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Les cyclones en mutation sous l?effet de serre

6 janvier 2007, 00:00

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par Shyama SOONDUR

La saison cyclonique a démarré de belle manière avec la dépression tropicale Clovis qui menaçait de nous gâcher les fêtes de fin d?année. Le Mauricien en fait peu de cas, habitué de voir se déchaîner les éléments au début de chaque année. Pourtant, les observations et conclusions préliminaires des météorologues du monde ont de quoi lui faire perdre son assurance (voir aussi p. 14).

En digne habitant des tropiques, le Mauricien a appris à ne pas se laisser démonter par les cyclones et à mener une vie quasi normale. Les précautions d?usage sont devenues presque une seconde nature chez lui : s?assurer des provisions en nourriture et en eau potable, se prémunir de bougies et d?un groupe électrogène pour l?éclairage, consolider les volets et se terrer à l?intérieur de la maison jusqu?à l?accalmie.

Les Mauriciens, derrière les volets de leur maison en dur, se sentent en sécurité et anticipent des vacances forcées. Des menus spécial cyclone (faratas et curry de poulet) ont même été élaborés pour rehausser l?expérience.

Péchons-nous par trop d?assurance ? La question se pose face à l?inquiétude des climatologues et météorologues de la planète relative à l?impact du réchauffement de la fréquence et de l?intensité des cyclones. Le débat, relancé après la déroute aux Etats-Unis suivant le passage du cyclone Katrina en 2005, est régulièrement alimenté par les conclusions de nouvelles études du phénomène menées par les experts en tempêtes tropicales.

L?intensité et la durée de vie des cyclones sont en train d?augmenter avec le temps, avancent les experts. «Les statistiques concernant les cyclones à travers la planète indiquent qu?ils ont gagné 15 % en termes de puissance de vent et 60 % en termes de longévité. L?énergie émise par un cyclone moyen semble avoir augmenté de 70 % au cours des derniers 30 ans», indique le Dr Kerry Emanuel, expert mondial en cyclones et tempêtes tropicales du prestigieux Massachussets Institute of Technology, États-Unis.

Phénomène accéléré

Il n?y a pas de preuves concluantes pour dire que cette évolution est due à l?effet de serre. D?ailleurs, la question divise les scientifiques. Théoriquement, les effets imputés au réchauffement de la planète tiennent mais dans la pratique, il y a très peu de preuves pour les soutenir, avancent les sceptiques. De toute façon, la météorologie est une science inexacte.

«Nous ne sommes sûrs de rien. Cependant, nous constatons que l?évolution dans la consommation d?énergie par un cyclone suit de très près celle de la température à la sur-face de l?océan», relève Kerry Emanuel. «Or, la température à la surface des océans a augmenté par 0.5 degré centigrade au cours des derniers 50 ans. Il n?y a pas d?erreur possible sur ce plan. Nous comptons 150 ans d?expérience dans l?étude de la température à la surface des océans.»

Pour comprendre l?impact du réchauffement de la planète sur les cyclones, il faut savoir comment ceux-ci se forment. Beenaye Pathack, météorologue ayant pris sa retraite de la station nationale de météo à Vacoas, tente d?expliquer.

Le soleil est plus proche de notre région en décembre. Mais comme la mer prend plus de temps pour se chauffer que la terre, la température de l?océan est la plus élevée seulement vers janvier-février. Lorsque cette température optimale est atteinte, l?air se chauffe à son tour et se charge de vapeurs qui montent en altitude, se condensent et deviennent des nuages.

Dépendant du site et le mouvement de la terre aidant, un effet tourbillon se produit dans l?atmosphère qui continue d?accumuler de l?humidité. Le phénomène relâche de la chaleur latente qui sert à alimenter le cycle en réchauffant de nouveau la température à la surface de l?océan. À un moment donné, toute cette masse d?air chaud et de vapeurs génère de l?énergie cinétique et le cyclone se met en mouvement.

Imaginons à présent un réchauffement forcé des océans en raison de l?effet de serre. Le phénomène cyclonique risque de s?accélérer et de gagner en puissance puisqu?il va se nourrir de l?excédent d?énergie disponible. «Le réchauffement de la surface des océans a un effet exponentiel sur les cyclones. Un demi-point de hausse dans la température ambiante entraînerait une hausse bien plus conséquente sur l?accumulation d?humidité dans l?atmosphère», explique Beenaye Pathack.

Les climatologues attribuent une limite à l?intensité d?un cyclone. Celle-ci dépend de l?état de l?océan et de l?atmosphère. L?effet de serre augmente ce seuil mais il est impossible d?avancer par combien. Car la plupart des tempêtes évoluent en dessous de leur limite optimale.

Mais il n?y a pas que la force du cyclone. L?impact du réchauffement de la planète sur leur fréquence et leur distribution géographique est également source d?inquiétude. Devons-nous nous attendre à être visités n?importe quand dans l?année, même en hiver ? Faut-il s?attendre à en subir les frais même hors de la zone tropicale, berceau des cyclones ?

S?inquiéter de la puissance

Les cyclones ne se feront pas nécessairement plus fréquents, sauf peut-être dans l?Atlantique. Selon Kerry Emanuel, le nombre de cyclones naissant dans l?Atlantique est en hausse depuis 1994, l?année de Hollanda à Maurice. Cette hausse serait due à une augmentation de la température à la surface dans la partie nord de l?Atlantique, conséquence du réchauffement de la planète. Il faut savoir que seul un cyclone sur dix naît dans l?Atlantique. Le reste se forme dans les océans Pacifique et Indien.

La genèse des cyclones est un phénomène très peu connu et compris. Il est donc difficile de prédire un mouvement dans un sens ou dans l?autre. Cependant, tout indique que les tempêtes ne se mettront pas à naître partout à travers la planète. Cela n?exclut pas, cependant, qu?ils puissent bouger sur des étendues plus vastes pour faire du dégât dans des régions jusqu?ici épargnées.

Dans la pratique, qu?est-ce qui devrait être le plus inquiétant ? Une fréquence potentiellement accrue des cyclones ou leur puissance décuplée ? Il est clair que c?est de la puissance qu?il faudrait le plus s?inquiéter car une tempête dévastatrice peut causer plus de dommages que plusieurs cyclones de faible intensité. Katrina en est un exemple. Elle était loin d?être la plus forte tempête que les États-Unis aient jamais essuyée. Mais elle s?est abattue sur une zone plus densément habitée qu?autrefois. D?où les dégâts importants. Il y a là sans doute des leçons à tirer. La principale étant que le climat ne peut être pris pour acquis qu?à ses propres dépens.

Questions à Beenaye Pathack, météorologue

«La météo est une science inexacte»

● Le réchauffement de la planète mène-t-il à des cyclones plus puissants ?

Oui et non. Dans la théorie et selon toutes les hypothèses, une augmentation de la température à la surface de la mer a un effet exponentiel sur l?intensité des cyclones. Cependant, il existe très peu de preuves empiriques pour le démontrer de manière sans appel.

● Les cyclones deviennent-ils bien plus intenses ?

Il est un fait que depuis 1994, année de Hollanda chez nous, les cyclones deviennent de plus en plus puissants. Mais par combien ? Nul ne peut le dire. Nous ne savons pas si cette évolution porte à conséquence du point de vue statistique.

● Pourquoi est-il si difficile de prédire les cyclones ?

Un cyclone est un phénomène très complexe. Nous avons des modèles de plus en plus fiables pour prévoir son évolution. Mais le résultat de tout modèle mathématique est tributaire de l?information que l?on va lui demander de traiter. Or, la collecte de données de bases est problématique. Et ce, malgré des satellites de plus en plus performants.

● Quelle foi prêter donc aux prévisions cycloniques ?

Il faut prendre ces prévisions avec beaucoup de recul. Il faut savoir qu?il n?existe aucun moyen permettant de prédire avec exactitude la trajectoire d?un cyclone. Nous connaissons les pré- conditions pour la naissance d?un cyclone. Mais nous ne savons pas quel est ce détonateur précis qui met un cyclone en mouvement. Nous ne savons même pas exactement comment se forme la première goutte d?eau !

● Comment se fait-il alors que les stations météorologiques puissent prévoir une dizaine de cyclones cette saison ?

Personne ne peut dire combien de cyclones on aura et quand. Mais en moyenne, nous en accueillons jusqu?à douze en une saison. En vérité, il faut prévoir entre quatre et 16 à 18. C?est une marge significative ! Il ne faudrait pas planifier sa vie en fonction des prévisions. Mais il faut bien évidemment en tenir compte. Tout comme il faut se rendre compte que sa contribution personnelle au réchauffement de la planète fait augmenter la probabilité de cyclones plus puissants et dévastateurs.

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