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Les diabétiques plus à risques
Pour les diabétiques mauriciens, le diabète reste une maladie qu?on contrôle en limitant sa consommation de sucre ou de boissons sucrées, en sus du riz et certains féculents. La campagne de sensibilisation sur le diabète et sa trithérapie, comprenant médicaments, régime alimentaire et exercice, a pris un coup récemment. Des médecins se rendent de plus en plus compte que les diabétiques ne sont nullement conscients des effets négatifs de l?alcool sur leur maladie.
En effet, rares sont les diabétiques qui savent que l?alcool peut aggraver un trouble neurologique provoqué par le diabète. Ils ne savent pas non plus que l?alcool peut engendrer des effets secondaires chez les personnes qui prennent des hypoglycémiants oraux. Rares sont les diabétiques et leurs parents qui sont conscients que l?alcool peut également provoquer une hypoglycémie sévère lorsqu?il est consommé à jeun, surtout chez les personnes qui prennent de l?insuline.
Pire. Nombreux sont les diabétiques du pays qui estiment qu?un verre de whisky pris tôt le matin, à jeun, aide à contrôler et combattre le diabète. Une croyance erronée qui peut entraîner la mort (voir encadré).
Et comme plusieurs de ces diabétiques sont également atteints de maladies cardiovasculaires, ils avancent que la consommation d?alcool aide à protéger le coeur. Là, ils ont raison. Il a été prouvé que le vin rouge par exemple, consommé en modération, lui est bénéfique. Mais pour le diabétique, ces effets positifs sont contrebalancés par les ravages de l?alcool, surtout sur les complications causées par le diabète.
Un spécialiste de médecine interne explique qu?il insiste auprès de ses malades sur le fait qu?il a depuis longtemps été prouvé que la consommation de boissons alcoolisées peut constituer un apport en énergie susceptible de favoriser les réserves graisseuses. Et donc, le diabète de type 2. Une étude prospective d?envergure, réalisée auprès de 52 221 hommes âgés entre 40 et 49 ans et suivis pendant huit ans, a permis d?y voir un peu plus clair dans la corrélation alcool ? diabète, dit-il.
<I>«Nombreux sont les diabétiques du pays qui estiment qu?un verre de whisky pris tôt le matin, à jeun, aide à contrôler et combattre le diabète. Une croyance erronée qui peut entraîner la mort.»</I>
Les participants ont été classés en cinq groupes en fonction de leur consommation d?alcool. Notamment : les «non-buveurs» ou abstinents, les «occasionnels» (moins d?une unité par semaine), les «légers» (une à 15 unités par semaine), les «modérés» (15 à 42 unités par semaine) et les «lourds» (plus de 42 unités par semaine). Lors de l?étude, une unité d?alcool a été considérée comme étant un verre de bière ou de vin ou une simple mesure d?alcool, soit environ dix grammes d?éthanol).
Les auteurs ont observé une relation lentement décroissante, puis fortement croissante, entre l?apport en alcool et le risque de diabète ajusté pour l?âge. Le risque le plus bas apparaît pour les buveurs «légers» et «modérés» et le plus élevé pour les buveurs «lourds».
De plus, chez ces derniers, le risque de diabète est accru, en dépit des effets favorables observés sur les taux d?insuline et de HDL chez les buveurs, indique le spécialiste en médecine interne qui a requis l?anonymat. Il ajoute que la corpulence (exprimée par l?Indice de masse corporelle ou BMI) des consommateurs d?alcool semble surtout être impliquée dans cette augmentation du risque de diabète. Et ce, en sus des problèmes d?inflammation du pancréas.
Les médecins responsables du suivi des diabétiques de même que ceux concernés par des campagnes de prévention se demandent aujourd?hui si l?alcool n?est pas un des principaux facteurs responsables du fort taux de diabétiques parmi la population. Les Mauriciens étant de plus en plus, de gros consommateurs d?alcool.
«Si j?ai un conseil à donner aux diabétiques, c?est de ne pas boire. Je conseillerai à ceux qui veulent malgré tout boire un verre de temps en temps, de se munir d?un glucomètre. De bien vérifier le taux de sucre dans leur sang après avoir bu et de demander à ce que d?autres vérifications soient faites pendant leur sommeil. Car ils risquent d?entrer dans un coma dans leur sommeil et de mourir», affirme notre interlocuteur.
<B>Un whisky à jeun</B>
Boire un whisky à jeun pour contrôler son diabète est une fausse croyance que détruit le Dr Ramputty. Les effets néfastes de l?alcool sont quintuplés quand il est absorbé à jeun. Chez la personne non-diabétique, le foie et le pancréas travaillent ensemble pour ajuster le taux de sucre. Le pancréas ralentit la libération d?insuline dans le sang et le foie fournit le supplément de glucose. Ces processus travaillent ainsi à prévenir l?hypoglycémie.
Ce n?est pas le cas chez les diabétiques. L?injection d?insuline travaille à éliminer le glucose dans le sang sans tenir compte de la glycémie. L?insuline ne peut détecter ou ajuster le taux de sucre comme le fait habituellement le pancréas. Donc, pour prévenir l?hypoglycémie, le diabétique dépendra du glucose qu?il absorbe à travers boissons et aliments ou de celui produit par son foie. Même s?il ne consomme qu?un verre d?alcool, son foie aura plus de difficultés à produire du glucose. Consommer aussi peu que 60 ml (deux onces) d?alcool à jeun (la quantité que l?on retrouve habituellement dans une bouteille de bière) peut déclencher une hypoglycémie sévère.
Certaines personnes souffrant de diabète de type 2, c?est-à-dire celles qui stimulent leur sécrétion naturelle d?insuline avec des médicaments pris oralement, risquent, elles aussi, des hypoglycémies sévères. Si un diabétique, qui prend des antidiabétiques oraux, consomme de l?alcool à jeun, cela provoque une baisse du taux de sucre dans son sang. Les diabétiques traités sans médication, de même que les gens souffrant d?embonpoint sévère, peuvent quelque peu être protégés contre l?hypoglycémie lorsqu?ils boivent. Mais l?alcool va aggraver le problème d?embonpoint. La meilleure façon d?éviter l?hypoglycémie lorsqu?on boit est d?en limiter la quantité, de ne pas boire à jeun et de manger en buvant. Par exemple, si un diabétique ne mange pas assez en buvant, l?hypoglycémie peut se déclencher jusqu?à 36 heures plus tard. Elle peut être fatale si elle n?est pas traitée à temps et que le malade entre dans un état comateux. Raison pour la quelle les médecins conseillent une abstinence complète.
<B>Du thé au citron pour chouchouter son coeur</B>
Whisky et thé au citron. Les deux breuvages ont la même couleur. Toutefois, les effets bénéfiques du thé (sans lait) sur le diabète seraient énormes. On attend la confirmation des premiers résultats obtenus sur des rats aux Etats-Unis. Il y a longtemps que l?on attribue des vertus anti-diabétiques à certaines plantes que consomment en quantité des diabétiques, principalement l?ancienne génération. C?est la célèbre «tisane» mauricienne. Or, en Chine, en Inde occidentale et en Afrique centrale, le thé est considéré comme la meilleure «tisane» contre le diabète. Ce qui a poussé des chercheurs de l?«United States Department of Agriculture» (USDA) à évaluer les effets de quelque 49 extraits d?herbes, d?épices et de plantes médicinales pour voir dans quelle mesure ils pourraient exercer une activité de type «insulinique». Sur des cultures cellulaires d?adipocytes de rats, ils ont ajouté un peu de glucose radioactif, de l?insuline et différents extraits afin d?étudier leur influence sur le métabolisme glucidique des cellules. Parmi les composés les plus efficaces, on retrouve la cannelle, le thé vert et le thé noir. En poussant plus loin leurs investigations, les chercheurs ont pu identifier le composé du thé responsable de l?effet observé : il s?agit du gallate d?«épigallocatéchine», un flavonoïde dont le thé vert est particulièrement riche. Une autre équipe vient d?ailleurs de montrer que ce polyphénol agit également sur le métabolisme glucidique par une autre voie, en réduisant la production hépatique de glucose. Les chercheurs de l?USDA ont aussi montré que l?action stimulante sur l?insuline se retrouve dans le thé décaféiné et qu?elle est maintenue en présence du jus de citron. Par contre, l?adjonction de lait entier ou écrémé réduit cet effet. Autrement dit, mieux vaut un filet de citron qu?un nuage de lait. Toutefois, cet effet du thé doit encore trouver confirmation dans des études humaines. Il y a une différence entre les rats et les hommes.
Questions au?
Dr Prithviraj Ramputty</B> <I>Spécialiste en médecine interne </I>
● <B>Les diabétiques de Mauricie croient qu?un verre de whisky ingurgité tôt le matin est très bon pour le contrôle du diabète. Est-ce vrai et d?où nous vient cette croyance ?</B>
C?est absolument faux ! Je ne conseillerai à aucun diabétique de prendre du whisky le matin. En fait, je leur conseille d?éviter complètement l?alcool. En ce qui concerne la croyance sur les effets supposément positifs du whisky, je peux vous dire qu?elle ne provient ni du corps médical, ni de la communauté scientifique. Quand on est buveur, on cherche toujours un prétexte pour boire.
De fait, les producteurs d?alcool et les spécialistes en publicité ont exploité à fond certains aspects positifs de l?alcool, comme les effets du vin rouge sur le coeur, pour vendre leurs produits.
Il est aujourd?hui évident que le peu d?effets positifs de l?alcool est contrebalancé par ses énormes conséquences négatives sur la santé. Et on doit les multiplier par 100 quand c?est un diabétique qui en consomme.
● <B>Quels sont ses effets négatifs ?</B>
Au préalable, laissez-moi vous dire que plusieurs Mauriciens sont devenus diabétiques parce qu?ils sont de gros buveurs. L?alcool comporte beaucoup de calories. Il fait grossir, engendre l?obésité, et le diabète. Par ailleurs, j?ai eu souvent à traiter des buveurs qui ont eu le pancréas enflammé par l?alcool. En fait, cette inflammation endommage le pancréas, qui n?arrive alors pas à produire de l?insuline. C?est ainsi qu?on devient diabétique.
Les Mauriciens qui sont à risques, c?est-à-dire ceux qui ont des parents ou des grands-parents diabétiques, ceux qui sont déjà obèses, etc., doivent considérer cet aspect. L?alcool est un autre facteur qu?ils doivent prendre en compte dans leurs efforts pour se protéger du diabète. Et ceux qui sont déjà diabétiques doivent être conscients que l?alcool va accélérer et aggraver les complications du diabète.
L?alcool peut et a souvent tué des diabétiques. Souvent vous entendez qu?Untel, après avoir bu quelques verres, est allé se coucher et est mort dans son sommeil. Cela arrive parce que le diabétique qui boit et ne mange pas, entre dans un état hypoglycémique. C?est-à-dire que le taux de sucre dans son sang est trop bas. La personne est saoule et ne peut se réveiller.
C?est alors le coma provoqué par l?hypoglycémie et la mort.
● <B>L?alcool ferait baisser le taux de sucre dans le sang ?</B>
Oui. Mais attention, il ne faut pas être hâtif et se dire que l?alcool peut être utilisé pour faire baisser le taux de sucre dans le sang. En fait, on est diabétique parce qu?on a un taux de sucre trop élevé dans le sang. Le pancréas ne peut pas, à travers la production d?insuline, contrôler ce taux. Le diabétique prend des médicaments pour le gérer. Or, quand il ne mange pas, ce taux de sucre baisse. Survient alors ce qu?on appelle l?hypoglycémie, qui est très grave dans la mesure où elle affecte le cerveau et peut entraîner la mort.
C?est le foie qui fournit le glucose (ou sucre si vous voulez) pour empêcher l?hypoglycémie. Mais quand une personne a bu, le foie cesse de fournir ce sucre. Il s?occupe en priorité de l?élimination de l?alcool dans le sang. Pendant les fêtes de fin d?année, on se retrouve avec plusieurs cas d?hypoglycémie de ce genre. Ceux qui boivent en mangeant peuvent éviter cette situation.
Souvent, quand la personne ivre porte les symptômes de l?hypoglycémie, certains médecins sont déroutés. Car on n?arrive pas à faire la différence entre les personnes ivres et les hypoglycémiques. Elles ont un comportement identique.
● <B>Vous alliez nous parler des effets négatifs de l?alcool sur les diabétiques?</B>
Oui, je vous disais que le peu d?effets positifs de l?alcool sont contre-balancés par ses énormes effets négatifs. En sus du danger d?hypoglycémie, il faut savoir que l?alcool endommage les nerfs. En fait, le diabète abîme les nerfs et l?alcool les endommage davantage. Donc, en sus d?une neuropathie diabétique, on a une neuropathie alcoolique. L?alcool contribue à endommager la rétine, tout comme le diabète. On a une rétinopathie diabétique doublée d?une rétinopathie alcoolique.
● <B>On peut quand même boire avec modération, ou boire en mangeant pour éviter des hypoglycémies?</B>
Il y a ce qu?on appelle des zones grises, c?est-à-dire qui ni noires ni blanches. C?est entre les deux. Malheureusement, je suis convaincu que pour les diabétiques mauriciens, il n?y a pas de zones grises en ce qui concerne l?alcool?
Il faut qu?ils cessent complètement de boire. Je répète : les effets de l?alcool sur le diabète sont trop graves et il faut conseiller aux diabétiques d?abandonner l?alcool définitivement.
● <B>Y a-t-il un type d?alcool qui est plus nocif qu?un autre ? Peut-on dire que le vin est moins nocif que le rhum par exemple ?</B>
Non, l?alcool est nocif, quel qu?en soit le type ou la marque. Ce qui compte, c?est le degré d?alcool, l?unité d?alcool que contient la boisson. Plus cette unité d?alcool est forte, plus les effets sont nocifs.
● <B>Autant que je sache, il n?y a pas eu de campagnes sur les terribles effets de l?alcool sur les diabétique ?</B>
Non. On leur conseille simplement de ne pas boire. Je crois qu?il est grand temps qu?on lance une campagne pour que les diabétiques soient conscients des dangers que pose la consommation d?alcool.
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