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Les intermédiaires
Après la condamnation de l?ancien ministre Vishnu Bundhun et celle de l?ex-directeur financier d?Air Mauritius, Gérard Tyack, nous avons vu poindre la lumière dans la lutte contre la corruption. Maintenant, quand une nouvelle affaire éclate, on est mieux disposé à croire que les coupables, s?il y en a, iront en prison. Faisons donc confiance aux institutions pour que la vérité éclate assez rapidement dans l?affaire concernant la demande alléguée de pot-de-vin par le ministre du Logement, Asraf Dulull.
Il est bien entendu qu?il n?y a pour l?instant que des allégations impliquant le ministre et qu?il faut attendre que l?écheveau soit démêlé par la police et le judiciaire pour savoir ce qui s?est réellement passé jeudi dernier lors de la rencontre entre Anil Nemchand et Rafiq Peermamode. Le premier, cadre de Bel Air Sugar Estate, affirme que l?homme d?affaires lui aurait réclamé Rs 50 millions à la demande du ministre pour faciliter ses démarches en vue d?obtenir la location à bail de 104 arpents de Pas géométriques. Le ministre dément véhémentement. La justice tranchera éventuellement. Pour l?heure, attardons-nous sur une pratique qui semble devenir une méthode de gestion : le recours aux intermédiaires.
Si Rafiq Peermamode dit vrai, il a organisé en décembre dernier, une rencontre entre le ministre Dulull et les promoteurs du projet IRS. Ceux-ci étaient alors en butte à des difficultés pour l?obtention d?un bail. La présence d?un intermédiaire à cette rencontre est, à tout le moins, incongrue. Même si aucune des parties n?avait une intention malveillante à cette occasion, la participation d?une tierce partie aux discussions ne peut manquer de faire planer des doutes. La bonne gouvernance requiert une gestion totalement exempte de soupçons.
Ayant eu l?occasion de voir l?homme d?affaires aux côtés du ministre et d?évaluer sa familiarité et son influence auprès de ce dernier, les promoteurs ont par la suite négocié avec l?intermédiaire pour faire avancer leur projet. Si Anil Nemchand a de nouveau rencontré Rafiq Peermamode jeudi dernier, c?est qu?il a estimé que l?homme d?affaires peut influer sur la décision du ministre Dulull. Il s?en résulte une situation complètement insensée. La société Bel Air Sugar Estate doit passer par le directeur de Subaru Motors pour solliciter l?octroi d?un terrain de l?Etat !
Que M. Peermamode dise la vérité ou non au sujet des Rs 50 millions est une chose. Le fait qu?il soit mêlé aux négociations entre un promoteur hôtelier et l?Etat en est une autre. Il n?avait rien à faire avec la demande de la société privée auprès du ministère du Logement. Il peut proposer ses services à un ministre issu de sa circonscription pour des réunions politiques mais il n?est certainement pas habilité à s?occuper des dossiers officiels du ministre.
L?opinion publique peut légitimement se méfier des ministres qui permettent à des courtiers ou des personnes étrangères à leur ministère de s?ingérer dans le fonctionnement de leurs services. On ne peut pas parler de transparence si des individus non mandatés officiellement man?uvrent dans les coulisses du pouvoir et se vantent de leur proximité quotidienne avec les ministres.
Dans un cas récent, il a été établi par une cour de justice qu?un ancien ministre a cherché à se faire payer des commissions à travers un homme de confiance qui avait un accès libre à ses bureaux. Ces intermédiaires dans l?entourage des ministres nous rappellent de mauvais souvenirs.
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