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Les insurgés déposent les armes
<B>IL SEMBLE</B> que les pressions américaines sur les insurgés en Haïti ont fonctionné puisque mercredi 3 mars Guy Philippe, le chef des insurgés, a annoncé avoir déposé les armes. Guy Philippe, s?exprimant lors d?une conférence de presse en dehors de Port-au-Prince, a ajouté que les insurgés ne patrouilleraient plus dans les rues de la capitale. ?Nous avons décidé de poser nos armes?, a dit Philippe, qui, mardi, s?était proclamé chef de l?armée et de la police.
Au cours de sa déclaration en créole, Guy Philippe a indiqué que la communauté internationale lui avait dit que la sécurité des haïtiens ?serait assurée?. ?Nous avons aussi reçu la garantie que la démocratie sera mise en oeuvre à Haïti?, a-t-il dit.
?Notre premier objectif a été atteint, c?est-à-dire le départ de Jean Bertrand Aristide du pouvoir?, a-t-il encore déclaré.
L?ex-commissaire Guy Philippe, ?commandant en chef? du Front de résistance nationale, avait fait une entrée triomphale lundi à Port-au-Prince à la tête d?une petite force militaire bien armée.
Dans la journée de mercredi les Américains ont mis la pression sur Guy Philippe. Un colonel des marines a pour la première fois rencontré le chef militaire des insurgés pour lui signifier qu?il devait abandonner toute ambition de contrôler Haïti, où de nouvelles troupes étrangères continuent d?affluer. ?Ce fut un message extrêmement franc?, selon une source diplomatique.
C?était la première fois qu?une telle rencontre était organisée entre les militaires américains et le commandant des insurgés, depuis le début, le 5 février, de leur insurrection en Haïti, qui a conduit le président Jean-Bertrand Aristide à démissionner et à fuir.
Les Etats-Unis attendaient que les insurgés tiennent leur promesse de désarmer dès le départ d?Aristide, a aussi fait savoir le colonel à Guy Philippe. S?ils ne le faisaient pas, ce serait une violation du code d?honneur militaire, avait ajouté l?officier des marines, selon la même source diplomatique. Il lui a été dit très clairement qu?il ?serait tenu pour responsable de son engagement à déposer les armes comme il a dit qu?il le ferait et que s?il avait un quelconque honneur militaire, il devait le faire?. ?Maintenant que leur ennemi est parti?, les insurgés ?doivent tenir parole?, lui a-t-il été aussi dit.
Le colonel a répété à Guy Philippe les propos du département d?Etat mardi, selon lesquels les insurgés devaient rendre leurs armes, se séparer et rentrer chez eux. ?Il y a en cours un processus ordonné et constitutionnel? et ?les rebelles n?ont aucun rôle dans le processus politique? après le départ d?Aristide, avait souligné mardi le porte-parole du département d?Etat, Richard Boucher.
Les Etats-Unis peuvent donc s?estimer satisfaits de la décision de désarmer des insurgés. Pourtant mardi, les insurgés avaient affirmé leur refus de désarmer tant que les ?chimères? pro-Aristide, toujours actives dans certains quartiers de Port-au-Prince, n?auraient pas déposé leurs armes. ?Il faut que Guy Philippe soit nommé commandant en chef des forces armées haïtiennes?, avait souligné Winter Etienne, responsable politique du Front de résistance nationale. Les insurgés sont aujourd?hui 350 dans la capitale, avait-il précisé.
Des fusillades mercredi entre «chimères» et policiers haïtiens, dans le sud-ouest et l?est de Port-au-Prince, ont fait au moins trois morts, selon des témoins. De leur côté, les forces internationales entreprennent de désarmer les partisans d?Aristide dans Port-au-Prince.
<B>Démonstration de force</B>
Avec en ligne de mire les insurgés, les militaires américains ont effectué une nouvelle démonstration de force, en positionnant sept blindés et deux Humvee dans l?enceinte du palais national, siège de la présidence, certains dotés de lance-missiles pointés vers la rue. D?autres véhicules ont été déployés près des bureaux du premier ministre haïtien, Yvon Neptune, un proche d?Aristide, resté en Haïti et menacé d?arrestation par les insurgés mardi.
Une autre démonstration de force était prévue dans l?après-midi au palais national, avec une prise d?armes américano-française destinée aussi à montrer l?excellence des relations bilatérales. Une unité de gendarmes français est arrivée mercredi à l?aéroport de Port-au-Prince, portant à 250 le nombre de soldats et gendarmes français déjà déployés en Haïti. ?Nous avons une mission de maintien de l?ordre?, a déclaré le capitaine français Thierry Gineste. Sans véhicule, les gendarmes ont été conduits au lycée français de la capitale.
Environ 110 militaires du 3e régiment étranger d?infanterie basé à Cayenne (Guyane) devaient arriver dans la foulée à Port-au-Prince. Au total, 800 soldats français ont été mobilisés pour Haïti, dont 600 sur le terrain et ils seront opérationnels jeudi, selon l?armée française.
134 officiers et soldats chiliens étaient attendus mercredi soir et ils seront renforcés prochainement par 180 fantassins et logisticiens. L?aéroport a été rouvert aux vols civils et un avion d?aide humanitaire y a atterri mercredi pour la première fois depuis plusieurs semaines.
Au plan politique, plusieurs entités de la société civile ont désigné leurs représentants à un futur conseil d?une dizaine de sages, dont la création est prévue par le plan international de réglement de la crise en Haïti. Une fois formé, ce conseil, représentant la diversité de la société haïtienne, devrait désigner un nouveau premier ministre, bénéficiant de la confiance de la population, ouvrant la voie à des élections parlementaires.
L?ex-président Aristide était toujours mercredi en République centrafricaine, où il a été prié d?observer un devoir de réserve, tandis que Pretoria semble de moins en moins enclin à lui accorder l?asile.
© Le Monde News Service
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