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Les frissons de la fiction

5 mars 2005, 20:00

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Je finirais par croire que la recherche de la vérité est le cadet de nos soucis. Faut dire que, mis à part les familles des victimes, en général, qui s?en préoccupe ? Pour quoi faire d?abord ? On risquerait d?être déçu. La réalité est souvent banale, alors que la fiction, c?est tout de même plus passionnant. Ben oui, tant qu?on ne connaît pas la vérité, on peut fabuler, broder, inventer des motifs, spéculer sur les protagonistes, émettre des hypothèses plus ou moins farfelues. Chacun y va de son explication, se perd en conjoncture. Cela permet d?alimenter les conversations, de régler au passage quelques frustrations personnelles, d?exprimer des sentiments inavouables, bref, c?est très bon pour le moral. Tant qu?il y a de la fiction, il y a des frissons. Et puis, ça maintient le lien social.

Quelle que soit l?affaire, le scénario est toujours le même : au départ, les faits sont relativement simples, et à l?arrivée, c?est un vrai pataquès. Quelque part, au milieu, on a perdu le fil. Prenez le cas du hold up de la MCB. L?enquête semblait bien partie, avec l?arrestation rapide de plusieurs suspects. Et puis, sans crier gare, elle a déraillé. Le hold up n?était plus qu?une mise en scène ? sauf que vrai ou faux, un vol reste un vol, que je sache ? la victime, un coupable tout désigné, le principal suspect, la victime d?un chantage qui « inculpe » des complices ! On a vu la liste des suspects s?allonger de jour en jour, l?apparition d?un cerveau surtout non identifiable, mais au matricule évocateur, on a crié au cover up, histoire d?ajouter un peu de piment, avant de sombrer dans le délire du complot visant à éliminer un leader politique sur fond d?escadron de la mort (!). Évidemment, tout le monde s?en est mêlé, du religieux au politique, sinon où serait le plaisir, on s?le demande ! Résultat des courses : trois semaines après, on n?en sait toujours pas plus sur les deux seules questions importantes : qui a tué Gérald Lagesse et où sont passées les Rs 51,8 millions ? Mais qui s?en soucie ?

Bien sûr, on peut toujours s?interroger sur le rôle des enquêteurs et leur volonté à découvrir la vérité. Mais on devrait plutôt s?interroger sur notre réel désir de savoir. En décrétant une fois pour toutes que la police est incompétente, et que l?on ne sait jamais le fin mot de l?histoire, quelle que soit l?histoire, on dédouane la police de l?obligation de résultat. Et nous, on peut continuer à fantasmer tranquille. Ça arrange tout le monde. Mieux vaut un bon polar qu?une vérité qui fâche ou qui déçoit.

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