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Les fleurs mystiques de Dev Chooramun
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Les fleurs mystiques de Dev Chooramun
Dev Chooramun est un habitué de nos cimaises. Le public, connaisseur ou pas, se pressant dans nos différentes galeries, a déjà eu l?occasion de se familiariser avec l?art pictural et le savoir-faire de cet enfant de Bramsthan. Il fait montre de sa passion pour le visuel à un âge où gamins et gamines sont plus enclins à griffonner sur leurs ardoises scolaires chiffres et lettres plutôt que de les peupler de dessins recréant l?univers floral et végétatif les environnant. L?enfant a depuis grandi en âge et en sagesse. Son obsession picturale demeure cependant heureusement intacte. Ce besoin instinctif et obsessionnel de dessiner, de colorier, de peindre, a eu l?occasion, notamment à l?université de Patna, en Inde, de se perfectionner à l?intérieur d?une solide formation technique tous azimuts puisqu?elle comprend bon nombre de méthodes utilisées par les meilleurs artistes à travers le monde.
La renommée de l?artiste de Bramsthan s?étend désormais au-delà de nos frontières. Il a eu l?occasion d?exposer ses ?uvres ailleurs qu?à Bell-Village (la Maison de l?Alliance française), qu?à Rose-Hill (Galerie Max-Boullé ou Maison de la Culture), qu?à Port-Louis (Galerie Gaëtan-Benoît, Maison du Poète). Elles sont désormais connues à Paris (Salon de l?Automne, Grand Palais), à Durban, à Pretoria, en Inde, en Chine, aux Seychelles, à la Réunion, en Allemagne. Elles enrichissent plusieurs collections privées et publiques et non des moindres. Elles ont connu un succès d?estime moins facile à obtenir localement pour peu qu?on s?éloigne des canons plastiques agréés dans les salons qui comptent.
Elles méritent amplement ce regard admiratif non-mauricien, pas forcément meilleur, mais surtout différent et surtout moins limité par des beaux-arts et de belles peintures profondément ancrés dans un impressionnisme, ou à la rigueur un fauvisme, fortement tropicalisé, portant laborieusement le poids du figuratif et, sinon de la fidélité et de la ressemblance, du moins celui de l?émotion picturale recréée sur toile.
Cette réalité est sous-jacente dans l??uvre de Chooramun. Il possède assez de métier pour reproduire avec le degré d?exactitude ce qu?il désire, ce qu?il voit. À la différence, toutefois, d?autres artistes, il voit à travers l?objet placé devant ses yeux et au-delà de lui à l?intérieur de son essence. Si la fleur regardait Malcolm, Dev Chooramun devient fleur. Plus exactement, la fleur, dont il scrute le c?ur et les reins, l?introduit dans un monde mystique où s?opposent communion, création, enfantement, croissance, apogée, déclin, mort, un monde mystique tournant au rythme des différents cycles de vie.
En pénétrant dans la salle d?exposition de la Maison de l?Alliance française, où seront à partir du vendredi 2 décembre et ce jusqu?au samedi 16 décembre, juxtaposées ses ?uvres les plus récentes, le contemplateur entre dans un univers fortement coloré, à la fois harmonisé et contrasté. Que notre peintre ait recours à un ou plusieurs tons, le résultat est le même : les nuances s?affrontent et s?opposent pour donner relief, intensité, profondeur. On pourrait lui reprocher des couleurs parfois trop agressives. Il serait intéressant de voir les mêmes techniques utilisées avec les couleurs plus douces, des teintes plus pastels. Mais autant demander de la douceur à la vie qui est, par nature, devoir de survie, loi de la jungle, triomphe du plus fort, du plus endurant, un monde qui enfante cent dans l?espoir de la survie d?un seul et perpétuer ainsi l?espèce.
Des ?uvres qui introduisent à la contemplation
Ces couleurs ont des formes, à la fois suggestives, figuratives, mais aussi imaginaires. Il ne faut pas y chercher l?exactitude d?un peintre naturaliste ou biologique. Chooramun, chantre de la vie à la fois sexuelle et mystique, sait inventer les exagérations requises pour mieux souligner tout ce qu?il peut y avoir de combat et de lutte à l?intérieur d?une simple fleur pour que se perpétuent l?espèce et la vie, pour que son ?uvre imaginée devienne plus vraie, plus réelle que nature. Corolles, calices, stigmates, pistils, tiges, pétales, dûment soulignés par le pinceau de notre artiste deviennent graduellement, sous nos yeux émerveillés et admiratifs et au fur et à mesure que notre contemplation nous introduit à l?intérieur de l??uvre méditée et analysée, des lèvres entrouvertes ou béantes, des organes reproducteurs, des organes érigés, des enlacements, des contorsions, des vibrations, des orgasmes, des fusions intimes.
La touche orientale, l?ambiance hindouiste, des ?uvres de Chooramun, peut-être moins marquée que lors de précédentes expositions, nous invitent à comprendre qu?au-delà de la perfection artistique vers laquelle tend cette ?uvre, il y a un message spirituel et philosophique. Nous comprenons, au fur et à mesure que l?art se conjugue ici à des réalités à la fois existentielles et spirituelles, sinon mystiques, que l??uvre résume une philosophie de la vie et de tout ce qui l?entoure. L??uvre picturale se construit sur une ré-appropriation des symboles de l?univers, à la fois divin et humain, à la fois céleste et terrestre. Chooramun interprète à notre intention et pour notre bonheur, des signes symboliques et pas forcément hermétiques, des incantations, des rites, des extases pour mieux souligner un discours religieux et universel rappelant à tous qu?entre créature et créateur on peut, à tout moment, retrouver une attirance, un amour à la fois physique et spirituel, devant aboutir à une commune fusion afin d?engendrer une nouvelle vie.
Dans ce jeu amoureux et cosmique, qu?illustre intensément Chooramun, il y a une réalité spirituelle commune à plusieurs religions, y compris au judéo-christianisme trop souvent et trop facilement défiguré et entaché par une notion de péché. Elle nous rappelle que l?amour conjugal, liant intimement un homme et une femme en vue de la création d?une cellule familiale, est le meilleur signe et témoin des forces créatrices de notre univers, qu?on adhère ou non au principe transcendant de l?omniprésence d?un créateur se manifestant à travers ses créatures.
Nous ne sommes plus en présence de fleurs réelles ou imaginées par le talentueux Chooramun, si belles puissent-elles être surtout quand elles ressemblent tant à ces fleurs-sculptures ou fleurs-porcelaines que sont les orchidées. Nous contemplons des merveilles florales, prenant la forme d?une réflexion philosophique et pas seulement orientale ou hindoue. Nous entrons à l?intérieur d?un ensemble de doctrines philosophiques réunissant les principaux aspects de notre monde, unissant macrocosme et microcosme. À certaines conditions, l?union sexuée devient le symbole d?une fusion plus universelle. Certains communient à cette réalité spirituelle à force de méditations, suivant ou non des postures les favorisant. Chooramun veut nous y conduire par la seule force de sa puissance picturale, fruit d?une longue et laborieuse quête d?un surréalisme spirituel. Et nous lui en savons gré.
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