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Les chefs consultent leurs militants
Trois mille quatre cent neuf délégués sont appelés en assemblée au Plaza aujourd?hui. Le MMM rameute ses troupes, réactive ses branches et veut renouer avec sa base, après une coupure de presque trois années.
Ausculté par sa direction au Domaine Les Pailles, le parti mauve souffrirait d?un déficit de communication, qui provoquerait une mauvaise perception dans le public. D?où cette assemblée des délégués, la première depuis que Paul Bérenger est Premier ministre.
« On pensait que le MMM et ses ministres nous avait oubliés », ironise un militant du Sud qui sera présent au Plaza afin d?avoir des réponses à ses nombreuses interrogations sur une succession d?événements politiques : passage de témoin entre sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger, défaite à Piton-Rivière-du-Rempart, remaniement ministériel contesté, début des différends entre les deux partenaires.
« Démission de nos représentants »
Ce sera aussi une occasion (ratée ?) pour des militants de crier leur exaspération. Colère de ceux de Rivière-du-Rempart qui veulent expliquer à la direction leur version de la défaite à la récente partielle : « Il y a eu démission de nos représentants au Parlement sur le terrain. Il y a des ministres arrogants qui ne sont jamais là. »
Le remuant militant Zaid Ameer, de la régionale de Plaine-Verte se réjouit lui aussi « des retrouvailles de la direction avec sa base ». Il souhaite que les délégués, après les discours officiels (du président Ahmad Jeewa, du secrétaire général Ivan Collendavelloo et du leader Paul Bérenger) obtiennent le temps de parole nécessaire pour dire tout ce qu?ils ont sur le coeur. Bref, qu?ils aient finalement voix au chapitre.
Ils sont nombreux ces délégués - et non les agents des ministres qui se contentent d?applaudir à tout rompre ? qui cherchent à comprendre la gestion de Paul Bérenger à la tête du pays, à l?intérieur du MMM et vis-à-vis du MSM.
D?abord sur le plan purement politique : « Que se passera-t-il en 2005, quand l?accord Med Point aura expiré ? Se présentera-t-il comme Premier ministre ? Aura-t-il à partager son mandat avec Pravind Jugnauth ? »
Dans la capitale, un groupe de militants veut tirer au clair certaines rumeurs : « Y a-t-il un rapprochement avec les rouges ? Et à quel point les divergences avec le MSM sont-elles sérieuses ? » Pour eux : « Fine arrive ki MMM montré li ferme ek dire haut et fort, dès maintenant, ki li même bisin partenaire majoritaire du prochain gouvernement. »
Entre ce souhait de délégués et le verdict de l?électorat, il y a les méandres de la realpolitik, que Paul Bérenger aura à faire comprendre à ses délégués, tout en évitant de froisser son partenaire du jour.
Mais beaucoup attendent de lui des explications claires et nettes sur les brûlants sujets d?actualité : les langues orientales et le créole, la réforme électorale et les deux formules pour introduire la proportionnelle, la hausse des prix des produits de base, la Muslim Personal Law et les municipales.
C?est ainsi que ce délégué d?une branche de Ste-Croix veut comprendre « pourquoi on comptabilise les langues orientales ? » Il cherchera aussi à savoir « si le créole obtiendra un traitement similaire ? »
Un autre délégué, des villes soeurs, s?interroge si « on réformera, d?ici 2005, le système électoral ou si on acceptera de courber, une fois encore, l?échine devant le MSM ? »
Paul Bérenger aura du mal à expliquer les augmentations impopulaires. « Comment justifier les différentes hausses de prix aux ménagères qui ont de plus en plus de mal à remplir leur tente bazar. Et surtout à quand une réduction, tant annoncée, du taux de la TVA. Voilà une question qui nous intéresse tous », s?élève cette militante de Beau-Bassin-Rose-Hill.
A Montagne-Blanche et à Vallée-Pitot, certains délégués attendent d?être éclairés sur l?avancement de la réintroduction de la Muslim Personal Law « qui tarde trop, malgré maintes promesses ». D?autres, des régions rurales veulent, elles, être fixées une fois pour toutes : « Les municipales, c?est pour 2004 ou 2 006 ? Arrêt laisse nou dans flou. Faire information circulé dépi là-haut ziskà en bas? »
Une communication pour la forme
Mais finalement cette assemblée des délégués risque d?être davantage un exercice de communication beaucoup plus pour la forme que pour le fond. « Cela commence à 10 heures et prendra fin vers treize heures. Il faut compter au moins trois discours officiels. Le reste de la parole sera consacré à plus de 3 000 délégués. Est-ce possible ? », se demande, désabusé, un vieux militant de la capitale.
Pour cet ancien militant de Bambous, qui a pris ses distances du MMM, ce parti ne compte plus vraiment de délégués. « Il n?y a que des agents que les ministres placent dans des régionales. Ils ne représentent qu?eux-mêmes et certainement pas leur quartier comme cela était le cas naguère. Les fameuses branches d?antan ont disparu », fait-il ressortir, un brin nostalgique. Pour lui, il est révolu le temps de vrais débats au sein du MMM.
Mais la direction du MMM n?est pas d?accord. Il en est de même pour Deven Nagalingum, député de Moka-Quartier-Militaire, qui insiste que les branches opèrent toujours : « On vient d?augmenter le nombre de branches au n° 8. Elles sont à 38 désormais. Toutes seront présentes à l?assemblée des délégués qui demeure une instance de communication et de dialogue. » Un autre dirigeant avance des chiffres : il y a aujourd?hui 487 branches contre 391 en 2001.
Ces branches existent certes sur papier. Dans la pratique, c?est une autre histoire. C?est une légende, celle des branches asséchées?
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