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Les maisons-relais :Logement durable pour les SDF
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Les maisons-relais :Logement durable pour les SDF
Un jour, Claude a dit à un « mec » qui dormait près de la Seine qu?il pouvait venir passer l?hiver dans sa « cabane », elle aussi sur les bords du fleuve. Le « copain » s?est installé. Coups de couteau, bagarres alcoolisées, affaires volées? Claude a cru devenir fou et a fini par « se fusiller le pancréas ». Aujourd?hui, ce grand gaillard, placé à l?âge de 5 ans, deux fois incarcéré et SDF pendant treize ans, ne vit plus en enfer mais dans un studio tout neuf de la maison-relais de la rue de Buci (Paris-6e).
En plein Saint-Germain-des-Prés, où le mètre carré frôle parfois les 10 000 euros, Emmaüs a réussi à ouvrir cette structure originale en février, après quatre mois de travaux et des grincements de dents dans le très chic voisinage.
Construire un vrai projet de vie
Depuis, 28 ménages (35 adultes, 20 enfants) aux parcours marqués par de grandes fractures vivent dans des logements autonomes répartis sur les sept étages d?un immeuble en pierre de taille, ancien foyer des élèves de l?ENA. Une salle commune est en train d?être aménagée au rez-de-chaussée. Elle accueillera un espace informatique, un coin jeux pour les enfants, un salon, une cuisine.
« Chaque famille ou personne a son espace privatif mais dans un cadre de vie convivial », explique Maurice Garreau, directeur du service logement à Emmaüs.
À la différence des centres d?hébergement, les maisons-relais constituent une solution de logement durable pour des personnes qui, bien que dotées d?une certaine autonomie, ne pourraient pas se maintenir dans un appartement isolé.
Si, pour certains, la maison-relais est une étape vers un logement classique, d?autres pourront y rester toute leur vie. Dans les deux cas, les résidents prennent le temps de reconstruire un vrai projet de vie, accompagnés par le « maître de maison », André Magne. Animateur, pacificateur, il joue un rôle-clé dans la structure. « Je ne suis ni devant ni derrière, je suis à côté d?eux », dit-il. L?important étant de créer du lien, entre résidents, mais aussi avec le quartier. « Nous aidons aussi certains à s?approprier leur appartement, à acquérir cette culture du chez-soi. »
Faire cohabiter tout ce monde
La mixité sociale est une autre vocation des maisons-relais. Buci accueille ainsi des hommes ou des femmes seules, des familles monoparentales, des cou-ples avec ou sans enfants. Certains travaillent, d?autres touchent le RMI ou l?allocation adulte handicapé. Certains boivent, se droguent, d?autres ont été brisés par des ruptures conjugales, le placement de leurs enfants. Neuf familles ont campé sous les tentes des Don Quichotte en 2006, sur le canal Saint-Martin. Faire cohabiter tout ce monde-là n?est pas toujours simple, dit André Magne. « Tout le monde se parle bien, tous mes voisins sont mes copains », assure Manolo, 59 ans, divorcé, qui a passé un mois sur le canal Saint-Martin l?an passé. Ici, les résidents accueillent librement leurs amis mais ils doivent prévenir le maître de maison. Là encore, ce n?est pas toujours facile, une vitre brisée à la porte d?entrée en témoigne.
Jugées très utiles, les places en maison-relais ne sont pas assez nombreuses. En janvier, l?État s?était engagé à en créer 9 000 en 2007 pour porter le stock à 12 000, mais un tiers seulement ont pu être ouvertes dans les délais. Le 18 décembre, Christine Boutin, ministre du Logement, a nommé Michel Pélissier, président d?Adoma (ex-Sonacotra), responsable d?une mission sur ce sujet.
@ 2 007 Le Monde- Emmanuelle CHEVALLEREAU ? (Distribué par The New York Times Syndicate)
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