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Les avertissements sur les résultats inquiètent les Bourses

1 novembre 2005, 20:00

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Avertissements en série sur les bénéfices des entreprises, introductions en Bourse ratées, voire annulées... Seules informations positives : le pétrole, dont le prix s?est stabilisé, oscillant autour de 61 dollars le baril de brut. Et surtout l?annonce, vendredi dernier, d?une croissance américaine en accélération. Selon le département du commerce, le produit intérieur brut (PIB) des états-Unis a crû de 3,8 % au troisième trimestre 2005 (en rythme annuel), contre 3,3 % au trimestre précédent. Une estimation supérieure aux anticipations des analystes. Le consensus tablait sur 3,6 % de croissance en rythme annuel qui craignaient l?impact des cyclones qui ont ravagé la côte sud des états-Unis en août et en septembre.

Les marchés boursiers ont limité leurs progressions. À Tokyo, le Nikkei a gagné 1,11 % sur la semaine, les investisseurs restant confiants dans la reprise de l?économie nippone. à Wall Street, l?indice Dow Jones s?est apprécié de 1,82 % sur la même période. Le Nasdaq, lui, a progressé de 0,37 %.

Alors que la ?saison des résultats? pour le troisième trimestre bat son plein, nombre d?entreprises américaines ont publié des indications sur leurs performances attendues pour le quatrième trimestre qui ont déçu analystes et investisseurs.

Parmi les plus grosses déceptions : Microsoft et Boeing. Le premier a indiqué, jeudi, qu?il s?attendait, pour la période d?octobre à décembre, à un bénéfice par action de 32 ou 33 cents, pour un chiffre d?affaires compris entre 11,9 et 12 milliards de dollars (9,9 milliards d?euros). Le consensus des analystes tablait pourtant sur un bénéfice par action de 35 cents pour un chiffre d?affaires de 12,29 milliards de dollars.

Le groupe de Redmond, dont l?action a légèrement baissé depuis le début de l?année, a par ailleurs annoncé qu?il allait encore consacrer d?énormes montants à son programme de rachat d?actions (19 milliards de dollars d?ici à décembre 2006).

Mercredi, le constructeur aéronautique Boeing a aussi revu à la baisse sa prévision de livraisons d?avions commerciaux sur 2005 en raison d?une grève de ses machinistes en septembre. Il table désormais sur ?environ 290? livraisons, contre 320 jusqu?alors.

Depuis le début de l?année, ce sont 89 entreprises de l?indice Standard & Poor?s 500 (les 500 premières capitalisations de Wall Street) qui ont révisé leurs résultats à la baisse, selon le cabinet d?études FactSet JCF. Parmi les plus récentes révisions : celles du groupe pharmaceutique Pfizer, du chimiste Du Pont de Nemours, du numéro un mondial des microprocesseurs Intel, du cybermarchand eBay ou du géant américain de l?aluminium Alcoa...

Les places européennes ont connu la même vague de révisions. C?est le cas de six sociétés du CAC 40, depuis le début du mois d?octobre (Lafarge, Michelin, Saint-Gobain, Alcatel, France Télécom, Thomson). L?indice phare de la place de Paris a quant à lui perdu 0,91 %, à 4 326,71 points sur la dernière semaine du mois. Depuis son point haut annuel du 4 octobre (4 650,24 points), l?indice perdait plus de 6,96 % vendredi.

<B>Climat pesant</B>

Au niveau européen, l?Eurostoxx 50 a baissé de 0,77 % entre les 24 et 28 octobre. Depuis le début de l?année, 10,6 % des 600 sociétés entrant dans la composition de l?indice DJ Stoxx 600 (les 600 capitalisations européennes, y compris les britanniques) ont annoncé des révisions. Ainsi du groupe agroalimentaire Cadbury Schweppes, du pétrolier BP, du câblo-opérateur Cable & Wireless ou du groupe minier Bhp Billiton.

Tous ces signaux négatifs ne risquent-ils pas de casser définitivement la tendance à la hausse des actions depuis le début de l?année ? ?C?est la grande question. Jusqu?à présent, ce sont les révisions à la hausse des résultats qui ont constitué le principal facteur de soutien des Bourses?, note Pierre Sabatier, stratège chez FactSet JCF. La bonne surprise des chiffres de la croissance américaine au troisième trimestre ne pourrait-elle pas prendre le relais et redonner le moral aux investisseurs ? Pierre Sabatier en doute : ?Cette hausse de la croissance pourrait au contraire alimenter les craintes sur le retour de l?inflation.?

Ce climat pesant a plombé le projet d?introduction en Bourse d?Eutelsat. L?opérateur de satellites européen a décidé d?annuler l?opération, au vu des conditions de marché. Une telle déconvenue est-elle imaginable dans le cas d?EDF, dont le processus d?introduction en Bourse a été officiellement lancé vendredi 28 octobre ? Personne, ni bien sûr au gouvernement, ni sur les marchés, ne veut y croire.

L?opération, qui devrait permettre à l?électricien de lever 7 milliards d?euros lors d?une augmentation de capital (à destination du grand public et des investisseurs institutionnels), est la plus importante mise en Bourse de toute l?histoire du CAC 40. C?est, avec la privatisation de China Construction Bank, la troisième banque chinoise en termes d?actifs, la plus grosse opération de l?année sur les Bourses mondiales.

Sur les marchés, on estime qu?EDF dispose d?une très bonne image de marque et de perspectives de développement considérables. Mais on craint que la fourchette de prix qui a été publiée vendredi dernier par Bercy (entre 29,50 et 34,10 euros pour les investisseurs institutionnels) réduise le potentiel ultérieur d?appréciation de l?action.

<B>Cécile DUCOURTIEUX

© Le Monde 2005.

Distribué par The New York Times Syndicate</B>

ENTRÉE RATÉE

<B>Eutelsat annule son introduction en Bourse</B>

■ L?opérateur de satellites Eutelsat prévoyait initialement de lever 860 millions d?euros lors de son introduction en Bourse à Paris (prévue mercredi 26 octobre). Pour stimuler le faible appétit des investisseurs, la société, créée en 1977 en tant qu?organisation intergouvernementale, a d?abord revu à la baisse la fourchette de son prix d?introduction. Elle a finalement décidé l?annulation pure et simple de l?opération.

Les raisons invoquées ? Des conditions de marchés ?particulièrement difficiles?, selon un communiqué publié vendredi 28 octobre. ?On n?a pas voulu prendre le risque que l?action dévisse dans les jours qui suivent l?introduction en Bourse, comme ce fut le cas pour le câblo-opérateur belge Telenet, qui s?est introduit avec une action à 21 euros le 11 octobre, qui se traite aujourd?hui en dessous de 17 euros?, assure un proche du dossier. La dégringolade de l?action France Télécom, jeudi, à Paris, à la suite d?une révision des prévisions de croissance en 2005, a également refroidi les actionnaires de la société (dont la holding financière française Eurazeo, qui détient 36,3 % des titres Eutelsat).

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