Publicité

Les frileux au poulailler

4 novembre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?est connu. La culture n?est pas une préoccupation de nos adeptes de la rationalité politique et économique. Encore moins certaines disciplines artistiques comme le théâtre. Ces jours-ci, Jean-Claude Brialy et Nana Mouskouri se trouvent à Maurice pour lancer une opération de levée de fonds dans le but de rénover le théâtre du Plaza. Même si Brialy insiste qu?il «n?est pas question de gagner de l?argent. Au théâtre, on en perd, plutôt?», nous nous devons de nous préserver de tout angélisme. C?est une opération commerciale et c?est bien que ce soit ainsi. L?art pour l?art n?a jamais fait vivre le démiurge. Reste cependant les craintes qui ont été exprimées. Celles notamment ayant trait à l?accès des planches du Plaza aux artistes locaux. Une telle peur peut être légitime mais elle semble bien déphasée.

Déjà propriétaire d?une salle de spectacle, le comédien Brialy connaît trop bien son métier pour éloigner les talents endogènes du Plaza. La crainte est encore moins justifiée lorsqu?on sait que des représentations d?artistes étrangers ne peuvent que profiter aux créatifs locaux. Mais là n?est pas le principal enjeu. Il est dans le fait que sans une intervention étrangère, le théâtre du Plaza tout comme celui de Port-Louis ne survivra qu?au rythme d?éphémères rénovations comme cela a été toujours le cas. Car il faut savoir que dans ce pays, on a de l?argent pour tout sauf pour la culture. A ce chapitre, la frilosité de nos dirigeants est légendaire. D?ailleurs c?est un fait que le ministère des Arts et de la Culture n?est qu?un accommodement pour caser un élu à qui on a promis un siège ministériel.

S?il faut donc attendre nos dirigeants pour penser au Plaza, même de manière tout à fait fortuite, on risque de passer une éternité dans l?obscurité culturelle. Culture, c?est le maître-mot. C?est une sphère très éloignée de la platitude des problèmes à régler. Non pas que ces problèmes ne sont pas importants mais simplement parce qu?il existe une autre réalité que celle des chiffres et du chiffonnage événementiel. Une réalité qui se conjugue avec création et inventivité. On n?est pas là dans la seule obsession culturelle.

On est là dans le grand théâtre de la vie où c?est la manière de vivre et de penser qui détermine la société qu?on est en train de fabriquer. Ce n?est toutefois pas la préoccupation de nos gouvernants, quels qu?ils soient. Alors on peut imaginer l?effort qu?ils vont déployer pour sauver le Plaza ! Ils ne connaissent de vérité que le grand mensonge qui consiste à faire croire qu?ils peuvent rendre nos vies meilleures.

Comment le Plaza peut servir cette cause, celle d?une vie meilleure ? Permettre que nos vies soient un peu plus agréables à vivre ? En nous proposant une activité autre que celle qui consiste exclusivement à courir après l?équilibre de nos budgets. En nous ouvrant à la pensée de ces femmes et hommes qui disent une réalité que nous sommes incapables de saisir. En nous racontant comment, depuis des décennies, on n?arrête pas d?enterrer les espaces de culture parce que leur fonctionnalité n?est pas tangible. Ce n?est pas une actualité suffisamment populaire pour mobiliser nos ressources. Pourtant, si seulement ils savaient? C?est dans des lieux sacrés comme le Plaza que se joue l?identité d?une nation. C?est dans l?expression culturelle que nous puisons les énergies nécessaires au développement économique d?un pays. Mais ce qui n?est pas utilitaire pour eux est forcément de la fioriture.

Bonne chance donc à Brialy et Mouskouri. Ici, la terre n?est pas la sève qui nourrit un imaginaire. Ici la terre doit seulement être productive?

Publicité