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Les Malgaches racontent leur « ex-île »

26 juin 2004, 20:00

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Ils ont quitté la Grande île pour la perle de l?océan Indien. Depuis quelques années déjà, les travailleurs malgaches se sont établis chez nous. Attirés par les offres d?emploi, c?est le c?ur en peine que certains ont quitté leur terre natale. On retrouve ainsi pas moins de 500 ouvriers malgaches sur notre territoire. La plupart d?entre eux travaillent dans le textile, comme à la Socota Textile Mills qui emploie 85 Malgaches ou encore la Tee Sun qui en compte 123.

Certains viennent chez nous pour étudier, d?autres sont arrivés ici par amour ou pour y passer leur retraite. Mais au lendemain de leur fête nationale, ils ressentent tous quelque part, une certaine nostalgie d?être loin de leur pays.« Je regrette un peu les jours de fête de mon pays », explique une onctionnaire de l?ambassade de la République de Madagascar, « parce que chez nous, c?est plus animé ! ».

Les comparaisons entre Maurice et Madagascar fusent un peu de partout parmi les ressortissants de la Grande île, mais il est étonnant de constater à quel point leur adaptation s?est vraiment faite sans anicroche.

Installée dans notre pays depuis seulement deux ans, cette fonctionnaire vit avec ses enfants. À sa première sortie dans l?autobus, elle se souvient de la facilité avec laquelle elle s?est fondue dans le paysage local.

« Je n?ai pas du tout été dépaysée quand je suis arrivée à Maurice. Au contraire, je me demandais pourquoi les Mauriciens? ne parlaient pas le malgache ! », confie-t-elle.

Loin du Salegy, une autre forme de séga, elle regrette surtout l?ambiance qui anime les rues festives de Mada. La voix rêveuse et le souffle léger, elle parle des danses rythmées, où les corps vibrent et tanguent au rythme des tambours africains. Mais elle n?est pas la seule à ressasser ses souvenirs d?enfance. Les Malgaches sont peut-être éparpillés à Maurice, mais ils se réunissent tous en pensée.

« Je manie très bien le créole »

Depuis 1989, Éloi Rama-nanaharijaona, directeur de recherche et développement de la Socota Textile Mills, habite à Maurice. Ce sont ses études de textile en Europe et en Suisse qui lui ont permis de venir. Lui aussi n?a eu aucun mal à s?adapter aux coutumes mauriciennes. Ce qu?il apprécie chez nous, c?est notre langue maternelle, le créole. « On dirait que tous les Mauriciens chantonnent quand ils parlent. Je manie très bien le créole, et j?aime beaucoup Maurice. Les gens sont si accueillants, si serviables. Je n?ai eu aucun problème pour m?installer », confie-t-il avec un accent très prononcé.

Pourtant dans ses confidences, Éloi lâche d?un air agacé, que la nourriture mauricienne le gêne quelque peu.

« Trop épicé ! », explique-t-il. Il est vrai qu?à Madagascar, le vary ou riz tient une place de choix dans la nourriture. « L?alimentation malgache est plus naturelle », affirme Éloi. Ses souvenirs de Madagascar sont intacts, et, à chaque fois qu?il le peut, Éloi accomplit son devoir : un voyage dans son pays. La dernière fois qu?il y est allé, il a été frappé par la métamorphose de Madagascar. Entre la misère qui diminue, les routes qui sont construites et la propreté qui a refait son apparition, Éloi a de l?espoir pour l?avenir de son pays.

Stanislas Chevillard, conseiller au département des ressources humaines de Socota Textile Mills, y croit aussi.

Marié à une Malgache, Stanislas, qui est Français, travaille depuis six ans à Maurice. Il s?apprête dans quelque temps à regagner Madagascar parce qu?il est convaincu que ce pays deviendra aussi important que Maurice dans quelques années. « Nous avons des projets incroyables, comme l?aquaculture, le textile. Mais il faut y croire ! Aujourd?hui, Madagascar a la chance de redémarrer avec un bon gourvernement et des relations Maurice ? Madagascar qui se tissent davantage ». Stanislas confie même que Maurice se situe à mi-chemin entre la France et Madagascar. Pour lui comme pour beaucoup d?au-tres, les Malgaches se sentent comme chez eux ici, car il existe énormément de similitudes entre la culture mauricienne et celle de Mada.

L?ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République de Madagascar, Bruno Ranarivelo, a convié hier la communauté malgache pour célébrer la Fête nationale. Pendant cette journée, Mada a jailli des mémoires. Plongés dans leurs souvenirs, c?est ainsi que retraités, vacanciers, ouvriers et étudiants se sont regroupés autour de leur île. Celle qu?ils rêvent tous peut-être de revoir à nouveau. Madagascar, au goût de verdure et de vanille, c?est celle qui fait palpiter le c?ur d?un millier de ses fils et de ses filles à Maurice.

« Plongés dans leurs souvenirs, retraités, vacanciers, ouvriers se sont regroupés autour de leur île »

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