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Les ondes du choc sucrier s?amplifient

12 février 2006, 20:00

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Après la déconvenue concernant le prix du sucre sur le marché européen, voilà que les compensations promises pour faire face à la baisse de recettes sucrières risquent d?être tout aussi illusoires. Avec des conséquences très sérieuses pour l?économie.

L?argumentaire de triple choc mis en avant par le gouvernement devant l?Union européenne (UE) illustre bien la précarité de notre situation économique. La croissance déjà anémique subit trois secousses majeures au même moment. Baisse anticipée dans les recettes sucrières avec la réforme du régime sucrier; contraction continue dans le textile-habillement et flambée des cours des produits pétroliers. Ces trois facteurs, ajoutés à la hausse du coût du fret maritime sur le marché mondial, ne font qu?accentuer la détérioration de la balance commerciale et, par extension, celle du compte courant.

Par ailleurs, la zone franche, qui a déjà licencié plus de 25 000 salariés, n?est pas encore sortie de la récession. L?emploi reste précaire dans le pays. A part le tourisme, aucun autre secteur n?offre des perspectives de réabsorption de chômage en masse.

?Maurice a toujours utilisé les préférences commerciales à bon escient. Mais nous avons exposé lors de notre mission de lobbying, la fragilité de cette réussite apparente. Alors que les prix des produits pétroliers sont très élevés, deux de nos plus gros piliers, en occurrence le sucre et le textile connaissent de sérieuses difficultés en même temps. Les recettes sucrières, d?autre part, contribuent énormément à payer la note d?importation?, affirme le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen.

Le sucre pèse en effet plus lourd que sa contribution au produit national brut (PIB). C?est la raison pour laquelle Maurice s?oppose à la méthodologie d?allouer les fonds de compensation en fonction du poids du sucre dans le PIB et dans l?emploi. La multi-fonctionnalité de l?activité sucre est plus que jamais d?actualité. Les exportations sucrières nettes représentent le tiers de nos rentrées en devises.

Une baisse drastique des recettes du sucre (surtout à partir de 2008 lorsque les baisses du prix garanti deviendront plus sévères) accentuera la pression sur le niveau de réserves internationales. Les importateurs auront encore plus de difficultés à se procurer de devises pour financer les activités.

La prise en compte du poids du sucre dans l?emploi, comme préconisée dans les critères de Bruxelles, est aussi cause de préjudice pour notre pays. ?Il faut aussi tenir en considération les pertes d?emploi avant que la réforme sucrière européenne n?ait été appliquée. Maurice a démarré la restructuration de son industrie sucrière bien avant?, explique Rama Sithanen.

Les fonds de compensation sont donc très essentiels pour éviter une crise économique et sociale qui se dessine à l?horizon. L?industrie sucrière se doit de moderniser et se restructurer le plus vite possible. Les investissements nécessaires se chiffrent à Rs 25 milliards environ. Le gouvernement et les opérateurs sucriers comptent beaucoup sur les enveloppes d?aide de l?UE pour réaliser cet objectif. Or, si la méthodologie d?allocation des fonds est maintenue, Maurice ne disposera pas suffisamment de ressources pour mener à bon port son projet de réforme.

Le plan stratégique multi-annuel soumis à l?UE pour justifier nos demandes pour des mesures d?accompagnement adéquates préconise, entre autres, une réorientation de l?industrie sucrière vers une activité cannière. La production d?éthanol figure en bonne place dans ce nouvel agenda.

Mais il y a aussi des initiatives hors sucre, telles que le seafood hub et la Land based oceanic industry qui sont à même de générer plusieurs milliers d?emplois. Mais l?infrastructure coûte très cher. ?Nous avons fait comprendre à nos interlocuteurs européens que nous n?avons pas les moyens de faire face à la réforme tout seul. Notre capacité de mobiliser les ressources financières est contrariée en raison de la dette publique et du déficit budgétaire élevés que l?ancien régime nous a légués?, soutient le Grand argentier.

Les sources alternatives des fonds d?aide sont moins fiables. L?Aid for Trade du système de l?Organisation mondiale du commerce peut être accédée pour soutenir le renforcement des capacités industrielles du pays. Maurice multiplie les initiatives à ce niveau afin de se qualifier à ces facilités. Mais la queue des demandeurs d?assistance est beaucoup plus longue à Genève qu?à Bruxelles.

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