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Les obstacles et le cavalier

22 octobre 2006, 00:00

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Depuis qu’il est rentré de voyage, le Premier ministre utilise la bonne longueur d’onde. Comme on a pu s’en apercevoir, elle n’est pas la même que la MBC. Il a raison de se méfier de ses amis. Ses propos ressemblent à ceux d’un rassembleur. Le pays n’en demande pas plus, à condition que ces paroles ne s’envolent pas et que l’esprit qui les anime se vérifie et s’amplifie, au point d’être contagieux à tous les échelons du pouvoir et de l’administration. Comme il l’a constaté, l’enfantine formule électorale basée sur une addition sectaire, ne rapporte pas toujours les résultats escomptés, quelle que soit la savante permutation de vice-Premiers ministres de ses conseillers politiques. S’il veut entrer dans l’histoire par la grande porte, il ne doit pas rater le coche. « There is a tide in the affairs of men »...

Il semble utiliser un nouvel alliage de fermeté et de raison à meilleur escient : la synergie entre une réforme économique qui réclame du courage et ne peut être un succès qu’avec son total et énergique engagement ; et une sincérité de la motivation à laquelle les Mauriciens ne sont pas habitués et dont ils ont, trop souvent, constaté avec amertume, l’absence. Les bénéficiaires d’une formule restrictive sont les seuls, après tout, à pouvoir jouer les Brutus…

Ce n’est qu’une lueur d’espoir. Il faudra que beaucoup d’eau coule sous les ponts. Et le citoyen mauricien, même quand il ne se sent plus trahi, n’est pas un « zigomar » facile. L’esprit frondeur a jusqu’ici été lâchement récompensé par un laxisme politicien qui l’a d’abord encouragé, puis corrompu. « Saque ène so boute » est une philosophie négative qui prive tout le monde d’avantages collectifs. Il ne s’agit pas seulement de partager les haricots, mais de créer une cohésion nationale. C’est bien pour cela que les leaders existent, au nombre desquels pourrait se trouver demain Navin Ramgoolam.

Celui qui bénéficie, un coup, d’un traitement de faveur, sait en lui-même qu’il n’est pas à l’abri pour tous les coups, et qu’il peut bien, la prochaine fois, être bazardé à son tour. La spirale infernale des lobbies est plus pernicieuse que le chikungunya. Par contre, un consensus, résultant de sa fermeté et d’un engagement total de sa part, peut renverser le « mood » du pays, qui ne suit pas actuellement la courbe des statistiques encourageantes. Il doit convertir les attitudes négatives en devenant le défenseur du bien commun. Notion qui prendra peut-être pied si, s’appuyant sur l’occasion offerte par la réforme économique, elle devient l’objectif prioritaire. Alors l’esprit de corps deviendra une habitude, et, rompant avec le passé, il s’incarnera dans les actes de tous les jours. De moins en moins soucieux des appartenances et à force de persuasion, le pays deviendra une nation gouvernable.

Beaucoup d’experts étrangers quadrillent Maurice et triturent ses problèmes économiques et techniques.

Ils ne peuvent se substituer à un fils du sol pour pratiquer, au sommet, le mauricianisme. Cet esprit doit être ressenti dans la moelle. La situation internationale, c’est clair, ne donne pas le bon exemple : l’égoïsme individuel à la recherche de satisfactions matérielles et les appartenances exacerbées montées en épingle de cravate par ceux qui y trouvent leur intérêt, ne sont pas des modèles. À l’heure de la globalité, certains réflexes sont d’une désastreuse étroitesse. Comme en politique, la majorité silencieuse ne fait plus recette devant la surenchère, atout naturel des clans. Récemment, on a assisté à la déification d’hommes qui ont fait du sectarisme leur pain quotidien. Est-ce ainsi qu’on dégage des valeurs mauriciennes communes ? Même si de telles interrogations passent le plus souvent au-dessus de la tête du commun des mortels, le Premier ministre de tous les Mauriciens, lui, est dans son rôle quand il parle et agit au nom du bien commun. Voilà pourquoi les accents qu’il a trouvés ces derniers jours font dresser l’oreille. Sa tâche, pour ingrate qu’elle est aujourd’hui, pourrait lui valoir rapidement la gratitude de l’ensemble. Cette postérité l’intéresse-t-elle ?

Trop de mouvements ont à leur tête des fanatiques de l’isolement, au nom de spécificités utilitaires. Nos origines multiculturelles ne doivent pas enterrer la chance présente d’être une nation cohérente, consciente que le progrès commun sera à l’avantage de tous – même des réactionnaires de l’obscurité. Dans cette course d’obstacles, le cheval a besoin d’un bon cavalier.

<B>Périscope</B>

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