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Les cent ans de la psychiatrie à Maurice
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Les cent ans de la psychiatrie à Maurice
On date les débuts de la psychiatrie à Maurice en 1879. Un magazine souvenir préparé à l?occasion de ce centenaire et paru en juin 1980 permet à la presse de tenir ses lecteurs au courant des progrès réalisés pendant ce premier siècle d?existence. Il y a aussi des failles qui apparaissent au fur et mesure que surgissent de nouveaux problèmes, au premier rang desquels il convient de classer la drogue et l?alcoolisme. Le Dr Charles Yip Tong se veut optimiste : ?D?immenses progrès ont été réalisés.? L?étape la plus significative est le passage d?un traitement caractérisé par la détention du patient à sa prise en charge par l?ensemble de la communauté, grâce à la mise en place d?un système permettant le traitement des malades non internés. On ne doit pas sous-estimer la part prépondérante jouée par des médicaments psychotropes d?une grande efficacité dans le traitement des malades mentaux.
Il déplore toutefois leur utilisation abusive de plus en plus grande par un nombre croissant de drogués et d?alcooliques. Ils représentent, en 1980, quelque 40 % des admissions à l?hôpital Brown-Séquard. Il attribue cela à l?évolution inévitable de la société mauricienne multiraciale. Les changements socio-économiques ont forcément une répercussion sur la santé mentale des Mauriciens. Il regrette aussi que seulement 8 % du budget du ministère de la Santé soit alloué au traitement des malades mentaux. Il n?hésite donc pas à qualifier la psychiatrie à Maurice comme la Cendrillon des différents départements hospitaliers.
Il regrette aussi que les malades mentaux éprouvent de grandes difficultés à retrouver un emploi après leur guérison. Il en va de même pour ceux hospitalisés à Beau Bassin. Cela est d?autant plus déplorable que le ministère de la Santé dépense Rs823 000 par an en ce qui concerne les services de buanderie.
Le service des malades externes date de 1954. Il ne cesse depuis de prendre de l?ampleur. Leur nombre passe de 10 917 en 1969 à 28 097 en 1978. La capacité en lits n?augmente entre-temps que de 78 unités (de 798 à 866). Il existe bien un département d?activités thérapeutiques à l?hôpital Brown-Séquard. En 1980, il est dirigé par Mme C. Ramdoyal. Il offre des possibilités pour des travaux de jardinage, de menuiserie, de couture et d?artisanat. L?objectif est d?aider à la réhabilitation des malades, à leur socialisation, à leur réinsertion sociale, à fournir une activité professionnelle à ceux ne pouvant reprendre une vie normale dans la société, de permettre une évaluation des traitements et de servir d?environnement à la communication et à l?épanouissement des malades. Depuis 1968, un travailleur social est attaché à l?hôpital Brown-Sequard. Il veille à faciliter la réinsertion des malades mentaux dans leur cadre naturel. Des enquêtes psycho-sociales sont menées. Il s?agit principalement de persuader les proches qu?une maladie mentale est une affectation pathologique comme une autre, qu?elle peut être temporaire et que des chances de complètes guérisons existent. Un autre aspect de ce travail social est d?organiser des activités externes (pique-nique, épreuves sportives, séances de cinéma, danse, etc.) pour permettre aux malades de sortir un peu de la routine et de la monotonie des journées d?hôpital.
La majorité des malades externes de l?hôpital Brown-Séquard sont de la tranche d?âges des 21 à 40 ans. Sur 559 malades externes traités seuls neuf ont dû être admis à l?hôpital. La plupart des malades viennent du Port-Louis et des Plaines Wilhems. Les Mauriciens souffrent généralement de névroses (troubles nerveux et psychiques dont le malade est conscient), de dépressions, de maladies organiques (épilepsie et schizophrénie), sans oublier les toxicomanes et les alcooliques.
En 1980, l?hôpital Brown-Séquard est encore régi par une loi datant de?1858. Elle stipule les conditions à respecter avant l?hospitalisation d?un malade mental. Elles font état de l?obligation d?un certificat médical à présenter à un magistrat et une déclaration sous serment d?un proche que telle personne présente des signes de grave maladie mentale et doit être hospitalisé. Le magistrat peut demander à examiner personnellement le malade. Après quoi, s?il est satisfait des procédures suivies, il peut ordonner l?hospitalisation. Celle-ci ne dépassera pas dans un premier temps une quinzaine de jours. Si le traitement médical exige un délai plus long, l?ordre d?hospitalisation du magistrat doit être renouvelé pour de nouvelles périodes de 14 jours. La sortie de l?hôpital est également réglementée.
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