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Les enjeux de Port-Louis
par Nazim Esoof
Oomar Uteem : ?La situation des squatters s?est améliorée?
■ Comment abordez-vous la question de l?aménagement du territoire à Port-Louis?
Oomar Uteem : Il est indéniable que Port-Louis est le poumon économique de Maurice. Sa population est multipliée par quatre en semaine, ce qui fait qu?en termes de pollution et de besoins sanitaires, c?est un surplus auquel les autorités et les administrations régionales doivent pouvoir répondre. Une des solutions serait la décentralisation des secteurs d?activité qui n?ont pas besoin de se retrouver dans la capitale, dont certains ministères. Une autre question épineuse est la circulation routière qui a été certes allégée. Mais l?introduction d?un système de métro léger permettrait de révolutionner non seulement le paysage mais aussi la vie des citadins et de tous ceux qui transitent et travaillent à Port-Louis.
Asruf Dulull : Il faut accepter que Port-Louis est la ville la plus peuplée en termes d?habitants par m2. Il y a, de surcroît, un afflux de populations extérieures du fait que c?est un centre administratif. Il y a nécessité d?un réaménagement du territoire à travers, entre autres, une déviation de la circulation routière. Cela peut se faire à travers une ring-road qui passerait par la Route Militaire, Tranquebar et Pailles ou à travers un projet de tunnel avec une connexion à Réduit. Pour ce type de projet, il faut garantir la participation des opérateurs privés également.
■ Les citadins se plaignent d?un problème aigu de drogue. Comment le résoudre?
Oomar Uteem: Le problème de la drogue ne concerne pas uniquement Port-Louis. C?est un fléau, comme la prostitution et la corruption, qui est inhérent aux pays modernes. Nous pensons que la lutte contre la toxicomanie passe, entre autres, par des traitements substitutifs comme le Subutex et par un programme de réinsertion des toxicomanes à plus grande échelle. Il faut aussi sensibiliser les jeunes de manière agressive et, cela, dès le primaire.
Asruf Dulull : Le problème de la drogue ne se limite pas à des régions ou faubourgs de Port-Louis. Il a une dimension nationale qui nécessite, par conséquent, une solution globale avec une action d?encadrement légal durcie contre les trafiquants, des contrôles plus sévères au port et à l?aéroport. Il faut aussi former et équiper les forces de l?ordre et tous ceux qui luttent contre la drogue. Il ne faut pas oublier que la corruption est aussi liée à ce problème et qu?il faut une volonté politique très poussée pour venir à bout de ces fléaux.
■ Port-Louis souffre aussi des constructions sauvages?
Oomar Uteem: On ne choisit pas d?être squatter. On le devient par nécessité. La situation des squatters dans certaines régions de Port-Louis s?est nettement améliorée avec l?arrivée au pouvoir du gouvernement MSM-MMM qui a mis en place un programme ambitieux de connexion au système du tout-à-l?égout, d?amélioration des routes et d?approvisionnement en eau potable. Enfin, il y a eu une régularisation de ceux vivant à Vallée-Pitot et Tranquebar. Il va sans dire que rien n?est parfait dans le meilleur des mondes et que c?est surtout à travers l?éducation qu?on arrivera à changer le statut social des citadins. C?est pourquoi nous favorisons une approche intégrée.
Asruf Dulull : Ce sont des constructions non planifiées par le ministère du Logement. Les squatters, il ne faut pas l?oublier, sont des personnes qui cherchent à se cacher de la pluie et du soleil. Pendant plus de 40 ans, il n?y a pas eu de politique de logement pour les bourses moyennes à Port-Louis. Ce n?est un secret pour personne que la circonscription n° 3 a été délaissée par le gouvernement MSM-MMM. Nous, à l?Alliance sociale, nous avons une politique de logement pour toutes les circonscriptions de la capitale. Il s?agit de donner un niveau de vie décent à tous. L?Alliance sociale, c?est une plus grande distribution des richesses et de justice sociale pour l?avenir de tous.
■ Comme d?autres régions de l?île, Port-Louis subit le regroupement dans une région des personnes d?une même communauté. Cela n?encourage pas les échanges. Vos commentaires.
Oomar Uteem: Cette ?ghettoïsation? des Mauriciens de différentes religions s?explique par des raisons historiques. Mais il va sans dire que de plus en plus de jeunes vont vers des régions où on retrouve plus de panachage culturel. D?ailleurs, dans les circonscriptions n° 2 et n° 3, la population n?augmente pas mais décroît. Ce sont essentiellement les mouvements socio-religieux et autres organisations qui poussent les gens à se refermer sur eux-mêmes alors qu?on sait bien que dans un pays multiethnique, il faut aller vers les autres communautés, partager, s?enrichir à travers le contact et les échanges.
Asruf Dulull : Cette concentration à caractère ethnique repose sur des données historiques. On y lit l?instinct de préservation d?une culture et des pratiques propres à sa communauté. A travers le monde, la liberté d?association a engendré de telles situations. Mais il est aussi vrai que ce compartimentage est ancré dans des préjugés. Afin de sortir de cette situation, il faudrait pouvoir mettre en place des logements qui proposent des facilités que les gens n?auront pas ailleurs.
■ Le mot de la fin ?
Oomar Uteem : Je souhaite de tout c?ur que le gouvernement soit reconduit afin qu?on puisse continuer le progrès et ne pas reculer de 10 ans. Le devoir de mémoire nous commande de ne pas oublier les années sombres du régime travailliste.
Asruf Dulull : La capitale, c?est la ville phare du pays, qui nécessite un encadrement infrastructurel précis. Nous, à l?Alliance sociale, nous disons que les citadins doivent vivre et faire vivre contrairement à d?autres qui disent qu?il faut vivre et laisser mourir. ■
Asruf Dulull : ?Le n° 3 a été délaissé par le gouvernement?
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