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Les après coups de l?amour
C?est une terrible violence qui touche toutes les classes sociales, tous les groupes ethniques. De l?ouvrière d?usine à la directrice financière bardée de diplômes, des épouses mauriciennes aux femmes étrangères qui se sont mariées ici. Le refuge de SOS Femmes de Moka a ainsi protégé et hébergé des Indiennes, Italiennes et Françaises. S?y trouve en ce moment une Anglaise qui s?y est réfugiée depuis quelques semaines, ne pouvant plus subir les coups répétés et réguliers de son époux mauricien.
Jayseree Bhunjun, qui dirige le département du bien-être et de la protection de la famille au ministère de la Femme, note une moyenne de 1 700 cas rapportés à ses services chaque année. Il y a autant de cas rapportés à la «Family Protection» de la police.
«Les victimes, femmes, mais aussi des hommes, viennent de plus en plus de l?avant et nous rapportent des cas. Mais je crois que, malgré tout, une majorité de victimes gardent le silence. Souffrent en silence. Les cas rapportés aux autorités ne constituent que la partie visible de l?iceberg», affirme-t-elle.
Du coup, la ministre de la Femme, Indira Seebun, va renforcer l?arsenal légal pour protéger ces femmes, mais aussi les hommes victimes de la violence conjugale. Les amendements au Protection from Domestic Violence Act pourraient être présentés mardi prochain à la suite d?une rencontre, jeudi dernier, avec ceux et celles qui contestaient ces amendements. Ils seront accompagnés du renforcement de la campagne de prévention du ministère.
Le suicide envisagé
Mais la violence conjugale ne se résume pas à des coups portés par le conjoint. De la victime frappée avec violence et qui est jetée hors de la maison, presque nue, à la directrice financière d?une entreprise qui voit son mari débarquer dans son bureau pour lui hurler des insultes, elle prend plusieurs formes. Quel que soit le type de violence, elle a pour effet de créer une vie d?enfer pour la victime qu?elle terrorise et humilie au point où le suicide devient une solution souvent envisagée.
«Tu es une fille de cité ouvrière. Ta mère était une putain. C?est avec l?argent de la prostitution qu?elle t?a nourrie et éduquée. Tu n?avais que des hardes quand je t?ai ramassée et épousée. Aujourd?hui, tu suis le même chemin que ta mère. Tu te donnes à gauche et à droite à divers hommes.» C?est ce genre de discours qu?un mari hurlait à sa femme, directrice financière. Il arrivait au bureau de sa femme, souvent saoul, et l?insultait de façon à ce que tout le monde puisse entendre, raconte Ambal Jeanne, responsable du refuge SOS Femme de Moka.
«Cette femme était venue se réfugier chez nous avec son enfant. Le mari est venu ici et dans la rue devant chez nous, en ma présence, il a tenu ce même type de langage», affirme Ambal Jeanne. Elle souligne que ce mari qui pratiquait en fait une violence verbale à l?égard de sa femme est un homme éduqué, appartenant à la classe bourgeoise. La femme est une universitaire qui l?a depuis quitté. Son indépendance économique lui a permis de sortir de cet enfer avec son enfant.
Les victimes de violence psychologique vivent également un enfer. Madeleine (nom fictif utilisé pour protéger l?anonymat de la victime) est mère de deux enfants. Son mari est un étranger et le couple vivait dans l?aisance, ne manquait de rien. Comme la directrice financière, Madeleine avait fait un mariage d?amour.
Les interdits et les contrôles typiques des violences psychologiques sont venus peu à peu. «La plupart du temps c?est lui qui me véhiculait. Je devais m?asseoir à côté de lui. Je devais regarder tout droit devant moi. Interdit de regarder à droite ou à gauche, sinon des insultes pleuvaient. Regarder dans une autre direction signifiait pour lui chercher un autre mari.
A la maison, on devait tous manger à table avec lui. Interdiction de quitter la table s?il n?avait pas encore terminé son repas. Quel que soit le temps qu?il prenait pour manger. Il avait bâti autour de moi un monde fait d?interdits. Défense d?embrasser les parents, cousins, beaux-frères, etc. Interdiction de danser avec ces parents. Il ne cessait de me harceler avec des reproches et des insultes. A chaque fois que je m?amusais autrement dans une fête chez mes parents, il commençait ses insultes et provoquait le scandale au point où je devais rentrer. A la maison, interdiction de regarder les films dont les acteurs sont des beaux mecs. Interdiction de regarder mon chanteur préféré ou d?écouter ses chansons. Une espèce d?intégrisme venant d?un mari européen qui ajoutait une dose de violence physique quand je trépassais ses interdits.»
«Je crois qu?il m?aime, mais c?est un malade mental»
Madeleine a quitté le toit conjugal et, quand le mari s?est retrouvé seul avec son arbre de Noël, il lui a envoyé un présent. Une clé en argent avec un message. «Ma porte t?est toujours ouverte. Tu seras toujours la bienvenue.» «Je crois qu?il m?aime toujours. Mais c?est un malade mental. Je ne retournerai pas dans son enfer», explique Madeleine.
Un malade mental ? Comment expliquer autrement le comportement de ces maris qui font preuve d?une violence inouïe envers une femme sans défense. De ce mari de Camp-Samy de Moka dont la femme a cherché refuge chez SOS Femme de Moka ?
«Il retourne souvent saoul à la maison, à des heures tardives. Il me tire du lit et me frappe. Des coups de poing, de pied ou avec des objets. Il démolit vaisselle et meubles et cherche souvent à me transpercer avec les couteaux de cuisine. Il déchire mes vêtements et me jette hors de la maison, presque nue. Quand je lui reproche de me jeter nue aux yeux de tout le monde, il me répond que c?est normal parce que je couche avec plusieurs hommes et que j?ai l?habitude de me montrer nue», nous explique la victime qui en est à son deuxième séjour chez SOS Femmes.
Pour le ministère de la Femme, les maris qui exercent de telles violences sur les femmes ne sont pas nécessairement des malades mentaux. Mais il demande aux couples de s?adresser aux différents bureaux de ce ministère à travers l?île dès que les premiers éléments du cycle de la violence apparaissent dans le couple.
Il existe cinq types de violence conjugale. La victime peut subir à la fois un ou plusieurs de ces types de violence. Ils sont en général exercés à l?encontre des femmes. Mais certains hommes en sont également victimes.
Le ministre des Droits de la femme et de la Protection de la famille souligne cet aspect du phénomène et sa mission à protéger les femmes aussi bien que les hommes qui en sont victimes.
Violence physique
Le type de violence le plus répandu est la violence physique qui atteint la victime dans son intégrité physique. Le degré de violence varie d?un couple à l?autre. Mais les psychologues soulignent que cette violence peut commencer par des simples gifles. Elle prend ensuite une courbe ascendante et les coups sont alors portés avec plus de brutalité, à l?aide d?objets, arrive à des tentatives d?étranglement, suivies de tentatives d?assassinat. Couteaux ou autres types d?armes sont alors utilisés, y compris des tentatives d?immoler la victime. Elles sont nombreuses ces femmes battues qui ont rendu leur dernier soupir à la Burns Unit (unité des grands brûlés) de l?hôpital Victoria, Candos.
Violence psychologique
L?autre type de violence est appelé violence psychologique. Elle vise à dénigrer la victime dans sa valeur en tant qu?individu. Le conjoint exerce alors un contrôle constant, pratique un certain harcèlement, a recours au chantage et aux menaces.
Ce type de violence peut paraître bénin, mais elle donne lieu à une vie d?enfer.
Violence verbale
La violence verbale consiste à humilier la victime par des messages de mépris, d?intimidation et souvent par des propos racistes ou sexistes. Elle est assez connue.
Violence sexuelle
La violence sexuelle est un acte sexuel forcé, par des menaces ou des pressions.
Violence économique
Le partenaire encaisse le salaire de la victime ou l?empêche d?avoir accès à des moyens financiers. Ce type de violence est rarement dénoncé, car les victimes sont souvent des hommes qui ont honte de dévoiler cette situation.
LE CYCLE DE LA VIOLENCE
La violence dans les couples connaît un cycle bien défini. Elle peut apparaître et s?exercer pendant quelque temps avant de disparaître. Ce qui ne veut pas dire qu?elle ne reviendra pas.
Elle peut aussi apparaître à n?importe quel moment. Au lendemain du mariage ou après 30 ou 40 ans de vie commune. Elle suit le schéma suivant :
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Conflits de base non résolus
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Moments de violence psychique et verbale
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Menaces de violence physique
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Facteur déclencheur (situation de stress ou prétexte)
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Scène de violence
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Phase de rémission (l?agresseur se comporte de manière conciliante), aussi appelée phase de sursis émotionnel
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Pas de conséquence pour l?agresseur
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Les conflits de base persistent
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Le cycle de la violence recommence
Selon les techniciens du ministère de la Femme, ce cycle de violence est provoqué par plusieurs causes.
Petit conflit que le couple n?arrive pas à résoudre, absence de communication, malentendu, ingérences des parents dans la vie du couple, alcool, relations extra-conjugales, etc. sont parmi les plus citées.
MARIS VIOLENTS, MEFIEZ-VOUS DE LA CONTRE ATTAQUE MORTELLE
Il y a quelques années, une femme battue habitant le Nord du pays a tué son mari, de sang froid et avec préméditation. La cour l?a acquittée. Elle a fait bouillir de l?eau alors que le mari dormait et a versé le liquide bouillant dans l?oreille du conjoint. L?homme est mort quelques heures après. Son avocat a plaidé la provocation et nombre de témoins sont venus à la barre pour raconter la violence quotidienne qu?elle subissait de la part de son mari. De fait, la définition du terme «provocation» a changé dans le cas d?une femme battue depuis que la Chambre des lords («House of Lords») a rendu son verdict dans la célèbre affaire Ahluwalia. Kiranjit Ahluwalia, une femme du Pundjab, avait épousé un homme d?origine indienne, Deepak Ahluwalie, qui vivait à Londres.
Elle devait connaître les affres de la violence physique et sexuelle presque quotidiennement. Elle finit par mettre le feu aux vêtements de son mari alors que ce dernier dormait. Elle a été condamnée à vie. En prison, elle a rencontré la s?ur d?un célèbre avocat. Cette femme va convaincre son frère, Edward Foster QC, de plaider devant la Chambre des lords l?appel de Kiranjit Ahluwalia. Il finira par faire écrire une nouvelle page dans la loi concernant les assassinats et à redéfinir le terme provocation. En effet, après sa plaidoirie, les «Law Lords» ont, dans le célèbre jugement Regina v/s Ahluwalia, redéfini le terme «provocation» et acquitté Kiranjit Ahluwalia.
Le réalisateur Jag Mundra a fait un film de cette affaire avec l?actrice de Bollywood, Aishwarya Rai. Le film est sur les écrans indiens et britanniques depuis avril.
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