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Les droits moraux de Rogers sur le ?Ro-Ro?
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Les droits moraux de Rogers sur le ?Ro-Ro?
Le Ro-Ro, alias Roll-on Roll-off, alias ?Mauritius II?, est attendu le 12 mars 1980. Il vient tout droit d?un chantier naval japonais où il a été construit pour le compte de l?Etat mauricien. Une polémique précède son arrivée : l?opposition (mauve et militante) accuse véhémentement le pouvoir et gouvernement (travailliste, sinon ramgoolamien) de faire un royal cadeau au secteur privé en offrant sur un plateau la gestion du ?Mauritius II? à Rogers. ?Bef (contribuables et consommateurs, payant les taxes directes et indirectes pour renflouer les caisses de l?Etat dégarnies par les fonds alloués à l?achat de ce navire) travaille, souval (Rogers) manzé !?
René Maingard, président du conseil de direction de Rogers Co. Ltd, se fend d?une mise au point, voulant justifier la confiance que son ami, Seewoosagur Ramgoolam, place en toute logique dans le groupe de compagnies dont il est le président. La principale mission du ?Mauritius II ? est d?assurer (à perte) la liaison maritime avec Rodrigues mais aussi avec Agaléga. Nulle autre entreprise ni organisme n?est capable de concurrencer Rogers sur cette desserte, compte tenu des services rendus par lui depuis l?entre-deux guerres. Rogers possède et gère des navires depuis l?époque des voiliers. Avant la dernière guerre mondiale (celle, mon Colo, de 1939-45), la Colonial Steamship, une filiale de Rogers, assurait à ses frais la desserte des îles lointaines, Chagos et Cargados Carajos comprises, tout comme le transport des b?ufs de Madagascar et celui des fers-blancs de produits pétroliers depuis Durban et Mombassa. Pendant la guerre 1939-45, les services maritimes maintenus par Rogers, en dépit de la présence de sous-marins allemands et japonais, deviennent encore plus inestimables. En 1954, en récompense à services rendus, le gouvernement colonial prête à Rogers de quoi acheter le Mauritius I. Ce navire travaille pendant un quart de siècle (1955-1980 et même au-delà) à la satisfaction de tous, sans faille aucune, assurant un service maritime n?intéressant aucune autre compagnie maritime au monde, pas même la KLM néerlandaise, dont les inoubliables paquebots (Tegelberg, Ruys, Boissevain) passent pourtant au large de Rodrigues, sur leurs routes Durban, Port-Louis, Sud-Est asiatique. En 1973, les consultants de Maxwell Stamp recommandent le remplacement du Mauritius I qui a déjà dépassé la longévité qu?on lui a attribuée au moment de son lancement et dont l?entretien devient de plus en plus onéreux et incertain. En 1979, le gouvernement travailliste commande à Rogers un rapport devant détailler toutes les spécificités et exigences de la liaison maritime Port Louis-Port Mathurin. Le Roll-on Roll-off sera construit à partir des recommandations de ce rapport.
René Maingard de la Ville ès-Offrans rappelle, à toutes fins utiles, que tous les capitaines, officiers, sous-officiers et marins mauriciens ont été formés sur des navires appartenant au groupe Rogers. Il conclut que la décision de Ramgoolam, père, de confier la gestion du Mauritius II au groupe Rogers (et de ce fait au secteur privé) est normale, logique et prudente. Pas mette la bouce cabri lors sa Ro-Ro là ! Pas gratte lé dos malhère !
La mise au point de René Maingard fait d?autant mouche que la marine marchande n?a guère l?occasion alors de pavoiser. On découvre sur la montagne des Signaux le cadavre d?un jeune marin de 23 ans. Il met fin à ses jours, désespérant de devoir travailler et de gagner sa vie par à-coups. Ils sont 400 jeunes marins à végéter dans la même désespérance, dans l?attente d?un emploi à bord qui ne se matérialise jamais. Même l?opposition politique doit convenir que le secteur local de la pêche industrielle et hauturière est en danger de mort, confirmant le chiffre de 400 marins-chômeurs. Dans le port, 2 000 travailleurs portuaires reçoivent leur lettre de démission en raison de la mise en place du Bulk Sugar Terminal. Parmi eux, Ton Manuel, comptant 54 ans de rude labeur dans les docks et qui a connu tous les leaders syndicaux depuis Anquetil, Seeneevassen, Rozemont, Sandivy, Moignac, Eliézer François, Paul Bérenger.
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