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Les patrons ne se mouillent pas

18 mai 2005, 00:00

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Les campagnes électorales ne seront plus ce qu?elles étaient. La bonne vieille tradition de la tente bazar ou du chèque cash, cadeau de patrons généreux à des politiciens dépensiers, a été rangée au placard. Ethique oblige, le financement des partis politiques est devenu un sujet qui brûle les doigts.

Le Prevention of Corruption Act et l?Independent Commission against Corruption (Icac), son bras armé, ont profondément transformé les pratiques. Les bailleurs de fonds sont beaucoup plus prudents. D?autant plus que des organismes, tel le Comité national sur la bonne gouvernance, ont publié un code de conduite qui force les entreprises à faire face à leurs responsabilités.

Financer ou ne pas financer, la décision revient avant tout aux entreprises. La Mauritius Employers Federation (MEF) et le Joint Economic Council (JEC) ont fait des recommandations. Mais celles-ci n?ont aucune force de loi. Tim Taylor est le président du Comité national sur la bonne gouvernance et chief executive officer du groupe Rogers, première société mauricienne. Il est favorable à un cadre qui permettrait au secteur privé de financer les partis politiques de façon légale et transparente. ?Si le secteur privé ne finance pas les partis, cela pourrait laisser le champ ouvert à des sources de financement douteuses, car les élections sont coûteuses.?

Ariff Currimjee, président du JEC et managing director de Vieo Industries, abonde dans le même sens. ?Il faut ?uvrer pour plus de transparence. Avec l?opacité du passé, il y avait des risques de dérive. Si le privé ne finance pas, quelles autres options existent-elles ? Il importe d?éviter les sources compromettantes pour la démocratie.?

Le code de bonne gouvernance est clair : il faut déclarer le montant total des dons, sans nécessairement détailler leur répartition. Le nom des partis doit figurer sur les chèques émis. ?Nous recommandons qu?il n?y ait plus de cash cheques qui soient émis, du moins c?est le cas pour Rogers?, insiste encore Tim Taylor.

Donnerait-on sans attendre quelque chose en retour ? ?On n?attend pas nécessairement quelque chose en retour. Pour éviter toute interdépendance, il faut de la transparence?, estime Ariff Currimjee.

La commission présidée par le juge Albie Sachs, qui s?est penchée sur la question, a proposé la création d?un fonds qui recueillerait les ?dons?. Tout aussi inacceptable, estiment les patrons. ?Ce n?est pas réaliste car personne ne dit comment administrer ce fonds, comment distribuer l?argent et surtout quel type de parti en profite. Si c?est un parti qui prône la nationalisation de l?économie, pourquoi serait-il financé par des entreprises privées ?? intervient Gérard Garrioch, président de la MEF.

?Modestes contributions?

Les entreprises ne pèseraient-elles donc pas sur le jeu électoral ? ?Les compagnies ne prennent pas ce risque. Elles ne financent pas un seul parti. Il faudrait aussi arrêter une limite maximale au financement?, répond Ariff Currimjee.

Quoi qu?il en soit, de nombreuses entreprises mauriciennes financeront les partis, cette année encore. Chez Rogers, on affirme qu?on n?a pas encore décidé pour cette campagne. ?Nous avons déjà effectué, dans le passé, de modestes contributions. Quant à savoir si ce sera encore le cas cette année, il suffira de consulter notre rapport annuel, à la fin de l?année?, lâche Tim Taylor, sans donner davantage de précisions.

Lorsqu?on évoque la couleur politique, les patrons rentrent dans leur coquille. ?On attend de voir la présentation des programmes?, lâche un patron, plutôt avare de commentaire. Mais contrairement à la neutralité affichée officiellement, chacun a déjà sa petite idée. ?Le secteur privé n?est ni un bloc monolithique ni un groupe homogène. Chacun a ses opinions, ses affinités, pour l?un ou l?autre des deux blocs en présence?, reconnaît Gérard Garrioch. Mais il affirme que ses membres ne veulent surtout pas faire le lit du communalisme. ?Il faut faire la différence entre des phrases qui échappent à des orateurs dans des meetings et le programme fondamental des partis.?

Pour l?instant, la plupart des patrons ne se focalisent pas outre mesure sur les propos que les deux camps se lancent à la figure. Et ils ne veulent pas envenimer un débat qui pourrait prendre des tournures virulentes. ?A part que nous avons notre définition de la démocratisation de l?économie qui est plus une ouverture à l?actionnariat, aux financements, à l?entrepreneuriat qu?un exercice de remplacement d?une catégorie par une autre?, précise Gérard Garrioch.

Après les élections, le secteur privé est sûr de devoir travailler avec l?un ou l?autre des deux blocs. Et il veut se concentrer sur l?après-3 juillet. A son agenda : la disparition des accès préférentiels sur les marchés, l?enlèvement des droits de douane et l?émergence des nouveaux secteurs des services? La plupart des chefs d?entreprise veulent se tenir en retrait, officiellement, ne pas se mouiller. Car, quel que soit le prochain gouvernement, il faudra discuter, composer?

?L?alternance c?est une bonne chose. Mais le plus souhaitable est qu?il y ait un renouvellement dans le prochain gouvernement, du sang neuf, plus de femmes, de jeunes, quels que soient les partis?, souhaite un chef d?entreprise qui veut garder l?anonymat. Comme tout électeur, il a ses préférences, mais il les fera valoir uniquement le jour du vote. ?J?aimerai voir un gouvernement d?unité nationale et une opposition forte?, ajoute-t-il avec une dose d?idéalisme?

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