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Les dieux sont tombés sur la tête
C?est à se demander si les dieux ne sont pas tombés sur la tête? La nature est devenue très capricieuse. Tempête électrique. Pluies diluviennes. Un soleil qui joue en permanence à cache-cache avec les nuages. Pour corser le tout, voilà que le directeur de la météo en personne, Suresh Boodhoo, nous annonce qu?une tornade (voir en page 4) a été observée au large des côtes est du pays au début du mois de mai. Et de s?inquiéter des dégâts que celle-ci aurait causés si jamais elle s?était formée sur la terre ferme. Quelque part vers Belle-Mare ou Poste-la-Fayette.
C?est donc dans ce climat général d?angoisse que Dharam Gokhool, le ministre de l?Éducation, a décidé, ce mercredi, de fermer les écoles et les collèges du pays et de renvoyer tout le monde à la maison. Résultats : aucun des 350 000 élèves du pays n?a été blessé ou emporté par une rivière en crue. Par contre, cette même décision a généré une pagaille monstre. Ceux qui ont pris les routes de Port-Louis vers 14 heures ce mercredi en savent quelque chose. Ceux qui ont souhaité joindre certaines administrations publiques ou du privé ? pour s?entendre dire que les bureaux sont vides ?, savent aussi de quoi nous parlons.
Mais précisons toutefois une chose. Nous ne pensons pas que Dharam Gokhool a mal agi cette fois-ci. Nous pensons même que sa précipitation à décider de la fermeture des écoles ne doit pas lui valoir des critiques acerbes que l?on entend depuis le milieu de la semaine. Certes, il est facile de lui en vouloir pour son inertie passée. Nous publions d?ailleurs en page 13 le poème humoristique d?un lecteur qui, on le comprend, tient Gokhool pour responsable de la pagaille de mercredi.
Le ministre de l?Éducation a sans doute une lourde erreur d?appréciation à se faire pardonner. Il a agi. Il a sur-réagi, pour ne pas justement s?entendre reprocher d?avoir croisé les bras cette fois-ci. Nous sommes donc persuadé que s?il n?y avait pas eu les événements tragiques du 26 mars dernier, Gokhool aurait probablement laissé les écoles et collèges du pays fonctionner normalement. Mais il s?est passé ce qui s?est passé. Une collégienne est morte noyée. Deux autres personnes ont péri lors des inondations de mars.
L?on ne peut donc pas reprocher à Gokhool d?être doublement prudent ou d?apprendre de ses erreurs passées. Le principe de précaution doit primer quand il s?agit de protéger la santé et d?assurer la sécurité de citoyens. Dans ce domaine, seul celui qui n?a pas été assez prudent doit être blâmé. Pas celui qui l?a trop été. Gokhool ne s?est pas borné à se fier aux données de la météo pour décider cette fois-ci. Tant mieux. S?il avait agi de la même manière auparavant, un drame aurait peut-être été évité.
Mais il y a toutefois des leçons à retirer de la pagaille de mercredi. Plus que l?alerte, il y a un protocole d?information à établir. En ne différenciant pas les salariés du public de ceux du privé. Les fonctionnaires ont eu le droit de partir plus tôt ce mercredi. Pas ceux du privé qui ont, dans certains cas, dû négocier au dernier moment pour aller prendre leurs enfants à l?école ou au collège.
Dans ces cas, la coordination des informations entre la météo, le ministère de l?Éducation et le grand public doit être renforcée. Les parents où qu?ils travaillent, comme dans le cas des alertes cycloniques, doivent pouvoir disposer d?un certain délai afin de prendre leurs précautions. Si à 9 heures mercredi matin, on annonçait clairement la couleur en prévoyant les pluies du midi, beaucoup de parents auraient pris leurs précautions un peu plus tôt. Beaucoup d?entreprises auraient évité d?improviser certaines solutions pour continuer à travailler.
Mais qu?importe. La leçon à retenir est que la Prudence, notion capitale quand il s?agit de prévenir les catastrophes, était bien présente dans beaucoup d?esprits : à la météo, au ministère et ailleurs. Et il faut s?en féliciter.
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