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Les papy-boomers veulent peser sur la vie publique
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Les papy-boomers veulent peser sur la vie publique
A la gare d?Hanovre (Allemagne), deux mondes se superposent. Au rez-de-chaussée, un World Café empli de trentenaires affairés. Au premier, les vastes salons de thé où la moyenne d?âge dépasse la soixantaine. Un tableau bien différent de celui de Saragosse (Espagne), où de vieilles dames en goguette côtoient sur les trottoirs de jeunes garçons en skate, et où les cafés, à l?heure du tapeo, sont envahis par les familles. Et de ce qu?on voit à Toulouse (France), où les personnes âgées semblent absentes des rues animées du centre historique, préférant le calme des quartiers plus périphériques.
Ce qui réunit les « seniors » d?Hanovre, les « aînés » de Saragosse et les « vieux » de Toulouse ? Leur âge, qui leur confère une place spécifique dans l?espace public. Ce qui les sépare ? Des visions différentes de la solidarité intergénérationnelle, l?existence - ou non - de lieux de vie adaptés à leurs besoins. Et, surtout, « des degrés très divers de représentation et de participation locale à la vie politique », conclut Alice Rouyer, de l?université de Toulouse-II - Le Mirail.
Au laboratoire interdisciplinaire Soli-darités, sociétés, territoires, son équipe a mené pendant deux ans, dans ces trois villes de taille similaire, une étude comparative afin de déterminer dans quelle mesure les acteurs locaux parviennent à y accorder un « droit de cité » aux personnes vieillissantes. Une démarche s?inscrivant dans le droit fil du colloque international Vieillir et décider dans la cité, organisé à Rouen, les 8 et 9 octobre.
« Le vieillissement de la population que connaissent les pays développés est un phénomène sans précédent, dont la conséquence sera logiquement le déplacement du centre de gravité du pouvoir », prédit le sociologue Jean-Philippe Viriot Durandal, organisateur du colloque. Au-delà de ses problématiques socio-économiques (retraites, travail des seniors), cette évolution démographique soulève des questions d?ordre politique. Car les baby-boomers devenus papy-boomers ne sont pas seulement de plus en plus nombreux. Ces « jeunes vieux », qui ont entre 55 et 75 ans, sont en général en bonne santé. Souvent dotés de diplômes et de revenus corrects, parfois familiers des nouvelles technologies, ils entendent bien profiter de leur espérance de vie, estimée à 90 ans en 2050. Et donc intervenir dans la définition des politiques locales.
Des conseils de seniors
Le pouvoir aux retraités ? Nos sociétés n?en sont pas là, loin s?en faut. « L?omnipotence d?un ?pouvoir gris? relève largement du mythe », affirme M. Viriot Durandal, pour qui « les retraités » forment une catégorie sociale « extrêmement peu consciente d?elle-même, mal organisée et très divisée ». Il n?empêche : en Amérique du Nord comme en Europe, les baby-boomers se mobilisent. Un peu partout, leur intégration au niveau territorial et politique s?accentue. Parfois sous une forme émergente, proche du militantisme : ainsi à Montréal, où le réseau Espaces 50 +, créé en 2003 par le sociologue Jean Carette, entend « signifier activement que les aînés doivent être reconnus comme des acteurs sociaux majeurs et comme un plus pour la société ».
Un Conseil de seniors existe aussi en Allemagne, qui fait l?objet d?une élection tous les quatre ans. « Même consultatif, ce conseil participe pleinement à la vie des instances municipales aux côtés des parlementaires », précise Alice Rouyer. Au cours de leur étude comparative à Hanovre, Saragosse et Toulouse, les chercheurs ont pu vérifier que « l?auto-organisation et la pratique des groupes d?entraide ne sont pas le propre de la culture politique française ». Les mentalités devront évoluer pour que la vieillesse cesse d?être perçue, en France, comme une expérience individuelle confinée à l?espace privée. D?autant que les baby-boomers, toutes les enquêtes le confirment, ne veulent pas assumer les mêmes fonctions que leurs parents vis-à-vis de leurs aînés. Et qu?il leur faudra sans doute, s?ils veulent contribuer à ce que la prise en charge du « grand âge » s?améliore, intervenir collectivement dans les processus de décision.
@ 2 008 Le Monde ?
(Distribué par The New York Times Syndicate)
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