Publicité
Les inter-collèges :un baromètre social
Par
Partager cet article
Les inter-collèges :un baromètre social
Il y a 25 ans, l?express publiait une intéressante étude sociologique des sports inter-collèges dont voici les principaux points. Ces journées sportives constituent alors un des temps forts de l?année scolaire. Dans certains collèges, elles sont minutieusement préparées longtemps à l?avance et pas seulement par les champions devant défendre leurs couleurs. Rien ne peut toutefois égaler la participation de tous et l?enthousiasme collectif des journées d?athlétisme inter-collèges.
Le sport scolaire a son histoire et ses heures de gloire. Il fut même un temps, plus exactement au début des années 50, où le collège Royal de Curepipe, sous la férule de professeurs anglais au dévouement exemplaire, dominait de la tête et des épaules les autres établissements scolaires et même les clubs sportifs. Depuis l?Indépendance, malheureusement, les collèges d?Etat se contentent trop facilement de leurs succès académiques sinon de leurs lauréats d?Etat annuels, pour laisser les lauriers sportifs aux collèges privés et pas seulement confessionnels.
Les inter-collèges deviennent au fil des ans une organisation massive et polyvalente, du moins dans les établissements les plus accrochés. Il y a des spécialistes du chant choral, des décorations, de la fabrication de banderoles et de pancartes, des questions d?intendance, du déplacement des athlètes et des supporters, de la troisième mi-temps, autrement dit de la fête conviviale devant maintenir le tempo pendant la nuit suivant la fin des jeux. Rien de mieux pour cimenter une communauté estudiantine et renforcer le sentiment d?appartenance à une institution scolaire.
Cette adhésion estudiantine et collective transcende dans une large mesure les habituelles barrières communales facilement dressées au niveau sportif par des adultes, même si le nom de certains collèges peuvent faire croire en l?existence d?une communauté ethnique prédominante. L?important n?est pas de savoir si l?on est de telle ou telle communauté mais de rapporter le maximum de points et de médailles afin que l?établissement scolaire remporte si possible la meilleure place toutes catégories, sinon dans l?une ou l?autre section. L?essentiel consiste tout de même à remporter même le moindre lot de consolation afin de ne pas rentrer bredouille ? pour ne pas dire autre chose ? et justifier ainsi la suite festive sans trop parasiter la félicité d?autrui.
Cette fête collective et sportive n?est toutefois pas exempte de certaines réserves. Les chants choraux, aux paroles remaniées pour les besoins circonstanciels, comportent souvent des allusions vulgaires et grossières à l?égard de certains adversaires. Il y a pléthore abusive de termes comme ?bouffon, pisso, mari?. Ils sont bénins, diront les esprits larges, sinon laxistes, mais on peut regretter que l?excellence pédagogique ne s?étende pas à l?inculcation au plus grand nombre des notions de fair-play et de respect de l?adversaire surtout quand il est vaincu. Il serait dommage que le fair-play soit relégué au rang des vestiges de la période coloniale. Le côté fascisant ou vengeur des bras ou poing levés devrait être mieux expliqué afin que nul n?ignore les tristes incidents historiques, car ayant donné lieu à des exactions excessives, auxquels ils peuvent être associés.
L?enthousiasme purement sportif n?est pas forcément le lot de la totalité des spectateurs. Il y a le danger pour des non sportifs de parasiter les efforts d?un petit nombre d?athlètes surdoués pour s?offrir à bon compte des satisfactions compensatrices mais n?ayant rien de sportives. La véritable fête du sport est dans la pratique assidue d?une discipline sportive avec la volonté de se surpasser autant que faire se peut. La vraie victoire sportive est celle qu?on remporte sur soi-même, en cherchant à repousser raisonnablement ses limites physiques grâce aux bienfaits d?un entraînement bien planifié et assidu.
C?est le moment de se souvenir du baron Pierre de Coubertin, celui qui ressuscita les jeux Olympiques et qui nous apprend que le chauvinisme est incompatible avec un esprit sportif authentique.
Les fêtes sportives interpellent également la discipline scolaire. Elle ne peut tolérer ceux qui font éclater des pétards au milieu des spectateurs, ni le jet de chopines vides de boissons gazeuses sur des adversaires ou pire encore sur des inconnus. S?il est impossible de sanctionner à coup sûr tel ou tel coupable, on peut toujours faire réfléchir des classes entières sur les conséquences et la signification de certains comportements collectifs regrettables.
Une même et salutaire réflexion doit accompagner une ?soif de vaincre? pas toujours honorable. Des succès sportifs n?ont pas leur place, par exemple, dans une insertion publicitaire invitant des enfants à se joindre à tel collège plutôt qu?à d?autres moins heureux au niveau sportif. Des collèges se prétendant irréprochables n?hésitent pourtant pas à enfreindre certains règlements, sinon des codes de conduite, pour maintenir en leur sein un redoutable footballeur ou un athlète de haut niveau. Que dire alors de soi-disant entraîneurs cherchant à inculquer à ses troupes la ?haine? de l?adversaire pour mieux les étriller !
Publicité
Publicité
Les plus récents