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Les leçons du sondage

14 mars 2004, 20:00

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A dix-huit mois de la fin de la présente législature, l?alliance au pouvoir semble bien partie pour obtenir un second mandat. Le baromètre ?Synthèses-l?express? lui donne une appréciable avance avec 43 % d?intentions de vote contre 23 % au camp opposé. Les résultats de cette enquête d?opinion viennent clarifier un climat électoral rendu confus depuis le scrutin de Rivière-du-Rempart.

Le résultat favorable à l?alliance MMM-MSM peut en soi créer une dynamique qui donnera un nouvel élan à sa campagne pour les législatives de 2005. Certains membres de l?alliance gouvernementale exprimaient ouvertement leur désarroi après la partielle de décembre. Le sondage leur redonnera l?espoir de combattre.

L?un des enseignements de ce sondage est que le gouvernement a les faveurs de la majorité silencieuse. On avait pu mal cerner l?humeur de la population à travers le langage de ceux qui aiment manifester dans la rue ou qui interviennent sur les ondes des radios privées pour égrener leur chapelet de revendications. Mais le sondage nous apprend que le pays profond peut former une opinion dépassionnée qui n?est pas influencée par le bruit ambiant. Plus de la moitié des répondants (54 %) jugent que le bilan du gouvernement est plutôt positif ou très positif.

Si le régime tire son épingle du jeu en étant crédité d?un taux honorable de popularité malgré les choix budgétaires douloureux qu?il a faits au cours des premières années de son mandat, son bilan demeure néanmoins contrasté à ce stade. La situation ne s?améliore guère sur le plan de l?investissement étranger et de la création d?emplois. Il n?y a pas que des facteurs extérieurs qui puissent expliquer ces tâtonnements. Si le 11 septembre peut excuser certains ratages dans le tourisme et si les règlements de l?OMC sont invoqués pour expliquer les pertes d?emplois dans le textile, comment peut-on justifier le non-démarrage du ?School IT Project? et le retard à mettre sur pied un programme de formation en informatique ?

L?opposition ne tire pas un grand profit des manquements du pouvoir en raison de son propre flottement programmatique. A l?exception de remettre le pouvoir ?ki finne sape dans nous la main? à ceux à qui il est censé appartenir, le PTr peine à formuler une politique alternative. Sur les dossiers socialement chauds, tels que la question du critère religieux et des langues orientales au CPE, il s?est carrément abstenu de prendre position. De même, quand il s?est agi de convoquer l??Appointments Committee? pour débattre des allégations portées contre certains commissaires, le leader de l?opposition a ménagé la chèvre et le chou.

La campagne de dénigrement visant Paul Bérenger ne produit pas, non plus, les résultats escomptés par le PTr. Même si cette stratégie a pu avoir un impact mesurable dans une région rurale, il est certain que cela est totalement neutralisé par l?effet dévastateur qu?elle peut avoir sur l?image de rassembleur que Navin Ramgoolam avait patiemment construite depuis son entrée en politique. Pour barrer la route à Paul Bérenger, il faudra que le PTr trouve d?autres faiblesses à ce dirigeant omniprésent que le facteur ethnique.

De son côté, si l?alliance au pouvoir peut être réconfortée par le sondage, elle doit savoir que l?électorat n?attendra pas indéfiniment les fruits des sacrifices consentis ces dernières années.

A force de croiser les doigts, on finit par avoir des crampes.

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