoirement en attendant les conclusions de l?enquête de l?Icac ainsi que celle menée au niveau interne.»
Etrangement, ce scandale naît au moment où le Central Tender Board (CTB) examine l?appel d?offres pour l?octroi du contrat de gestion du CET de Mare-Chicose. Celui de la STAM a en effet pris fin le 15 septembre dernier et il est depuis renouvelé sur une base mensuelle en attendant la décision du CTB. Quatre offres, variant de Rs 1,1 à 1,5 milliard sont examinées.
Au niveau d?IBL, dont la STAM est une filiale, les dirigeants sont perplexes. « Le moment est bien choisi. C?est le moins que l?on puisse dire?», lâche un haut cadre.
Au niveau politique également, l?affaire est diversement interprétée. Mare-Chicose est en effet depuis plusieurs années un dossier brûlant. Les protestations des habitants de la région contre les camions qui passent quotidiennement par leur village et les inconvénients liés au dépotoir dont les odeurs sont régulièrement exploitées par des politiciens. Enfin, les allégations autour des contrats alloués à la STAM font régulièrement l?objet de discussions animées au Parlement.
MANIPULATION POLITIQUE
Or, le fait qu?Anand Dowlut ait sollicité Arvin Boolell, député travailliste de la région pour soutenir sa cause, a fourni des munitions à ceux qui penchent pour la manipulation politique. Interrogé, Arvin Boolell souligne que c?est seulement en dernier recours qu?il a été appelé à la rescousse. « Anand Dowlut a d?abord été voir les députés de la majorité. Ceux-ci n?étaient pas très attentifs à son problème. Lorsqu?il s?est tourné vers moi, j?ai décidé de le soutenir après avoir écouté son histoire.» Anand Dowlut confirme et affirme ne pas avoir fait ses allégations dans un esprit politique.
En attendant, Le Mouvement républicain promet de rendre public aujourd?hui un « document explosif sur les contrats à être alloués dans le cadre du projet de Mare-Chicose ». De quoi apporter de l?eau au moulin de ceux qui crient à la manipulation.
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