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Les croyances africaines, un héritage oublié
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Les croyances africaines, un héritage oublié
À n?évoquer que les séquelles de l?esclavage, à chaque commémoration, on oublie de célébrer les riches traces de la culture ancestrale africaine. Elles existent : les croyances et conceptions de la vie et de la mort ainsi que la médecine populaire ont traversé le temps. Certes, il est impossible d?affirmer avec exactitude que leur origine soit purement africaine.
Les esclaves africains amenés depuis la côte mozambicaine et Madagascar, étaient eux-mêmes issus de peuples vivant plus à l?intérieur des terres africaines, et parfois même à l?Ouest de ce vaste continent. Ainsi, la population d?esclaves était très hétérogène, mêlant des populations aux cultures très différentes. Mais c?est le milieu dit des descendants qui a entretenu cette culture, devenue la leur.
Le domaine privilégié de la culture où ont résisté les croyances africaines est le monde des ancêtres et la conception de la mort ou plutôt des morts. Nombreux sont les descendants d?africains qui croient qu?après la vie, malgré la mort physique du corps, les âmes sont immortelles.
Ils différencient parmi ces défunts les morts plus proches, les ancêtres de la famille, morts naturellement et les mal morts, ancêtres plus lointain, morts de mort violente, par suicide par exemple ou qui n?ont pas reçu les rites nécessaires pour qu?ils reposent en paix. ?Ena fantom ! Bann dimoun mor lontan, zot pas partou partou sa. Ler fini so ler, li al lor sime, ayo pa kapav ale ! Parfwa ou gaygn per, ou kapav gaygn maladi, ou kapav mor.?
?Aujourd?hui encore, à Maurice, on se représente les ancêtres malgaches comme des gens dotés de pouvoirs surnaturels, aux grandes connaissances et puissances.?
Condamnés à demeurer à jamais sur terre, ces mal morts, âmes errantes demandent à être choyées par les vivants afin de rester en paix et que les vivants se procurent leurs bonnes grâces. ?Bann nam marse, trene dan boi. Zot pena plas pou reste. Bann nam mor pe plore asoir. Mo mem monn tende dan zot ler zot plore. Ou kone ki fer ? Zot sagrin zot rest lor la ter, alor zot en koler, zot pe fer bann mesanste.?
Ainsi, grâce à des prières, des offrandes de fleurs et l?allumage de bougies en leur mémoire, ces mal morts trouvent la paix et transmettent des messages aux vivants qui les guident dans leurs actions et exhaussent leurs voeux. ?Kan ou al met fler kot zot, lerla zot bien kontan, lerla kapav fer ou gaygn enn kiksoz. Kan ou fer enn la mess pou zot, la mess lemor, zot ekzos ou soue.?
Cette conception différenciant deux types de morts se retrouve à La Réunion et semble avoir une origine malgache. À Madagascar, le culte aux ancêtres et les rituels funéraires sont très présents. Ces rituels qui accompagnent la mort d?un membre de la famille permettent de s?assurer que son âme repose en paix et atteigne le statut d?ancêtre. Autrement, le défunt restera une âme tourmentée, errante, un mal mort.
Certains Mauriciens affirment avoir déjà vu ou entendu pleurer ces âmes errantes. ?Monn trouv enn long bolom ek so sapo lapay, kouma dir diboute, li regard mwa koum sa. Zame linn koz ar mwa.?
Ces âmes qui errent ont des lieux de prédilection et des heures spécifiques pour se manifester, tout comme à Madagascar et à La Réunion. Par exemple, le Morne est un lieu particulièrement peuplé de mal morts. Une histoire raconte également que l?arbre le tamarinier est un lieu de résidence de ces âmes.
À Madagascar, parmi les Sakalava du nord-ouest de l?île, il existe également une croyance en l?existence d?un arbre cosmique qui est un lieu de passage entre le monde terrestre et le monde céleste, c?est la demeure des défunts et des divinités. Cet arbre est également parfois appelé ?Tamarini?.
Les âmes qui errent sont redoutées ; elles peuvent causer des maladies ou même la mort de celui qui la croisera. Elles peuvent également prendre possession du corps d?un individu et lui causer du tord. Cette prise de possession du corps par un mauvais esprit peut être l??uvre de quelqu?un qui vous veut du mal et vous envoie cette âme tel un mauvais sort. ?Dimoun gaygn move zair kan zot marse aswar. Enn nam rantr dan ou lekor, fer ou ditor. Ou malad, kapav mor tou. Ler la bizin al rod enn longanis ki pou soign ou. Li pou tir sa ar ou.?
Si ces morts avaient été enterrés dignement dans un cimetière, avec les bénédictions d?un prêtre et des prières de ses proches, ils n?erreraient pas, ils pourraient reposer en paix. ?Ti met enn gran lakrwa dan bor lamer laba akoz bann move lespri. Lontan laba tiena bann lespri ki ti plore bokou, zot nam sagrin. Pret inn vini, inn mett enn lakrwa pou enlev tou sa bann nam la.?
Les bons morts sont ceux qui sont allés reposer en paix, qui ont reçu un enterrement et les rites nécessaires leur permettant de quitter le monde terrestre. ?Bann dimoun ki pa mal mor, zot nam pa pe res lamem, li pas legliz. Pret vini, donn benediksyon, li ale.?
C?est donc cette conception de la vie et de la mort, des vivants en perpétuelle négociation avec le monde des morts qui pousse les vivants à agir dans la vie de tous les jours selon certains usages, usant de certaines paroles, gestes, actes rituels de protection ou superstitieux.
Souvent en ayant recours aux pouvoirs magiques des sorciers, considérés comme des êtres intermédiaires entre le monde des vivants et des morts, qui peuvent lancer des sorts par l?intermédiaire d?esprits maléfiques ou apporter la guérison en contrant un sort lancé par un autre.
Les gardyin lacour qui protègent les maisons des mauvais esprits ou le port de talismans sont des exemples de rites et pratiques préventives et de protection. ?Bann gardyin lacour protez ou kan move lespri pe vini. Mo mem monn suiv sa, enn bolom ti donn mwa sa soz la (une amulette).Li kouma enn proteksyon, si enn move lespri vini. Li pa pou atak mwa nannye.?
Tous ces rituels de protection trouvent une part de leur source dans les cultures africaines. On retrouve d?ailleurs beaucoup de similarités entre ces pratiques en milieu afro-créole mauricien et réunionnais, semblant être un héritage commun malgache. Aujourd?hui encore, à Maurice, on se représente les ancêtres malgaches comme des gens dotés de pouvoirs surnaturels, aux grandes connaissances et puissances. ?Bann malgas ti vini ein pe kouma sorsie, longanis. Bann malgas ti konn sa bien. Zot ti for lor la.?
L?autre domaine de la culture mauricienne qui semble avoir une ascendance afro-malgache concerne la médecine populaire: la médecine des herbes, ?dimoun ki marke, ki fer pas, bann sorsie?.
La conception populaire de la maladie différencie deux types de maladies, qui seront traitées par deux types de spécialistes : malad bondye, les maladies aux causes naturelles, traitées en invoquant dieu et les bons saints et malad sorcie, maladies causées par la sorcellerie, les sorts lancés par l?intermédiaire d?esprits maléfiques et soignées par l?invocation de ces même esprits et saints maléfiques par les sorciers.
?Lougarou pe vini asoir. Lougarou nou appel sa batatran. Zot fer ou per. Li kouma enn seval, li kouma enn bourik, li kouma enn lisyin, tou kalite.?
Les malad bondye sont traitées par l?usage de traitement à base d?herbes médicinales, que ce soit sous forme de tisanes, d?infusions, de bains ou de cataplasmes et de prières ou incantations. Les connaissances liées à ces traitements et les propriétés curatives de ces plantes semblent avoir été transmises de génération en génération dans les familles de descendants d?afro-malgaches.
Peut-être celles-ci ont-elles une ascendance africaine, cependant il semble clair que ces techniques curatives ont dû s?adapter au milieu naturel de l?environnement mauricien, dont la flore est sans doute différente du milieu d?origine de ces praticiens. De plus, elles ont sans doute également été se mêler aux connaissances en herboristeries européennes des Français du 17e -18e siècle.
Une autre pratique médicinale populaire utilisée pour soigner les malad bondye est l?usage de marques ou passes. Ce traitement concerne certains spécialistes ayant des connaissances secrètes qui leur ont bien souvent été transmises en rêve par un parent mort. ?Mo marain ti mark colik, mark disan, mark malad latet, mark lebra. Ki ou gaygn enn fraiser dan ou lestoma, tou sa la li ti marke. Ler la linn mor. Ler la linn montre mwa dan rev. Mo ti enkor zenfan, linn dir mwa mo pou montre twa marke, linn dir mwa ena trwa parol. Linn dir mwa trwa parol la. Sa mo gard sa dan mo memwar. Aster mo mark malad latet, ki ou gagn enn sinisit, malad latet, enn timer, enn kanser.?
L?imposition des mains, d?aiguilles sur certaines parties du corps atteintes par une maladie fait appel à dieu pour aider à la guérison. ?Li enn don done par bondie.? Ces guérisseurs sont tels des intermédiaires entre le monde terrestre et le divin. ?Si ou gagn malad latet, ou vinn get mwa, mo mark ou latet. Pou mo marke mo pran mo lamin ek enn ver dilo, mo met kat ledwa ladan, mo fer enn sign de krwa, mo mark ou latet. Mo dir sa trwa parol la. Mo mark ou gran matin, asoir, ou bien. Pa medikaman, pa nannie?
Ces maladies peuvent être causées par l?intrusion d?un élément extérieur dans le corps, par la perte d?un élément vital, la surexposition à la chaleur ou au froid ou par des irritants dans l?alimentation. Ces guérisseurs traitent par exemple des maladies comme : ?foulir, gratel, dart, douler, fraiser?.
Une autre maladie traitée par ?dimoun ki marke? est la maladie tanbav. Cette maladie se déclare par des éruptions de la peau et des diarrhées dues à du sang impur. Cette maladie existe à La Réunion ainsi qu?à Madagascar sous le nom de tambavy et peu donc très probablement avoir une origine Malgache.
En opposition aux malad bondye, les malad sorcie. Celles-ci sont causées par les saints malveillants et les mauvais esprits. Elles ne sont soignables que par un sorcier, appelé longanis ou traiter. Ces maladies sont dues à l?action d?un esprit ou d?un saint maléfique sur une personne. Afin de traiter de tels maux, le sorcier, intermédiaire entre le monde terrestre et maléfique devra contrer ce sort et bien souvent le relancer contre la personne qui en est à l?origine.
Les maladies et infortunes ne sont donc pas le fruit du hasard. Toutes sortes de pratiques préventives ou curatives ont été développées telles la divination, les talismans, la transe? On retrouve à La Réunion et Madagascar de telles personnes appelées deviner ou medium qui ont un rôle capital dans la guérison et la protection contre les forces du mal.
Ces sorciers peuvent être de toutes les communautés ethniques, cependant on retrouve chez les praticiens certaines pratiques et croyances aux ascendances africaines et malgaches. L?idée d?un être en contact avec dieu et un en contact avec le maléfique qui soignent ou rendent malade est assez courante en Afrique. Il est un intermédiaire entre le divin, le surnaturel et le terrestre, le naturel. Il est doté de pouvoirs qui lui donnent une certaine assise, position dans la société? Il est à la fois craint et respecté.
Les sorciers ont généralement appris ces pratiques et connaissances de membres de leur famille, avec d?autres sorciers ou dans des livres de magie noire. Mais ils peuvent également avoir eu la protection d?un saint : ?ena enn sin lor li? qui lui donne le pouvoir de voyance et de guérison.
Ces guérisseurs utilisent la divination, entrent en transe, invoquent les esprits maléfiques dans les cimetières? Pour découvrir le problème d?un patient ou lancer un sort, ils feront appel aux forces maléfiques, lors de ?servis poul nwar? dans un cimetière. ?Ena dimoun ki servi simitier, zot pratik satan.? A La Réunion également, les cimetières font l?objet de cultes, on y prend du sable pour les sortilèges, on vient boire ou fumer avec le mort pour se le concilier, le remercier d?une guérison ou encore on fait des sacrifices sur les tombes pour lancer un sort.
Le sorcier pratique la divination, la guérison de possessions ou de mauvais sorts, la protection, mais c?est aussi une personne crainte, considérées comme maléfique, ?zot fer bann mesanste par plesir.? De nombreuses croyances lui attribuent des pouvoirs magiques très puissants. Une des facultés du sorcier est de se transformer en loup-garou. ?Bann sorsie transform zot dan ninport ki animal.? Nombreux sont les témoignages qui racontent la vision d?un loup-garou : ?Lougarou pe vini asoir. Lougarou nou appel sa batatran. Zot fer ou per. Li kouma enn seval, li kouma enn bourik, li kouma enn lisyin, tou kalite.?
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