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Les galères d?Ere Lingerie

28 février 2004, 20:00

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Ere Lingerie, jusqu?à tout récemment Ely Textiles, est en phase terminale. L?annonce de la fermeture de cette usine textile de Pointe-aux-Sables, vendredi, par le liquidateur judiciaire, suivi du paiement partiel des salaires ? leur salaire de base étant d?environ Rs 2 000 ? a provoqué la colère des ouvriers.

Des machines endommagées, du tissu emporté, des salariés molestés, le bilan n?a pas tardé à pousser le gouvernement à réagir. « Bien grave séki fine arrivé. Sa pas fer honneur au pays. Sa bane émeutes la pas pou aide dimoune ditou », a commenté le Premier ministre, Paul Bérenger, lors d?une conférence de presse hier. Il a ainsi condamné les syndicalistes présents et a rappelé que, ces derniers temps, les entreprises textiles se trouvent dans une impasse.

Le ministre du Travail et des Relations industrielles, Showkutally Soodhun, a abondé dans le même sens mais a montré du doigt le directeur de l?usine, Denis Rivet. « Mo pas fer li confiance. Mone gagne éne coup are li dernier fois. C?est même scenario ki pou Ely Textiles. Les torts sont partagés. Si Denis Rivet ti conne agir bien, peut-être sa pas ti pou arrivé. »

Le ministre Soodhun a ainsi évoqué le plan de restructuration de l?entrepreneur proposant aux ouvriers de renoncer à leurs années de service pendant deux ans, de renoncer au remboursement de leurs congés maladie et d?accepter que le paiement de leur boni de production soit comptabilisé mensuellement alors que c?est contraire aux règlements.

Dettes de Rs 10 millions

Tandis que le ministre Soodhun évoque des dégâts d?environ Rs 2 millions à l?usine, la syndicaliste, Jane Ragoo, qui se trouvait sur les lieux des incidents vendredi, minimise les actes de vandalisme des employés. « Vous le voyez bien sur la photo publiée en une de l?express-samedi, des employés rient aux éclats et jouent entre eux. Le matériel n?a pas été saccagé et mon collègue, Reeaz Chuttoo, a conseillé aux femmes qui emportaient des tissus de les remettre à leurs places car c?est en les revendant que le liquidateur pouvait leur verser leur dû.»

Ce vendredi après-midi, les 391 employés de l?entreprise n?ont pas vraiment le moral. Ils ont appris que l?usine allait mettre la clé sous le paillasson, faute de pouvoir honorer des dettes d?environ Rs 10 millions. En s?entendant dire plus tard qu?ils ne recevraient que la moitié de leur salaire et qu?ils n?auraient pas droit aux arrérages sur leur boni de fin d?année, ils craquent et réclament des explications à Denis Rivet.

Ce dernier avait donné sa parole que tout serait payé et avait même demandé aux employés de rester jusqu?à fort tard la veille pour honorer une commande, affirme Jane Ragoo.

Denis Rivet est barricadé dans son bureau. Les esprits sont surchauffés. Et voilà que la police anti-émeute débarque et bouscule les ouvrières massées devant le local administratif. Dans la cohue, les injures et les menaces fusent.

« SSU fine vini et zot ine pousse bane fam. Fine éna bousculade. Zot ine forme éne cercle autour Denis Rivet pou tire li dépi dan so biro. Fine éna baté, zouré et membres SSU fine traite madame de tout kalité nom. Zot ine trape licou Atma Shanto ziska line tombé et Reeaz Chuttoo ine gagne baté lor so arcade sourcilière. Zot ine mem traine ene fam ki ti pé poz zot question », accuse Jane Ragoo.

Responsable de la Special Supporting Unit (SSU), le Deputy Commissioner of Police, Mario Nobin, indique, sur la foi du rapport officiel sur ces incidents, que la brigade anti-émeute n?a pas eu à intervenir et à faire usage de la force. Le rôle de la SSU n?a donc consisté qu?à « escorter Denis Rivet hors de son bureau ». Jusqu?à demain, une équipe de la SSU campe sur place, de crainte qu?il n?y ait de nouveaux dérapages? Denis Rivet,qui habite non loin de son usine est injoignable.

Ce matin, le ministère du Travail convoque d?urgence son comité de redéploiement pour caser les ouvriers d?Ere Lingerie ailleurs. Showkutally Soodhun rencontre également Atma Shanto et Reeaz Chuttoo pour décider du sort des travailleurs. Ere Textiles sera pour sa part de nouveau en activité. Mais avec seulement 61 ouvriers indiens qui seront ensuite obligés de rentrer dans la Grande péninsule.

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