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Les Népalais déçus par les partis politiques donnent sa chance au roi

3 mars 2005, 20:00

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Après avoir pris les pleins pouvoirs, Gyanendra s?appuie sur l?armée pour vaincre les maoïstes.

Plus que la démocratie, c?est la paix que veulent les Népalais, otages et victimes innocentes d?un conflit de plus en plus sanglant entre l?armée et la guérilla maoïste. ?Si le roi peut apporter la paix, il sera un héros?, affirme un travailleur humanitaire, pourtant peu suspect de sympathie monarchiste, après le coup de force du roi Gyanendra qui a pris les pleins pouvoirs le 1er février en décrétant l?état d?urgence.

Dans les rues de Katmandou, commerçants, hommes d?affaires ou chauffeurs de taxi se félicitent de la fin des grèves qui paralysaient régulièrement la capitale. Le désenchantement vis-à-vis des partis politiques est tel que beaucoup de Népalais sont prêts à donner au roi sa chance. Cependant, selon Yuvaraj Ghimire, rédacteur en chef de l?hebdomadaire Samay (Times), ?personne ne va attendre trois ans?? le temps fixé par le roi avant de rétablir la démocratie.

<B>Rétablir la paix</B>

En abolissant le moindre droit fondamental au nom du rétablissement de la paix, le roi a toutefois pris le risque de se voir désavoué, en même temps que la monarchie, s?il est incapable de rétablir la paix. ?En stoppant la dérive dans laquelle le pays se trouvait, le roi a pris ses responsabilités. Si le roi ne fait rien, à quoi sert-il ? Déjà les gens s?interrogeaient?, dit Dipak Gyawali, ancien ministre et responsable d?une organisation non gouvernementale (ONG) liée à la préservation de l?eau. ?60 à 80 % de la population vit déjà depuis six ans sous la loi d?urgence maoïste. Pourquoi des protestations maintenant que c?est le roi qui l?impose ?? renchérit Saubhagya Shah, professeur d?anthropologie à l?université Tribhuvan de Katmandou.

Même si les partis expliquent leur incapacité à mobiliser les foules par les strictes mesures prises par le roi, il est clair que les gens ne sont pas prêts à descendre dans la rue afin de défendre des formations partisanes jugées corrompues.

Les responsables politiques encore en liberté concèdent que leurs partis sont en phase d?introspection. ?Nous savons que nous avons fait des fautes, mais l?action du roi n?est pas la solution. Les partis et leurs chefs doivent être punis par le peuple et non par le roi?, concède Shankar Pokharel, membre du Parti communiste unifié (marxiste-léniniste).

?Nous avions une préoccupation excessive vis-à-vis du pouvoir. Tout était bon pour l?obtenir?, ajoute le Dr Ram Sharan Mahat du Parti du Congrès népalais. La leçon ne semble pas cependant admise par tous ; si l?on en croit des visiteurs des chefs de ces partis placés en résidence surveillée, ceux-ci se chamaillent toujours pour fixer les responsabilités du ?fiasco démocratique?.

En ligne de mire du coup de force royal, les travailleurs humanitaires, les militants des droits de l?homme, les politiciens et les journalistes s?inquiètent du risque de militarisation de la société. L?armée est la seule institution sur laquelle s?appuie totalement le roi.

?Les militaires sont pires que les politiciens?, assure le responsable népalais d?une ONG internationale. ?Si le roi avait fait arrêter 200 à 300 politiciens, la population aurait été plus que contente. Mais vous ne pouvez pas supprimer les droits de 23 millions de Népalais pour punir quelques politiciens?, note-t-il.

Accusée, dans un nouveau rapport de l?ONG américaine Human Rights Watch, d?être ?l?un des pires auteurs de disparitions forcées? à l?échelle planétaire, l?armée - clairement derrière ?le coup royal? - a triste réputation en termes de droits de l?homme.

<B>Un plus grand danger que le roi</B>

Subodh Raj Pyakurel, président de l?ONG Informal Sector Service Center (droits de l?homme et justice sociale), observe que, ?dans les districts, les militaires convoquent activistes des droits de l?homme et journalistes pour les menacer préventivement de rigoureuses sanctions. Partout, pour n?importe quelle réunion, un militaire est présent?.

Passée à 80 000 hommes, l?armée ne s?est pas jusqu?ici montrée très efficace contre les maoïstes. ?Nous avons besoin de plus de moyens pour les vaincre?, explique le général Deepak Gurung, son porte-parole. ?Nous avons besoin de plus d?hélicoptères et de plus d?hommes pour occuper le terrain.? Aujourd?hui cantonnée dans ses casernes des chefs-lieux de district, l?armée sort peu sur le terrain et n?intervient que si elle est directement attaquée par une guérilla en lutte depuis 1996 pour renverser la monarchie. ?La solution, selon le général Gurung, est de vaincre les maoïstes dans deux ou trois batailles pour les forcer à la négociation.?

Les rebelles ont officiellement refusé l?appel du roi au dialogue, espérant visiblement un accord avec les partis politiques. Mais ces derniers n?y semblent pas prêts, alors que les maoïstes ont perdu beaucoup de soutien populaire en s?associant à eux contre le roi. ?Si les maoïstes insistent sur la lutte armée, il n?y a aucune possibilité d?entente?, analyse Pokharel. ?Nous pensons que les maoïstes sont un plus grand danger que le roi?, dit le Dr Mahat.

Si les politiciens et les travailleurs humanitaires mettent beaucoup d?espoir dans les pressions de la communauté internationale pour qu?il revienne sur sa décision, beaucoup estiment que la marge de man?uvre de l?Inde, du Royaume-Uni ou des Etats-Unis est limitée. New Delhi et Londres ont annoncé la suspension de leur aide militaire. Mais que se passera-t-il si les maoïstes marquent des points sur le terrain ? ?Entre les maoïstes et le roi, leur choix sera vite fait?, commente un éditorialiste. Nul à Katmandou ne s?aventure à prévoir l?issue d?une crise qui couvait depuis longtemps. Mais le temps imparti au roi est compté et il devra montrer des résultats rapides pour garder l?appui conditionnel dont il bénéficie aujourd?hui.

<B>Françoise CHIPAUX</B>

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